12 janvier 2012

Les petites morts littéraires

Les ruptures font mal, déchirent, tuent aussi parfois. On meurt tous un peu à chaque fois. Comme la mort, l'amour qui s'éteint ne fait preuve d'aucune justice, n'a aucun préjugé. Il vise large, crache à grands coups de semi-automatique et atteint toujours le coeur de sa cible. La mienne est encore fraîche, à peine quelques semaines. C'était une petite mort qu'on voyait tous les deux venir, comme un train fou qui siffle à l'autre bout d'un long tunnel noir. Dix mètres à la seconde au carré dans ta face. PAF! T'as beau essayer de te préparer, tu peux en parler autant que tu veux avec la seconde moitié écorchée du puzzle, adopter les façons les plus adultes pour faire face à la douleur qui se pointe, creuser profondément à l'intérieur de toi un abri nucléaire pour contrer l'explosion, pour éviter les dommages collatéraux, la rupture sème quand même ses petites morts sur son chemin.

Les ruptures font aussi de la belle littérature. Belle parce que vraie, authentique, remplie d'émotion et, paradoxalement, de vie. Pas des petits mots bien fignolés et cousus de dentelle mais des pans de mur complet de prose dégoulinante de chair et de sang, des bouts de vie éclatés qui s'incrustent dans la peinture du quotidien qui s'effrite.

Mes petites morts à moi, je les notais au fur et à mesure dans le cahier du temps qui passe. Pour me rappeler le chemin parcouru à leur prochaine lecture. Parce que c'était une des rares choses qui me restaient pour m'accrocher. Parce qu'écrire, c'est tout ce que je pouvais faire quand ma bouche était trop occupée à simplement respirer. Des mots sales mais sincères. Des questionnements détournés en bribes de sagesse, des bouées lancées aux émotions qui dérivent, des mots qui font comprendre que les obstacles te font toujours avancer. Des phrases terminales qui t'aident à te connaître. Des petites morts littéraires remplies de vie et d'espoir.

Comment je fais ça, arrêter d'aimer, quand ma tête est remplie de photos de toi. C'est con mais autant je te souhaite ce bonheur que je ne pourrais te donner, autant je redoute que tu sois heureuse sans moi. Ça me fait chier d'être remplacé. Dans ta vie, dans ton lit. Même si l'amour n'est plus, même si j'ai le droit de changer ton odeur dans le champ de mines de mes draps, ma substitution me confrontera toujours au fait que je ne serai jamais unique... Les mots se changent en semaine et je constate que la vie me tue. À petites doses, à petites gouttes, comme un filet d'eau qui coule lentement dans le robinet des heures. Ce n'est pas la mort qui me terrifie, c'est de vieillir. Le corps qui ne répond plus quand on l'appelle, la peau qui flotte en vagues sur des os qui rétrécissent. Il est temps, avant de devenir mou et ridé et sec, de saisir chaque parcelle de vie qui passe, dans les bras de l'aventure, dans l'espoir des lendemains infinis, sur les seins doux d'une femme.

0 commentaires: