26 avril 2012

La Marseillaise

Quiconque a déjà perdu un parent ou un être proche connaît ce sentiment: l'incompréhension totale que la vie continue alors que ton propre monde vient de s'écrouler. C'est exactement ce que j'ai vécu lorsque mon père est décédé. Je me souviens d'ailleurs plus de cette émotion que de la peine que j'ai eue à l'époque. J'étais incapable de comprendre que la vie continuait pour tous alors que moi, j'étais déchiré, en lambeaux. Comment les gens pouvaient-ils vaquer à leurs occupations quotidiennes; aller travailler, préparer le souper, regarder la télé, sortir le chien, alors qu'une de mes principales raisons de vivre venaient de disparaître? J'avais de la difficulté à me tenir simplement debout et les gens continuaient à vivre sans moi, sans lui. Inconcevable.

J'ai vécu un sentiment similaire à quelques reprises, mais sans nécessairement perdre un proche. La première fois le 6 décembre 1989, lors de la tuerie de Polytechnique. Je me rappelle cette journée comme si c'était hier. Encore une fois l'incompréhension. Encore une fois ce sentiment que ce qui vient de se passer transcende l'humanité. Comment les gens pouvaient-ils continuer à errer dans leur petite vie tranquille, en faisant comme si de rien n'était? Comment même avoir de l'appétit quand un si horrible drame vient de se produire? Je me rappelle être resté scotché devant mon téléviseur, dans un état catatonique, jusqu'aux petites heures du matin, incapable de fermer l'oeil. Imaginez les deux. Je dois être trop sensible.

J'ai vécu à peu près la même chose le 11 septembre 2001. L'impression que le monde s'écroule. Le feeling que le temps s'arrête. N'importe quelle activité outre respirer était vaine. Encore une fois, je regardais en boucle à la télé l'horreur, bouche bée, incapable de trouver un sens à tout le reste. La certitude que plus rien n'était pour être jamais pareil.

Ces derniers jours, j'assiste à un laxisme gouvernemental effarant. Pire, j'assiste à l'atteinte de mes droits démocratiques et de liberté d'expression à cause d'un gouvernement qui ne trouve rien de mieux à faire que de mettre le feu aux poudres en crachant au visage du peuple qui l'a élu. Technologie aidant, je visionne des dizaines de scènes violentes et disgracieuses où un corps policier abuse de son pouvoir et s'amuse à jouer à Duke Nukem avec des gens qu'il est censé servir et protéger. Je vois des jeunes et des moins jeunes se faire tabasser sans raison, simplement parce qu'ils sont à la mauvaise place au mauvais moment. À chaque jour qui vient, j'ai peur du coup de téléphone qui m'annoncera que mon fils s'est fait blesser lors d'une manifestation et je remercie le ciel à chaque fois que je le vois rentrer à la maison en un seul morceau. C'EST PAS FUCKIN' NORMAL! Malgré que je ne peux que saluer son courage, j'ai l'inquiétude parentale dans le rouge.

Comme lors du décès de mon père, du drame de Polytechnique ou des attentats du 11 septembre, je ne comprends pas comment on peut être témoin de tout ça et continuer notre petit train-train quotidien sans rien faire. Comment peux-tu, Québec, regarder tes pied et t'adonner à tes petites besognes insignifiantes alors qu'il en va de ta survie de lever le nez et de constater ce qui se passe dans ta face? Comment peux-tu parler d'autres chose, des frasques des vedettes d'Hollywood, du délicieux repas que t'as mangé hier ou du dernier sac à la mode? Il faut que tout cela cesse.

Je peux pas croire que le gouvernement Charest, tout comme l'ont fait le gouvernement Bush puis le gouvernement Harper, s'est rangé du côté de la terreur, qu'il tente aujourd'hui de maintenir un peuple dans la peur simplement pour se faire reconduire aux prochaines élections. Je ne peux pas penser que tout ça n'est qu'une magouille électorale. La ville est à feu et à sang, on appelle au calme et je n'ai qu'une envie, chanter la Marseillaise.

25 avril 2012

Tètage artistique

Genex Communications vient de se ramasser une rondelette somme de 191 000$ en subventions pour son magazine Summum, tout ça grâce au généreux Parti Conservateur, grand mécène du milieu des arts québécois et états-uniens canayens.

Ça me fait grincer des dents pour deux raisons. Primo, peinturer à pleines pages des filles à grosses boules sur un papier tout aussi plastifié n'est pas de l'art. On ne fait pas de l'art à toutes les fois qu'on prend une photo. Sinon, y a des millions d'artistes sur Instagram. Tsé. C'est comme si tu prétendais faire de l'art en prenant des clichés pour Auto Hebdo. Come on! Ça me fait d'autant plus chier que Summum survit très bien sans ces subventions alors qu'une quantité ahurissantes de peintres, de danseurs, d'écrivains crèvent littérallement de faim. Mais on le sait ben, les hippies-granos, ça vend pas de la copie. Pis tsé, se branler devant une lampe gossée par un artiste visuel, c'est moins bandant que de le faire devant Pamela en bikini.

On pourrait s'obstiner longtemps sur ce qu'est de l'art ou ce qui n'en est pas. Je peux comprendre qu'on en a pas tous la même définition. Mais on aura même pas besoin de se rendre là. Parce que ce qui me pue tout autant au nez, c'est que Patrice Demers, président de Genex, est le premier à cracher sur les artistes qui "osent survivre grâce aux subventions". Ah ben gadon toué, c'est tout à coup pas la même chose quand ça se passe dans sa cour? Subitement c'est deux poids deux mesures? Mais on connaît le refrain, on va passer pour des pas content (pas content, pas content). Parce que des artistes, on le sait ben, ça fait rien d'autre que vivre au mamelon de l'état pis chialer. On devrait apprendre à subsister grâce au mamelon de Pamela, on survivrait peut-être plus longtemps.

En complément, une entrevue de Patrice Demers donnée à Paul Arcand ce matin.

21 avril 2012

De merde et d'incompréhension

Je me sens dépassé par toute la merde qui se brasse dernièrement dans notre si beau coin de pays. Je sais que tout n'a jamais été rose, que la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Je suis le premier à porter des lunettes cyniques devant l'état du Monde. Ça me fait toujours chier de l'être mais c'est plus fort que moi. Mais je sais pas, me semble que, dernièrement, ça va de mal en pis.

Coudonc, ça va tu mal dans l'monde ou ben y a juste moé qui capote?


Le pouvoir m'écoeure, le gouvernement me donne envie de vomir, l'autorité me fait grimper dans les rideaux. Québec, j'aime pas ce que tu deviens. Des gens ordinaires et sans histoire qui se font tabasser parce qu'ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment, un Premier Ministre qui se prend pour un humoriste devant une foule de cravatés qui est prête à mettre le Québec à feu et à sang pour une poignée de dollars nordiques, une force policière qui en utilise justement trop, de force, sans discernement, un gouvernement qui a perdu le peu de respect qui restait envers la démocratie. Je capote.

Le seul beau côté qui ressort de ce merdier, c'est le constat d'un peuple qui se lève, se rassemble et se met en marche. Ça c'est nouveau. Et beau. Je regarde mon fils devenir un homme en cette période trouble, je le vois tenir son poing haut et droit et dire NON! et je suis si fier de lui. Si j'aurai inculqué à mon enfant le goût de se tenir debout, franc et fier, je me dis qu'après tout, il y a peut-être une chance pour lui et les générations futures de s'en sortir. Je regarde mon voisin de gauche prendre la main de celui de droite et scander en choeur, malgré leurs chicanes de clôtures: ÇA SUFFIT. Ça me redonne un peu d'espoir dans le grand peuple que nous pouvons être.

N'empêche que moi, mon tout petit moi dont la voix s'étouffe à mesure que la démocratie s'estompe, je ne sais plus quoi faire pour que ça change. Dénoncer n'y change rien, crier non plus. Dessiner des pancartes, peindre des graffitis, appeler aux lignes ouvertes, écrire des billets de blogue à n'en plus finir, créer des groupes, des pages et des événements Facebook, sortir dans les rues même, est-ce que tout ça change vraiment quelque chose, quand les gens à qui les revendications s'adressent demeurent enfermés dans leur tour d'ivoire? Une certitude demeure. Il faut qu'il y ait quelque chose de gros qui se passe, un revirement populaire incroyable, un cataclysme social. Ça ne peut plus continuer de la sorte.

Je regarde en arrière, je pense à ce qui s'est passé durant le printemps arabe et je me dis qu'une révolution ne peut pas se faire sans casser des oeufs. Mais quand t'es rendu à te dire que la seule solution c'est peut-être de saccager le pouvoir en place, quand toi-même t'es assez écoeuré d'être le dindon de la farce que t'as juste envie de mettre ton poing sur la gueule d'un Premier Ministre, il y a un méchant problème. Les grands changements sociaux ne se sont jamais opérés suite à de gentilles revendications. Mais j'ai pas envie de prendre les armes, j'ai pas envie de vivre dans la peur de la violence. Alors, qu'est-ce qu'il faut faire pour que ça change? Je l'ai dit, je me sens totalement dépassé par toute cette merde.