30 novembre 2011

Intimidation et tristesse

Cette histoire est triste, immensément triste. Le suicide de Marjorie Raymond nous est rentré dedans comme un coup de poing en pleine face. Un autre coup de poing en pleine face. Après le suicide il y a quelques semaines de Jamie Hubley, ce garçon de 15 ans d'Ottawa, c'est au tour de cette jeune fille de 16 ans de Ste-Anne-des-Monts d'être passée à l'acte. Chaque annonce déclenche les mêmes indignations. Chaque fois est une première fois. La révolte, l'incompréhension, la haine, la vengeance, tous les sentiments y passent. Tous sauf l'acceptation. Je suis incapable de comprendre comment on peut en venir à vouloir s'enlever la vie, comment la moindre petite lueur d'espoir peut totalement disparaître. J'en ai moi-même subi de l'intimidation. Beaucoup. Physique et psychologique. J'en ai eu de la marde qui m'est tombée sur la tête. Mais jamais je n'ai eu envie de mettre fin à mes jours. Damn, cette vie est la seule qu'on a. Une chance unique dans le chaos universel. Elle est précieuse et fragile, comment peut-on tout détruire en un clignement d'oeil? J'ai été confronté au suicide à quelques reprises et à chaque fois j'aboutis au même mur. Je ne comprends pas.

Dans le cas de Marjorie et de Jamie, je pointais tout d'abord les parents des deux jeunes de n'avoir pas changé leur enfant d'école plus tôt. "Me semble que c'est le premier truc que j'aurais fait", que je blablatais. En badaud, il est toujours plus facile de se faire aller la gueule comme un con. Pour Marjorie, c'est pas évident j'imagine. Les écoles secondaires ne doivent pas pleuvoir dans ce coin de pays. Puis, en me la fermant, j'ai compris une chose: il est toujours tellement plus facile de juger du travail des autres parents quand on ne vit pas la même situation. C'est tellement facile d'essayer de chausser les bottes des autres quand on n'est pas plongé au coeur de la tourmente. On accuse les parents des ados, autant du côté de la victime que du côté des agresseurs, d'un côté pour ne pas avoir su comprendre toute la détresse dans le cri de leur fille et de l'autre pour n'avoir pu exercer de contrôle sur les agissements imbéciles de leurs enfants. Dans notre course sociale effrénée, dans cette saloperie de monde du paraître et du confort, nos enfants sont devenus des hamsters qui pédalent dans la roue que nous leur avons nous-mêmes bâtie. Ils nous parlent peu, ils nous parlent encore moins des vraies choses. Et quand ils le font, les écoutons-nous vraiment? On a facilement la tête ailleurs: la job, le char, l'hypothèque. Pas facile de s'asseoir quelques minutes pour se dire les vraies affaires. Avant de blâmer les parents des autres, pourquoi ne pas se poser des questions sur sa propre vie?

L'intimidation à l'école a toujours existé. On la voit plus qu'avant, on en parle plus qu'avant. Les médias y accordent une place dans leur bulletin de nouvelles, des artistes organisent des fondations pour la contrer. Et malgré tout, elle est toujours présente. Les kids sont encore aussi méchants. Pourquoi? La violence fait-elle partie de nous à ce point? La plus horrible preuve de tout ça, c'est que même les détracteurs de cette violence ont perdu le contrôle à l'endroit d'une des filles qui a intimidé Marjorie sur Facebook, jouant à leur tour le jeu du bourreau. Où est-ce que ça va s'arrêter? Quand est-ce que ça va s'arrêter? Que faut-il faire, surtout? Je voudrais tellement avoir une réponse. Pour moi. Pour cette société qui me fait si souvent mal. Pour mon fils à qui je ne saurais quoi dire le cas échéant.

Aujourd'hui, on pointe les réseaux sociaux. On dit que le problème vient de Facebook quand au fond, tout ce qu'il a fait a été de matérialiser cette violence. Facebook est aussi responsable de ça aujourd'hui qu'il y était pour quelque chose durant mon adolescence, quand on écrasait des mégots de cigarette brûlants dans la paume de mes mains. Le problème est plus profond, sournois. Et je ne sais pas d'où il vient.

J'ai peur que la violence et l'intimidation soient des sens uniques sans fin. Et ça me fait vraiment chier de ne pouvoir répondre rien d'autre à l'enfant que j'aime plus que tout au monde.

29 novembre 2011

Initiatives web des offices de tourisme

Chaque semaine à Cliquez, nous avons un segment appelé la Commission des Cliqueurs où on présente différents sites sur un sujet donné. Cette semaine, on met en lumière des offensives originales d'offices de tourisme à travers le monde. Quand j'en ai parlé sur mon mur Facebook, on m'a imploré à genoux (j'ai l'imagination fertile) de faire un billet sur les sites que j'avais mis de côté. Voici donc neuf initiatives rejetées sur les quatorze tout d'abord retenues.

Voici la superbe campagne 2011 de la Nouvelle-Zélande. Des images à couper le souffle et de l'information à n'en plus finir. Dans la même lignée (aérienne), Air New Zeland propose une websérie sur Youtube où différentes personnalités jouent le jeu de parler à une marionnette, assis sur un siège d'avion.

Le Voyage à Nantes est un court-métrage de fiction complètement déjanté qui prend vie dans les rues de la ville. On est jamais trop sûr où ça s'en va mais c'est mauditement bien réalisé.

Hearing the sunshine est une websérie en sept épisodes sur la Thaïlande. Un beau site, un concours et surtout, de belles images par-dessus de belles images.

Qui aurait l'idée d'aller visiter la Corée du Nord? À part Vice, pas grand monde. Par chance, c'est un peu différent en descendant vers le sud. L'Office du tourisme de la Corée a d'ailleurs mis en ligne une section interactive qui n'a rien à envier à ses contreparties occidentales. De quoi faire tourner Kim Jong-il dans son bunker.

Tout le monde se souvient de la campagne The best job in the world en 2009, où un internaute pouvait remporter la job de bloguer depuis la barrière de corail australienne. Moins spectaculaire, la campagne australienne 2011 mise cette fois-ci sur les 100 trucs à faire down under dans une carte interactive.

Le Mexique n'est pas en reste avec Mexico Taxi Project, une websérie mettant en vedette du vrai monde dans de faux taxis. Merci à Catherine Lefebvre pour le hint.

Qui aurait cru que la Jordanie tenterait aussi de faire parler d'elle dans une offensive web. De facture enfantine à la limite du 8-bits, ce site web ne remportera pas de prix Boomerang pour son design. Mais il a le mérite d'intéresser les internautes à ce pays rempli d'histoire. À bas les préjugés.

La Norvège est reconnue pour ses aurores boréales. Pas surprenant que l'Office de tourisme de la Norvège ait décidé de miser là-dessus en créant My Northern Lights, un site où les vidéos se suivent au rythme de la musique.

Maintenant, il ne vous reste qu'à syntoniser Cliquez vendredi à 19 heures pour connaître les cinq initiatives qui ont fait flancher notre coeur.

25 novembre 2011

La première fois

On se souvient toujours de notre première fois, cet instant précis où tout notre être galvanisé trace une nouvelle voie dans l’incongruité des jours à venir. On ne le sait pas à ce moment-là mais tout ce qu’on croit connaître vient de basculer. La vie qui bifurque et la conscience qui n’y peut rien. Fuck, je m’enlignais pas du tout pour ça, moi…

(la suite sur Bang Bang)

17 novembre 2011

Toucher en 140 caractères

C'était jour de défi à Radio-Canada aujourd'hui. Notre diffuseur national invitait les gens à s'exprimer littérairement en 140 caractères et moins, en prenant soin d'utiliser le mot-clic #temps dans leurs tweets.

On m'avait approché pour que je réponde à une question simple: la littérature est-elle possible sur Twitter? Vous vous en doutez, j'ai été incapable de le faire. Je leur ai donc pondu un long texte sur la question, Avoir bons caractères.

Je me suis aussi amusé durant la journée en y allant de quelques tweets où chaque mot a été mûri, pesé et soupesé, question de montrer que la twittérature peut aussi émouvoir et remuer. Voici ce que ça a donné:

J'ai tout mon #temps dit-elle, en regardant couler le cocktail chimique dans ses veines.

Le #temps est à l'orage, éructa-t-elle, se couvrant du mieux qu'elle put de son sac de plastique. Puis elle se rendormit.

INRI, et les #temps ne seraient plus jamais pareil.

Il lui a dit "Je t'aime et serai toujours là pour toi". Elle mourut seule au bout d'un certain #temps.

T'aurais dû me le dire pendant qu'il était encore #temps, souffla-t-il silencieusement au bout de sa corde.