25 mai 2012

Taxi électronique

J'ai de la difficulté à jaser d'autres choses que de la crise dans la quelle on est plongé dernièrement. Je me sens superficiel à chaque fois que j'ose parler du beau temps, de cyclisme, de nouveautés culturelles ou whatever. Mais la vie continue et faut tenter de mettre un pied devant l'autre malgré tout. Je dois me dire que mes convictions ne foutent pas le camp parce que j'arrête de faire de la politique (chose que j'exècre en plus, go figure). Mais voilà, je suis tombé sur une chouette nouvelle application mobile qui vous simplifiera la vie.

Parce que j'habite la ville, que j'ai accès au transport en commun et que je me déplace neuf mois par année en vélo, je me suis débarrassé, en 2005, de ma voiture. Je prends également à l'occasion le taxi. J'utilisais l'application iPhone de Taxi Diamond depuis quelques temps. Mais j'étais perplexe avec celle-ci. Je la trouvais complexe et très peu user-friendly. En fait, je trouvais qu'il était moins compliqué de téléphoner directement la compagnie que de passer à travers les dédales de l'application. Le seul point positif était que je pouvais suivre l'arrivée du taxi par GPS et sortir à son arrivée.

J'ai été invité plus tôt cette semaine à tester la nouvelle application Tag taxi de l'agence de communication Prospek, en partenariat avec Taxi COOP. À l'opposé de son compétiteur, Tag taxi est ergonomique, rapide et facile d'utilisation et ultra-efficace. Une fois inscrit, commander un taxi se fait aussi facilement que de décrocher le téléphone. En deux clics, un taxi se retrouve à votre porte. Voici comment l'application fonctionne.

L'écran de démarrage de l'application se présente comme ceci.


Appuyez sur Tag-moi. L'écran suivant vous géolocalise.


En appuyant sur le crochet, vous commandez automatiquement un taxi à l'adresse suggérée. Si celle-ci est inexacte, appuyez sur le crayon pour la modifier.


Si l'adresse ne se trouve pas dans les lieux suggérés, vous pouvez la modifier manuellement. Quand le taxi est commandé, l'application vous indiquera la voiture choisie ainsi que le chemin que le chauffeur emprunte pour se rendre à votre point de départ. Si vous fermez votre téléphone, une alerte vous avertira quand il arrivera à destination. 

Malheureusement pour les aficionados d'Android, l'application est en ce moment uniquement disponible pour iPhone. Malgré tout, l'application demeure une belle initiative de Prospek, qui a bien compris comment la technologie doit servir notre quotidien et non le contraire.

20 mai 2012

Désobéissance civile

Plus jeune, Gabriel, mon fils, ne parlait jamais très fort. Il prenait le moins de place possible, ne déplaçait pas beaucoup d'air dans son sillon. Je le croyais étouffé par beaucoup d'insécurité. C'était compréhensible, il avait été pas mal barouetté depuis sa naissance: séparations, déménagements, changements d'école, garde partagée. Mais en tant que père, ça me gossait de ne pas le voir s'affirmer. Pas parce que je voulais qu'il devienne une grande gueule, une voix forte qui démolit les murs d'un monde ultra-compétitif. Pantoute, j'étais moi-même peu compétitif. Ça me dérangeait parce qu'il me faisait immanquablement penser à moi enfant, moi qui avais été malheureux de n'avoir jamais mis mon pied à terre jusqu'à ce que je passe le cap de la trentaine. J'espérais lui transmettre la libération que j'ai éprouvée à ce moment charnière de ma vie. En conséquence, je lui répétais sans cesse de se tenir droit, de croire à ses convictions, d'oser dire ce qu'il désirait, de s'affirmer, de prendre sa place, que personne d'autre ne le ferait pour lui. J'allais même jusqu'à ajouter de questionner mon autorité et mes décisions s'il les croyait injustes, que c'était important qu'il se forge sa propre opinion et que personne ne détenait la vérité, pas même moi. La sienne était aussi bonne que la mienne.

Depuis le début de la grève, Gabriel prend part au mouvement étudiant et aux manifestations contre la hausse des droits de scolarité. Même s'il sait que je paierai ses études jusqu'à la toute fin de son doctorat en médecine, même s'il n'aura pas à débourser une seule cenne pour enrichir sa tête et son esprit, il fonce dans le tas avec ses camarades, en sachant aussi que le combat est maintenant tout autre. Il croit à la solidarité, il sait la chance qu'il a, il a envie de redonner un peu de cette chance à d'autres qui en ont moins. Il désire ardemment que cette société de marde change. Je l'y ai toujours encouragé. Hier soir, il a désobéi au pouvoir et à l'autorité en place en prenant part à la manifestation. Alors que l'esprit était à la fête et à la camaraderie, les policiers ont pris d'assaut la place Émilie-Gamelin. Il a eu peur pour sa sécurité. Mais il y est quand même demeuré aussi longtemps que possible. Parce qu'il a des convictions, parce qu'il sait que c'est grâce à des gestes comme ceux-là que le monde deviendra meilleur, plus juste. Voici la fin d'une note qu'il a écrit sur Facebook à son retour:

C'est drôle à quel point voir de la brutalité policière avec nos propres yeux laisse une cicatrice sur la conscience, une peur empoisonné qui laisse un goût amer dans la bouche et qui nous tue lentement.

Y a pas pire souffrance que celle de savoir son enfant mal. Mais malgré mes tripes qui se froissent à chaque fois qu'il met le pied hors de la maison, je sais qu'il le fait parce qu'il y croit et je m'incline devant sa force et son courage. Le gouvernement et la société de moutons nombrilistes peuvent bien me pointer du doigt en me traitant de parent indigne. J'en ai rien à foutre et je les emmerde. Parce que c'est grâce à des jeunes comme Gabriel qu'on finira par se sortir de cette mascarade sociale. C'est grâce à des jeunes comme lui qu'on mettra fin aux abus, à la corruption, aux inégalités et à l'injustice.

Désobéir, contester et crier son indignation, ça fait grandir et évoluer, qu'on ait 7 ou 77 ans.

9 mai 2012

Les Islandais ont des couilles grosses de même

Les Islandais ont des couilles grosses de même. Oui oui, même les madames. En 2009, durant le krach boursier international, le peuple islandais, écoeuré des façons de faire du gouvernement et des banques du pays, a mis la hache dans un système qui les avaient floués. Ils ont sacré le pouvoir en place dehors, nationalisé les banques, refusé de rembourser la dette accumulée par ces dernières au fil de manigances et tractations financières croches, ont formé une nouvelle Assemblée à partir de vingt-cinq citoyens ordinaires et ont écrit une nouvelle constitution. Bing bang facile de même merci bonsoir.

Depuis environ une semaine, je croise sur les réseaux sociaux des articles qui expliquent ce qui s'est passé au pays des volcans et des mots pas prononçables. Sur Le Point, dans ce clip intitulée Pourquoi aucune nouvelle de l'Islande? puis hier sur Wikistrike.

Mais pour une idée encore plus détaillée de cette révolution et de ce que nous devons aussi faire ici, je vous suggère la fascinante série documentaire Meltdown. Certains s'en rappelleront peut-être sous le titre Krach, diffusée l'an dernier à RDI. Sauf que le documentaire est introuvable sur le site de Radio-Canada ou sur Tou.tv. Mais si vous maîtrisez l'anglais, les quatre épisodes sont toujours disponibles sur le site de la CBC. On y parle de ce qui s'est produit en Islande dans le deuxième segment du deuxième épisode. Mais si vous voulez mon avis, retapez-vous tous les épisodes. Ça vous donnera peut-être envie, vous aussi, de mettre la hache dans un gouvernement aux mains sales qui se fout carrément du peuple qui l'a élu. Faut qu'il se passe quelque chose de gros que je dis depuis une couple de semaines... Et si c'était ça?

6 mai 2012

Crosses, magouilles et compagnie

C'était un gros pari à relever. Haler une société au complet dans un combat qui allait plus loin qu'une simple question de hausse de frais de scolarité. Les étudiants avaient fondé la base, le peuple a suivi en y construisant un mur de protestations, brique par brique, un citoyen à la fois, un écoeurement à la fois. C'était beau à voir, un pays qui se lève.

Mais là, il y a entente de principe. Et on dirait bien que les étudiants vont accepter cette offre qui n'en est pas vraiment une. Changer quatre trente sous pour une piastre? Retour à la case départ? Le problème, c'est que le mouvement étudiant n'a presque plus le choix d'accepter cette fausse offre garochée nonchalamment sur la table. Ils sont dans une impasse, il n'y a pas de porte de sortie. Je pense qu'ils accepteront la première offre qui passera qui ne les fera pas paraître perdants. J'ai juste l'impression que tout le monde veut sauver sa face à présent.

Ce qui m'écoeure avec cette entente, c'est que le gouvernement libéral n'a nulle part indiqué qu'il était pour faire le clean-up de ses propres finances. Il pointe les autres du doigt en riant dans sa barbe: vous autres les étudiants, vous autres les universités. Il est comme une mauvaise mère qui ordonne à ses enfants de faire le ménage de toute la maison alors que sa propre chambre est un ostique de bordel. Pis ça pue le linge sale en tabarnane. Pour le gouvernement libéral, tout le monde doit mettre de l'eau dans sa chaudière sauf son propre parti. La corruption persiste, les magouilles et la politicaillerie aussi. Quand aurons-nous droit à une vraie refonte du système? Qui fera sauter cette marmitte de merde, qui mettra de vraies solutions en branle? Le financement public des partis, la représentation équitable en chambre, ça ne devrait pas être une utopie. Et ça serait au moins un début de piste de solution. C'est de notre survie dont il est question. On s'en va tout droit dans le mur, avec pas d'casque.

Maintenant que les étudiants vont retourner en classe, que le gouvernement se frottera les mains en se disant qu'il a remporté la victoire sans n'avoir cassé aucune vaisselle dans son buffet à volonté, on fait quoi? Comment est-ce qu'on continue le combat? J'ai peur que parce qu'il n'y aura plus d'étudiants pour supporter une cause, on s'endorme, gazé par des discours politiques qui nous font avancer dans la vie à coup de quatre ans. Et dire que j'avais l'impression qu'un peuple était à se réveiller.

J'ai peur qu'on ait tout fait ça rien que pour ça. J'ai peur que la jeunesse retourne en classe, la tête entre les jambes, entre dans le rang, devienne vieille et étouffe ses rêves. J'ai peur de replonger dans mon cynisme.

Fait que, qu'est-ce que tu dirais si on continuait d'essayer de changer le monde pareil?

2 mai 2012

Prendrais-tu une autre tranche de vie?

J'en ai eu des jobs dans ma vie. Outre les petits trucs d'étudiant, du commis de pharmacie au commis d'inventaire dans les épiceries, j'ai été, au fil des ans, technicien en épuration d'eau, technicien en électronique pour de l'équipement d'arts graphiques (comme des caméras industrielles), représentant technique pour un manufacturier de film et finalement, représentant en matériel de pré-impression et d'imprimerie. Je croyais être heureux, je pensais savoir qui j'étais. Ceux qui me connaissent peu ignorent que j'ai déjà été monsieur veston-cravate. Ben oui, j'avais même la moustache pour aller avec. No fucking kidding. Le toupet, le costard, le char de l'année, la maison en banlieue, le barbecue, le drive-way en pavé-uni, le gros kit sale. Au décès de mon père à l'âge de 55 ans, je me suis aperçu que la vie était trop courte pour être perdue dans des superficialités et que tout ce matériel qui me sortait par les narines ne me rendait pas heureux. J'ai mis ma vie dans le blender et j'ai recommencé à zéro.

Je croyais savoir ce que je voulais. Je suis retourné sur les bancs d'école et j'ai fait un DEC intensif à l'âge de 29 ans, pour devenir technicien en informatique. À ceux qui chialent que les étudiants gaspillent les ressources et dilapident les fonds en changeant d'idée sur leur orientation je réponds qu'on finit toujours par se rendre quelque part. Certains, comme moi, plus tard que d'autres. Mais on se dirige vers le fil d'arrivée, peu importe. À part quelques très rares exceptions, on se rend toujours à destination. Donnons-nous le droit de changer d'idée.

J'ai travaillé plusieurs années en informatique, tout d'abord au service à la clientèle, au support technique puis comme directeur d'un département de programmation. Alors que je bossais de jour entre des cloisons amovibles, j'ai eu la chance de faire mes premières armes à la radio. On me répétait souvent que j'avais une voix radiophonique. Bien que ça ne veut absolument rien dire, j'ai fini par croire que je deviendrais un super bon animateur-radio. Effemmm! J'écoutais à l'époque CISM, la radio de l'Université de Montréal. Musicien, j'avais toujours eu un faible pour la musique indépendante et alternative. J'adorais leur programmation. Un jour de 2004, j'ai entendu une pub où la station annonçait rechercher des nouvelles voix pour un projet appelé Barre Oblique, un magazine socio-culturel quotidien. Je me suis innocemment garoché, comme un mouton à l'abattoir. J'avais du front tout le tour de la tête malgré le fait que je n'avais aucune expérience. Je pense qu'ils avaient aimé ma lettre d'introduction. Mon expérience de représentant m'avait aidé à me vendre. Rien n'est jamais perdu. J'ai finalement fait partie du projet de 2004 à 2005. Puis, je soumettais à l'été 2005, un autre projet intitulé Mal de blog où je lisais des textes littéraires de blogueurs inconnus. Ce projet a été en ondes jusqu'en mai 2006. J'ai malheureusement dû abandonner, faute de temps. Mais il était trop tard. J'avais pogné la piqure du monde des médias.

Encore une fois, j'ai tout sacré là et je suis reparti une nouvelle fois à zéro. Exit la job en informatique. De toute façon, j'étais écoeuré. Je voulais travailler dans le milieu des médias mais n'entre pas qui veut en télévision ou radio. Par bonheur, je savais écrire et j'avais une bonne connaissance du web. Lors du lancement du premier livre des Chroniques d'une mère indigne de Caroline Allard, que j'avais eu le bonheur de lire en ondes alors qu'elle était encore inconnue, j'ai rencontré Dominic Arpin, fidèle auditeur de Mal de blog avec qui j'avais échangé une ou deux fois. Encore une fois, de façon totalement candide, je l'ai apostrophé en lui disant que s'il se cherchait un recherchiste pour Vlog (qui en était à sa première saison à l'époque), j'étais son homme. Il m'a pris au mot et quelque semaines plus tard, il me convoquait en entrevue. Je trippais comme un petit gars devant son premier train électrique. Je sentais que j'avais enfin trouvé ma voie. Je suis resté 3 ans et demi à Vlog pour finalement me diriger chez Zone 3 au printemps dernier, afin de devenir rédacteur-en-chef de Cliquez.

Après de multiples revirements de situation, après moult changements de carrière, suite à de nombreuses remises en question et après quelques nouveaux départs, voilà où j'en suis. Je fêtais hier mon 44ième anniversaire de naissance. Fuck! 44 ans? Déjà? J'ai l'impression d'avoir encore 12 ans dans ma tête. Mon corps a l'impression d'en avoir encore 25. Mais où le temps est-il passé? Je regarde en arrière et j'examine mon cheminement. Je suis fier du chemin parcouru mais je trouve que j'ai l'air d'une poule pas de tête à courir après un bonheur qui se cache sous de multiples formes. Je regarde en avant et je fais le constat d'autres choses. Malgré tout ce que j'ai touché, malgré l'expérience acquise et l'évolution improbable, je n'ai encore aucune idée de qui je suis et de ce que je veux dans la vie. Je veux pas péter votre balloune, les kids, mais j'ai l'impression que malgré le bagage des années, je ne connais rien, à commencer par moi-même. Je n'ai aucune idée de ce que je veux réellement faire de ma vie, je n'ai aucune idée où je veux être dans cinq ou dix ans. On me demandait hier quel était mon souhait le plus cher. Hé bien j'ai été incapable de répondre. J'en ai aucune foutue idée. C'est un peu moche quand même. Tout ce que je sais, c'est que je veux être heureux. Y a-t'il moyen d'être plus nébuleux?

Alors voilà, y a pas de morale à cette histoire, pas de leçon de vie, pas de fin heureuse à la Walt Disney. Y a juste le simple récit d'un homme comme tant d'autres, un homme qui avance, qui tombe et qui se relève, un homme qui essaie des trucs et qui se trompe, un homme qui cherche et qui ne trouve pas souvent. La seule évidence que j'ai acquise est que le temps qui m'est donné me file de plus en plus entre les doigts.