Quiconque a déjà perdu un parent ou un être proche connaît ce sentiment: l'incompréhension totale que la vie continue alors que ton propre monde vient de s'écrouler. C'est exactement ce que j'ai vécu lorsque mon père est décédé. Je me souviens d'ailleurs plus de cette émotion que de la peine que j'ai eue à l'époque. J'étais incapable de comprendre que la vie continuait pour tous alors que moi, j'étais déchiré, en lambeaux. Comment les gens pouvaient-ils vaquer à leurs occupations quotidiennes; aller travailler, préparer le souper, regarder la télé, sortir le chien, alors qu'une de mes principales raisons de vivre venaient de disparaître? J'avais de la difficulté à me tenir simplement debout et les gens continuaient à vivre sans moi, sans lui. Inconcevable.
J'ai vécu un sentiment similaire à quelques reprises, mais sans nécessairement perdre un proche. La première fois le 6 décembre 1989, lors de la tuerie de Polytechnique. Je me rappelle cette journée comme si c'était hier. Encore une fois l'incompréhension. Encore une fois ce sentiment que ce qui vient de se passer transcende l'humanité. Comment les gens pouvaient-ils continuer à errer dans leur petite vie tranquille, en faisant comme si de rien n'était? Comment même avoir de l'appétit quand un si horrible drame vient de se produire? Je me rappelle être resté scotché devant mon téléviseur, dans un état catatonique, jusqu'aux petites heures du matin, incapable de fermer l'oeil. Imaginez les deux. Je dois être trop sensible.
J'ai vécu à peu près la même chose le 11 septembre 2001. L'impression que le monde s'écroule. Le feeling que le temps s'arrête. N'importe quelle activité outre respirer était vaine. Encore une fois, je regardais en boucle à la télé l'horreur, bouche bée, incapable de trouver un sens à tout le reste. La certitude que plus rien n'était pour être jamais pareil.
Ces derniers jours, j'assiste à un laxisme gouvernemental effarant. Pire, j'assiste à l'atteinte de mes droits démocratiques et de liberté d'expression à cause d'un gouvernement qui ne trouve rien de mieux à faire que de mettre le feu aux poudres en crachant au visage du peuple qui l'a élu. Technologie aidant, je visionne des dizaines de scènes violentes et disgracieuses où un corps policier abuse de son pouvoir et s'amuse à jouer à Duke Nukem avec des gens qu'il est censé servir et protéger. Je vois des jeunes et des moins jeunes se faire tabasser sans raison, simplement parce qu'ils sont à la mauvaise place au mauvais moment. À chaque jour qui vient, j'ai peur du coup de téléphone qui m'annoncera que mon fils s'est fait blesser lors d'une manifestation et je remercie le ciel à chaque fois que je le vois rentrer à la maison en un seul morceau. C'EST PAS FUCKIN' NORMAL! Malgré que je ne peux que saluer son courage, j'ai l'inquiétude parentale dans le rouge.
Comme lors du décès de mon père, du drame de Polytechnique ou des attentats du 11 septembre, je ne comprends pas comment on peut être témoin de tout ça et continuer notre petit train-train quotidien sans rien faire. Comment peux-tu, Québec, regarder tes pied et t'adonner à tes petites besognes insignifiantes alors qu'il en va de ta survie de lever le nez et de constater ce qui se passe dans ta face? Comment peux-tu parler d'autres chose, des frasques des vedettes d'Hollywood, du délicieux repas que t'as mangé hier ou du dernier sac à la mode? Il faut que tout cela cesse.
Je peux pas croire que le gouvernement Charest, tout comme l'ont fait le gouvernement Bush puis le gouvernement Harper, s'est rangé du côté de la terreur, qu'il tente aujourd'hui de maintenir un peuple dans la peur simplement pour se faire reconduire aux prochaines élections. Je ne peux pas penser que tout ça n'est qu'une magouille électorale. La ville est à feu et à sang, on appelle au calme et je n'ai qu'une envie, chanter la Marseillaise.



1 commentaire:
Un texte brillant. Je partage votre point de vue à 100% Assez c'est assez.
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