7 janvier 2014

L'écrivain ingrat

Ça fait plus d'un mois que j'ai publié mon roman Un beau genre de terrorisme. Depuis sa publication, on me demande fréquemment comment va la vente du livre et si je suis heureux du dénouement de mon initiative. Je vous fais donc une petite mise à jour de ce qui s'est passé depuis un mois, tout ça de façon ouverte, sans cachette. Je n'ai rien à cacher anyway (sauf la fois où... ah pis non, laissez faire).

Comme je l'écrivais précédemment, mon but premier n'était pas de faire fortune mais bien qu'on me lise. En un mois, j'ai atteint le tiers du parcours de mon roman précédent, avec plus de deux cents personnes qui ont téléchargé l'édition numérique du roman et une quarantaine de gens qui se sont procurés la version papier. En tout, j'ai reçu plus de 800$ en dons et ventes, ce qui représente le double de ce que j'ai fait avec Fol allié. Bien que la version numérique était disponible en formule Pay what you want et que je m'attendais à recevoir plusieurs micro-dons, les lecteurs ont été très généreux et ont déboursé en moyenne 10$ pour le roman numérique, certains allant jusqu'à payer plus cher pour la version numérique que pour la version papier. La générosité des gens m'étonnera toujours. Mais le plus important, c'est qu'à date, l'accueil et les critiques sont excellents.

Ceci dit, je suis surpris qu'on n'ait pas parlé davantage de l'initiative. Je ne suis pas Misteur Valaire, c'est clair. N'empêche, ce n'est pas à tous les jours qu'un créateur donne son œuvre, littéraire de surcroît. Disons que je ne peux pas me reprendre en vendant des t-shirts et des billets de spectacle. Je pensais à tort que les amis auteurs embarqueraient dans mon délire ou, à tout le moins, en parleraient un peu. À quelques exceptions près, ce ne fut pas le cas. La grande majorité des copies vendues l'ont été à des lecteurs. Seulement quelques auteurs, que je peux compter sur les doigts d'une main, ont payé pour une copie, papier ou numérique. Sinon, silence radio. Je ne sais pas pourquoi. Je l'ai perçu comme une malsaine compétition entre auteurs. Mais peut-être que je me trompe. Peut-être ne lisent-ils pas leurs contemporains ou ne s'intéressent-ils pas à mon écriture.

Ce que je trouve également dommage, c'est qu'aucune connaissance du milieu de l'édition n'ont partagé l'initiative ou n'ont fait signe de vie (sauf une). À croire que je mets en péril le milieu de l'édition québécoise avec ce minuscule projet. Je trouve ironique que le milieu se plaigne du sort qui lui est réservé, de la difficulté d'être éditeur ou auteur, que les gens n'achètent plus de livres et ne lisent plus. Puis lorsqu'on trouve une nouvelle façon de faire, quand on emprunte des avenues inexplorées, on la passe sous silence. Il ne faudrait surtout pas se sortir du marasme littéraire... On a beaucoup parlé du prix du livre dernièrement. On parle de livres mais on ne parle pas de littérature. Ce que je trouve déplorable, c'est qu'en fin de compte dans toute cette histoire d'argent, c'est encore l'écrivain qui se retrouve grand perdant. La culture est une business, sauf pour les créateurs.

Je ne suis pas aigri. Je constate, c'est tout. J'ai l'immense chance d'avoir un réseau assez étendu et des gens qui s'intéressent à ce que j'ai à raconter. Je suis l'ingrat du lot, peut-être, mais je suis l'ingrat choyé. Et je le sais.

3 commentaires:

Michelle Sullivan a dit...

Tu connais le parcours de Terry Fallis? Il a su mobiliser son réseau .. comme tu le fais bien sur, mais est allé encore plus loin (balado etc). Son premier roman a gagné des prix et est devenu une série télévisée. Il est à son 3e roman - et a signé avec une maison d'édition.
http://terryfallis.com/ - à découvrir.

Merde!
Michelle

idmuse a dit...

Moi j'ai fait de la pub sur le forum e-lire !
Je suis contente que ça fonctionne, mais avec le débat actuel, je pense que plusieurs sont frileux ;)

BouquinPlus a dit...

Merci de partager votre expérience, c'est très intéressant de connaître les retombées. Je vous félicite encore pour la démarche :)