8 mars 2012

Broyer du noir

J'écris de moins en moins ici. Ce n'est pas que ça ne me dit guère (quoique j'ai un peu perdu le goût de bloguer), c'est surtout que je suis complètement débordé avec Cliquez. De plus, Twitter et Facebook ont fait en sorte que je déverse ma logorrhée de façon constante sur la Toile. Je ne trouve pas toujours nécessaire d'en rajouter sur ce blogue, qui a d'ailleurs vu son nombre de visiteurs péricliter au fil du temps.

Mais il y a deux choses qui se sont passées dans le paysage depuis les derniers jours qui m'interpellent particulièrement: l'histoire de Joseph Kony et de la société Invisible Children puis la violence policière dans les manifestations étudiantes contre la hausse des frais de scolarité. Et j'ai senti le besoin d'ajouter quelques éclaircissements à ma position virtuelle déjà claire.

Tout d'abord la saga Joseph Kony. Si vous n'avez aucune idée de qui ce gars est, je vous encourage à lire sur lui ici. À la lumière de ces informations, on peut dire sans équivoque que c'est un vrai trou du cul. Maintenant, un organisme nommé Invisible children a mis en ligne cette vidéo qui encourage la traque de ce malfrat. Jusqu'à date, tout va bien, on ne peut pas être contre la vertu. Sauf que les façons de faire de cet organisme sont remises en question. Et avec raison. Plus de détails ici et ici.

Je suis le pire avocat du diable que la Terre ait porté. No kidding, je suis un vrai rabat-joie. Quand j'ai vu passer la vidéo Kony 2012, je me doutais qu'il devait y avoir anguille sous roche. C'était trop beau pour être vrai. Que voulez-vous que j'y fasse, je suis un comme Thomas. Faut toujours que je mette les doigts dans les trous (sauf que moi je les choisis). J'ai donc partagé les liens ci-haut en me doutant qu'il y aurait des mécontents, des gens qui grimperaient aux barricades. Quand notre émotivité est touchée dans son centre comme un caramel mou, la cause devient parfois plus forte que la raison. Je pense qu'il est important de se questionner, de remettre en perspective et ce, peu importe que la cause soit bonne ou mauvaise. Rien n'est jamais noir ou blanc. Il est important de connaître tous les tenants et aboutissants d'un sujet avant de prendre position, surtout lorsqu'on nous sollicite de l'argent. Dans le cas présent, ce n'est pas la cause que certains questionnent, ce sont les moyens utilisés pour la supporter. Le problème, c'est que les internautes ne se soupèsent plus le pour et le contre avant de partager un lien dans leurs réseaux sociaux, trop occupés par la maudite course au scoop. De grâce, évaluez tous les côtés de la médaille avant de partager un truc. Pour ce qui est de cette vidéo, je pense que le simple fait de conscientiser et mobiliser les peuples, de propager la nouvelle, de la partager et de dénoncer cette aberration qu'est la formation d'enfants-soldats, c'est tout ce que ça prend pour qu'il y ait des résultats. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'acheter des posters ou des bracelets avec de la petite corde cheap pour supporter une cause. Cette manie qu'on a de toujours avoir à mettre un prix sur tout. Je décroche toujours un peu lorsqu'on demande trente dollars pour acheter un "action kit" qui ne changera en rien le sort du monde, sauf celui du portefeuille d'un président.

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Deuxième truc qui est venu titiller ma fibre émotive, c'est cette manifestation étudiante d'hier devant les locaux de Loto-Québec, manifestation qui a dégénéré et où les forces policières s'en sont donné à coeur-joie en tapochant de l'étudiant. Je déteste la violence, qu'elle vienne des forces de l'ordre ou de celle du désordre. Je pense qu'il est primordial pour un peuple de manifester son désaccord sur un sujet, que ça soit contre la hausse des frais de scolarité ou quoi que ce soit d'autre (contre l'ignorance d'un gouvernement crasse, par exemple). Je me suis demandé comment on pourrait empêcher cette absurdité policière. Et c'est là que ça m'a frappé (oups, pardon madame). Pourquoi ne pas accompagner nos enfants durant ces manifestations? Si vous êtes parents et que vous êtes d'accord avec les revendications étudiantes, pourquoi ne pas marcher avec eux dans les rues? Peut-être que les policiers seront moins enclins à jouer de la matraque et asperger de poivre de cayenne une mère ou un père outrés de l'immobilisme gouvernemental. Si j'appuie mon fils qui apprend à se tenir drette dans la vie, pourquoi n'irais-je pas me tenir drette à ses côtés? Mettons que c'est plus difficile de jouer au bowling quand toutes les quilles restent debout.

On m'a dirigé vers cet événement sur Facebook, une marche pacifique qui aura lieu le 18 mars à 13h au Parc Lafontaine. J'y serai. Il est temps de montrer à nos enfants que nous aussi avons une colonne vertébrale.

8 commentaires:

Étienne Ferron-Forget a dit...

Billet très pertinent, Patrick. Tu devrais ajouter ce genre d'infos plus souvent.

Par rapport au vidéo sur Joseph Kony, il est important, je pense, de propager tant les informations émotives que les critiques. Ton point de vue vient alimenter un beau débat et encourage l'information en profondeur, celle dont on ne parle pas assez dans les médias.

Pour la manif avec les enfants, je me demande juste, si jamais ça tourne plus ou moins bien, si des vandales en profitent pour saccager, mettons. Tant que ça reste pacifique, il n'y pas de problème, par contre. Mais certaines situations sont hors de notre contrôle, parfois.

swan_pr a dit...

Je suis bien d'accord avec toi, en tant que parent nous devrions nous impliquer à TOUS les niveaux. Par contre, je sais très bien pourquoi je n'y était pas hier, non plus aujourd'hui... J'étais au boulot, à regarder par la fenêtre les étudiants passer plus bas dans la rue. Avec en septembre une fille à l'université et un garçon au cégep, je suis plus que consciente des enjeux présents. Mais comme bien des causes, mon implication ne peut se traduire par une marche dans les rues. Je dois bosser pour que mes enfants y accèdent à ces études supérieures...

modotcom a dit...

t'es hot pat, tu as raison sur tous les points. et tu devrais continuer à écrire. ici. merci.

Anonyme a dit...

C'est certain que si tu vas à une marche avec tes enfants, ils seront encadrés et il n'y aura pas de débordement. Je ne vois pas en quoi l'occupation d'un édifice comme Loto-Québec deviendrait un droit de manifester pour les étudiants. On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs. Si les étudiants se contenteraient de manifester pacifiquement dans la rue, tout cela ne serait pas arrivé. Encore la faute de la police. C'est n'importe quoi comme argument.

Patrick Dion a dit...

Ben oui, c'est ben plus inspirant de rester assis sur son cul et ne rien faire...

Anonyme a dit...

Moi aussi je serai là, avec ma fille de 6 ans. Mais j'ai la chienne. Quand je les vois se ruer sur un photographe et le jeter à terre, ils me donnent la chienne. Quand je les vois rentrer dans le tas avec leurs matraques et leur poivre de cayenne, ils me donnent la chienne. Et si je me retrouve à la mauvaise place, au mauvais moment, vont-ils la voir, ma petite? C'est pas normal d'avoir peur d'être victime des policiers. Pas normal... Sonia

Anonyme a dit...

Vos commentaires laissent penser que nous vivons dans une dictature. Pourtant il y a plein de manifs sans que la police intervienne. Pourquoi? La réponse est dans le savoir-vivre. Quand on tolère les casseurs dans nos manifs ou quand on constate que ça commence à tourner à l'affrontement, on quitte. C'est pas compliqué à comprendre il me semble. Et non Sonia la police ne va matraquer ta petite...Juste le fait de l'écrire tu me semble un peu dérangée..

Anonyme a dit...

Je n'ai pas dit que la police allait matraquer ma petite, voyons donc... Je suis pas conne à ce point... Je dis qu'elle est petite, elle sera debout par terre et pas sur mes épaules, et j'ai la chienne d'un mouvement de foule parce que la police se met à s'énerver. Tu as sans doute raison, je dois être dérangée... par toutes les images que je vois ces derniers jours...