15 janvier 2012

Pina

Je ne suis pas un grand amateur de danse. La preuve, je n'ai pas écouté Ils dansent l'automne dernier. OK, ça ne prouve rien. Nico Archambault rules (NOT). Je dis que je ne suis pas un amateur de danse. C'est faux. On aime tous se shaker le popotin occasionnellement. Dans mon cas, j'aime les musiques qui défoncent, qui viennent chercher aux tripes. Il m'arrive parfois de perdre la tête sur une toune mais c'est plutôt rare. Ce n'est pas parce que je n'ai pas de talent. Mes fesses se débrouillent pas si mal quand vient le temps de suivre un beat. Mais l'occasion fait le larron et je ne suis jamais le premier à me précipiter sur le plancher de danse. Je suis celui qui préfère admirer les fesses bouger de loin.

Je n'ai jamais particulièrement aimé la danse contemporaine. À part le fait que j'ai toujours trouvé plaisant de regarder des filles musclées se dandiner toutes nues devant moi, ça ne m'a jamais dit grand chose. Dave St-Pierre m'a initié à cet art il y a quelques années. J'avais apprécié son audace, sa frondeur et son courage mais je n'ai jamais compris ce que les danseurs tentent d'exprimer.

« L'arabesque que Pietro vient de faire là, ça veut tu dire qu'il est triste ou bien qu'il a mal au coccyx? ».

J'ai toujours pensé que danser était l'action de bouger sur de la musique. Plus depuis hier. Plus depuis que j'ai vu le film Pina. Il a suffit d'une seule phrase pour que je comprenne enfin ce qu'était vraiment la danse, et plus particulièrement la danse contemporaine: « Danser c'est exprimer avec son corps des choses que l'on est incapable de dire avec sa bouche. » Et vlan! Dans ta gueule Dion! Prends ça pis avale tes chaussons de ballet avec.

Pina est un documentaire hommage à la danseuse et chorégraphe allemande Pina Bausch, décédée en 2009. Vous ne la connaissez pas? C'est pas grave. J'en avais jamais entendu parler non plus. Ne laissez pas cet obstacle vous priver d'aller voir ce chef d'oeuvre cinématographique. Filmé en stéréoscopie par le cinéaste Wim Wenders (hé oui, en 3D), le film nous plonge littéralement dans la recréation de certaines chorégraphies de la danseuse. Que ce soit dans les décors originaux ou dans des lieux complètement incongrus et hors-propos, le film, qui alterne entre images d'archives et reconstitutions, fascine et hypnotise, même si l'on n'est pas du tout friand de cet art aride et si particulier. C'est magnifiquement filmé, sensuel, sensible, passionnel et c'est à date l'une des meilleures utilisations que j'ai vues de la technologie 3D. On sent qu'on fait réellement partie du spectacle. L'immersion est totale.

Le film est précédé du court-métrage ORA de l'ONF, qui nous plonge lui aussi dans cet univers. Ce court était tout aussi captivant mais pour les néophytes, ça fait beaucoup de danse contemporaine pour une seule soirée, ce qui donne l'impression que Pina traîne un peu en longueur.

Mais ouvrez malgré tout votre esprit et laissez-vous tenter par cette œuvre magnifique et hors-du-commun. Elle fera assurément vibrer tous vos sens : La vue par les images, l'ouïe par la musique, le toucher par la beauté des corps qui s'expriment, l'odorat et le goût par le popcorn du voisin.




2 commentaires:

Bulles d'infos a dit…

J'atterris ici un peu par hasard mais quel plaisir de lire ce billet. Je connaissais un peu le travail de Pina Bausch en allant voir ce film mais à vrai dire cela à peu d'importance pour l'apprécier. Ce film montre qu'on n'a pas besoin d'être spécialiste pour apprécier la danse car c'est juste la vie et des corps en mouvement :)

Morphème... a dit…

Bien d'accord, la danse, c'est vraiment pas mon truc à moi non plus. Au mieux, je peux apprécier la performance athlétique et la rigueur du travail biomécanique des artistes, car le langage m’est tout à fait hermétique. Mais Pina m'a littéralement subjugué par de fabuleux numéros, dont un incroyable solo de "pointes" et un autre à rendre fou... C'est pour ce genre de film que le 3D doit exister, c’est ainsi qu’il faut le voir.