2 mai 2012

Prendrais-tu une autre tranche de vie?

J'en ai eu des jobs dans ma vie. Outre les petits trucs d'étudiant, du commis de pharmacie au commis d'inventaire dans les épiceries, j'ai été, au fil des ans, technicien en épuration d'eau, technicien en électronique pour de l'équipement d'arts graphiques (comme des caméras industrielles), représentant technique pour un manufacturier de film et finalement, représentant en matériel de pré-impression et d'imprimerie. Je croyais être heureux, je pensais savoir qui j'étais. Ceux qui me connaissent peu ignorent que j'ai déjà été monsieur veston-cravate. Ben oui, j'avais même la moustache pour aller avec. No fucking kidding. Le toupet, le costard, le char de l'année, la maison en banlieue, le barbecue, le drive-way en pavé-uni, le gros kit sale. Au décès de mon père à l'âge de 55 ans, je me suis aperçu que la vie était trop courte pour être perdue dans des superficialités et que tout ce matériel qui me sortait par les narines ne me rendait pas heureux. J'ai mis ma vie dans le blender et j'ai recommencé à zéro.

Je croyais savoir ce que je voulais. Je suis retourné sur les bancs d'école et j'ai fait un DEC intensif à l'âge de 29 ans, pour devenir technicien en informatique. À ceux qui chialent que les étudiants gaspillent les ressources et dilapident les fonds en changeant d'idée sur leur orientation je réponds qu'on finit toujours par se rendre quelque part. Certains, comme moi, plus tard que d'autres. Mais on se dirige vers le fil d'arrivée, peu importe. À part quelques très rares exceptions, on se rend toujours à destination. Donnons-nous le droit de changer d'idée.

J'ai travaillé plusieurs années en informatique, tout d'abord au service à la clientèle, au support technique puis comme directeur d'un département de programmation. Alors que je bossais de jour entre des cloisons amovibles, j'ai eu la chance de faire mes premières armes à la radio. On me répétait souvent que j'avais une voix radiophonique. Bien que ça ne veut absolument rien dire, j'ai fini par croire que je deviendrais un super bon animateur-radio. Effemmm! J'écoutais à l'époque CISM, la radio de l'Université de Montréal. Musicien, j'avais toujours eu un faible pour la musique indépendante et alternative. J'adorais leur programmation. Un jour de 2004, j'ai entendu une pub où la station annonçait rechercher des nouvelles voix pour un projet appelé Barre Oblique, un magazine socio-culturel quotidien. Je me suis innocemment garoché, comme un mouton à l'abattoir. J'avais du front tout le tour de la tête malgré le fait que je n'avais aucune expérience. Je pense qu'ils avaient aimé ma lettre d'introduction. Mon expérience de représentant m'avait aidé à me vendre. Rien n'est jamais perdu. J'ai finalement fait partie du projet de 2004 à 2005. Puis, je soumettais à l'été 2005, un autre projet intitulé Mal de blog où je lisais des textes littéraires de blogueurs inconnus. Ce projet a été en ondes jusqu'en mai 2006. J'ai malheureusement dû abandonner, faute de temps. Mais il était trop tard. J'avais pogné la piqure du monde des médias.

Encore une fois, j'ai tout sacré là et je suis reparti une nouvelle fois à zéro. Exit la job en informatique. De toute façon, j'étais écoeuré. Je voulais travailler dans le milieu des médias mais n'entre pas qui veut en télévision ou radio. Par bonheur, je savais écrire et j'avais une bonne connaissance du web. Lors du lancement du premier livre des Chroniques d'une mère indigne de Caroline Allard, que j'avais eu le bonheur de lire en ondes alors qu'elle était encore inconnue, j'ai rencontré Dominic Arpin, fidèle auditeur de Mal de blog avec qui j'avais échangé une ou deux fois. Encore une fois, de façon totalement candide, je l'ai apostrophé en lui disant que s'il se cherchait un recherchiste pour Vlog (qui en était à sa première saison à l'époque), j'étais son homme. Il m'a pris au mot et quelque semaines plus tard, il me convoquait en entrevue. Je trippais comme un petit gars devant son premier train électrique. Je sentais que j'avais enfin trouvé ma voie. Je suis resté 3 ans et demi à Vlog pour finalement me diriger chez Zone 3 au printemps dernier, afin de devenir rédacteur-en-chef de Cliquez.

Après de multiples revirements de situation, après moult changements de carrière, suite à de nombreuses remises en question et après quelques nouveaux départs, voilà où j'en suis. Je fêtais hier mon 44ième anniversaire de naissance. Fuck! 44 ans? Déjà? J'ai l'impression d'avoir encore 12 ans dans ma tête. Mon corps a l'impression d'en avoir encore 25. Mais où le temps est-il passé? Je regarde en arrière et j'examine mon cheminement. Je suis fier du chemin parcouru mais je trouve que j'ai l'air d'une poule pas de tête à courir après un bonheur qui se cache sous de multiples formes. Je regarde en avant et je fais le constat d'autres choses. Malgré tout ce que j'ai touché, malgré l'expérience acquise et l'évolution improbable, je n'ai encore aucune idée de qui je suis et de ce que je veux dans la vie. Je veux pas péter votre balloune, les kids, mais j'ai l'impression que malgré le bagage des années, je ne connais rien, à commencer par moi-même. Je n'ai aucune idée de ce que je veux réellement faire de ma vie, je n'ai aucune idée où je veux être dans cinq ou dix ans. On me demandait hier quel était mon souhait le plus cher. Hé bien j'ai été incapable de répondre. J'en ai aucune foutue idée. C'est un peu moche quand même. Tout ce que je sais, c'est que je veux être heureux. Y a-t'il moyen d'être plus nébuleux?

Alors voilà, y a pas de morale à cette histoire, pas de leçon de vie, pas de fin heureuse à la Walt Disney. Y a juste le simple récit d'un homme comme tant d'autres, un homme qui avance, qui tombe et qui se relève, un homme qui essaie des trucs et qui se trompe, un homme qui cherche et qui ne trouve pas souvent. La seule évidence que j'ai acquise est que le temps qui m'est donné me file de plus en plus entre les doigts.

4 commentaires:

idmuse a dit...

Y'a rien de nébuleux dans ton histoire. La vie, c'est déjà un perpétuel changement et ceux qui restent au même endroit sont: 1) soit heureux d'y être, 2) soit trop pissou pour changer. À choisir, vaut mieux le choix 1, pas vrai? Et sinon, y'a que les fou qui changent pas d'avis.
Et comptes-toi chanceux d'avoir assez de guts pour créer tous ces changements :)

traitdejupiter a dit...

Comme souvent je me retrouve dans ce que tu écris, j'ai eu 44 ans il y a quelques jours, coïncidence, et j'en suis au même point que toi. Les cheveux blancs qui apparaissent me rappellent que le temps passe mais à part ça je me sens toujours la même. J'espère que la route va être encore longue pour comprendre qui je suis. Et continuer à te lire!

modotcom a dit...

je pense que t'as du fun dans' vie. c'est ce qui compte! xx

Mélodie a dit...

C'est bon de te lire.

Et 44, c'est chanceux, I'm sure!

Bisous!