27 octobre 2011

Silence et fuite

Ça ne faisait pas cinq minutes qu'ils étaient partis. Silence. Paix. Temps. Trois denrées rares dans mon quotidien débile. Mon café au lait était déjà froid, autant que le petit matin qui se réveillait encore. Je retardais le moment où j'allais enfiler mon coupe-vent, mes gants et la tuque sous mon casque, vous savez, celle qui me donne des airs de condom. On a pas le choix de s'assumer quand on gèle. Un cerne de mousse brune tachait le pourtour de la tasse, sans doute pour accompagner les traces sous mes yeux.

Il n'y avait que le ronronnement du frigo pour se chamailler avec mes idées et je n'avais pas envie de jouer à l'arbitre. J'avais les mais folles, les doigts déliés. Y a des trucs qui ont parfois plus de vie que moi. J'avais tracé quelques traits, couché des idées. J'avais même aimé quelques mots.

J'avais commencé par m'excuser. Je parlais encore de moi, du mal qui gruge, de mon nombril qui joue au pôle. Je vous avais oublié pour faire changement. Me myself and I. Encore. J'ai effacé. Je n'avais pas à faire amende honorable. Tout ce que je connais, et c'est peu, réside dans ce qui m'avale. Le reste n'est que suppositions. Puis je me suis ravisé. J'ai appuyé sur Command + Z et je me suis excusé de nouveau. Je suis dur de comprenure.

Ça a débuté par une première ligne, puis une autre, puis vingt-sept. Les mots s'emboîtaient en puzzle, je vomissais des phrases au cube. Quand j'ai eu fini d'écrire ce que j'avais à dire, j'ai ajouté un point final. Il ne l'était pas. Le courage s'était dissipé. Comme trop souvent. Comme presque toujours. J'ai l'échine friable, j'ai les peurs omniprésentes. Celle d'avancer sans souci du lendemain plus celle où vous jouez le rôle du miroir. Ça égale tout et j'emprunte des mauvaises tangentes. Depuis que j'ai appris que tout peut se jouer d'un coup de dé, je ne les lance plus. Le temps coule longuement entre l'alinéa et le générique et les mots ont le temps de changer d'idées. J'apprends la peur en vieillissant. Le silence et la fuite seront toujours des solutions.

16 octobre 2011

Café de Flore

Je voulais tellement ne pas aimer ça. Parce que les critiques de la Terre entière étaient dithyrambiques, parce que ma blonde tenait tant à y aller, parce que j’aime ça penser le contraire de tout le monde, parce que Kevin Parent, parce que pis parce que. Je suis comme ça: épais des fois.

Je me suis assis dans la salle, les poils de la nuque hérissés, l’ouverture d’esprit en mode fuck you, le dos droit, la carapace solide, l’armure bien huilée. Ça m’a pas pris cinq minutes. Cinq petites minutes et je devenais le dommage collatéral d’un combat perdu d’avance. Je me suis totalement liquéfié sur le béton du Cinéma Beaubien.

Café de Flore m’a saisi à bras-le-corps puis jeté à terre, m’a complètement épuisé en émotions et, alors que j’étais au plancher, m’a décoché un coup de poing cinématographique fatal là-où-ça-faisait-déjà-mal. Jean-Marc Vallée s’est joué de moi comme si j’étais une bille dans une machine à boule, me propulsant d’un bord et de l’autre de son labyrinthe, où les grandes émotions épousent toute l’ampleur de l’histoire qui se déroule devant nos yeux. C’est que j’en ai vécu des trucs durant ces deux heures, la tête dans mes épaules ployant sous le choc des images. Des flashbacks familiaux et amoureux de ma vie m’ont grugé l’esprit comme le froid sur les feuilles d’automne, ravalant mes larmes de longues minutes devant les misères humaines des personnages. Fuck, c'était moi ça... Je pensais avoir gagné sur mon hypersensibilité. Mais non. Il est revenu me faire chier, le torrent d’émotions. Parfois à cause de la trame sonore à donner des frissons. Parfois parce que, ben merde, c’est un peu mon histoire que je revis pis c’est comme ça que je me sens et pense aussi. Pis parfois sans même savoir pourquoi: l’espérance, la douleur, l’incompréhension, la détresse, l’harmonie, les déchirures, les revers, la vie, la mort, who the fuck knows. Ça m’est rentré dedans comme un train fou surgit de nulle part.

N’allez pas voir ce film. Parce qu’on ne sort pas indemne de Café de Flore. Ça te bousille le coeur, ça te chamboule l’esprit, ça te fait mettre le nez dans tes névroses et tes douleurs, ça te fait ravaler ta vie avec un peu de sable dedans. Mais si vous ne m’écoutez pas et allez le voir quand même, c'est pas grave. Ça te dit aussi que tout n’est jamais perdu, qu’on a quelque chose à voir à la vie des autres et que surtout, on n’est jamais vraiment seul. Y a beaucoup d’espoir au bout du chemin.

13 octobre 2011

La paresse culturelle

Au commencement dieu créa les cieux, la terre et le journal de Montréal et il vit que cela n'était pas si bon que ça finalement.

Le lendemain il créa Internet et les blogues. Soucieux de pouvoir toujours en donner plus à celui qu'il avait fait à son image, il créa, le troisième jour, Facebook. Les gens s'y ruèrent dans un chaos apocalyptique et s'y noyèrent. Trop de choses à lire, trop de miettes à lancer dans la mangeoire commune, et si peu de temps à y consacrer. Pour leur simplifier la tâche, dieu créa Twitter. Vite fait bien fait, les apôtres de la concision avaient trouvé leur Babel. Deux ou trois lignes à lire, une centaine de caractères et on passe aux suivantes. Les mots s'oublient aussi rapidement que les grandes catastrophes. Le prochain kicke le précédent au firmament des oubliés.

Le dernier jour, dieu voulut se reposer et envoya un message texte: BRB. On attend toujours la venue du seigneur.

Nous sommes à l'ère adolescente de l'écriture. La paresse nous coule par tous les pores. Écrire est maintenant trop ardu. L'oisiveté intellectuelle nous a englué dans un pré-mâché culturel. Les inepties télévisuelles nous ont abrutis, la musique joue en boucle selon des recettes éprouvées, l'écriture batifole dans les prés des abréviations et de la pensée commune. Le choc des idées résonne aussi mollement qu'un gros cul qui s'affale sur un matelas. On fait du manger mou avec nos mots pour les rendre digestes à la masse. Mais servir du pablum culturel, c'est pas jouissif. Quand on y pense, c'est beaucoup insulter l'intelligence des lecteurs.

Je suis moi-même victime consentante de cette fainéantise. Je dis "victime" mais je suis conscient d'en être le seul responsable. Un exemple de ce laxisme? Ce foutu blogue. Les lecteurs s'attardent de moins en moins dans cet espace. Remarquez, c'est peut-être aussi dû au peu d'intérêt du contenu de ce carnet. À vouloir embrasser des dizaines de sujets à la fois, tu finis par te ramasser avec des feux sauvages aux commissures. C'est pas appétissant.

Y a aussi cette foutue censure qui doit se sentir à cent miles à la ronde. La censure du milieu culturel qui épie tes moindres gestes. La clique médiatique et culturelle québécoise est plus petite et fermée que le troufignon d'une Soeur Grise. Une fois que tu réussis à y pénétrer, tu veux garder ta place au chaud. Exit les chapelets de critiques. La main qui te nourrit est puissante. En conséquence, tu fais le moins de vague possible, tu déplaces pas trop d'air, à moins que ça soit pour lécher l'égo de ton camarade/artiste/vedette voisin à la moindre de ses galipettes publiques sur Twitter. Si t'oses pointer du doigt ce genre de situation aberrante, tu vas te faire sortir cul par-dessus tête en moins de deux. Ton téléphone arrêtera de sonner, ta boîte de courriel prendra des airs de vide interstellaire. On perd de ses convictions quand vient le temps de manger.

Pourtant, les gens aiment la sincérité de l'écrivain. Quand t'as tout tassé la poussière autour de tes écrits, quand t'as enlevé les cernes autour des mots, quand tout ce qui reste est le vrai plancher de tes émotions, la littérature est le seul endroit où il reste un peu de vérité.

J'ai visiblement encore beaucoup à apprendre. Mais j'ai surtout besoin de me relever et de me tenir debout.

11 octobre 2011

Quand l'envie de passer à Wordpress te pogne

Ça fait une couple de fois que ça me chicote, l'envie de passer de Blogger à Wordpress. Mais tsé, quand t'as le derrière confortablement installé depuis de nombreuses années, c'est plus difficile de lever tes grosses fesses du sofa virtuel. J'aime Blogger pour de multiples raisons, dont celle de pouvoir facilement intégrer des vidéos sans se casser la tête. Il y a quelques années, Wordpress ne permettait l'intégration directe que des grands portails vidéos, Youtube, Vimeo, Dailymotion. Pour les autres, fallait gosser. Pis gosser, c'est gossant (vérité de la police ;-) ). Mais la plate-forme s'est ouverte au monde graduellement. J'ai toujours préféré Wordpress pour les différents templates que la plate-forme offre mais me manquait toujours le coup de pied pour rendre les armes. Je pense que ça vient de se produire.

J'utilise Wordpress pour le blogue de Cliquez, blogue dans lequel on entre toutes nos découvertes pour l'émission. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que la publication d'un message Twitter dans la plate-forme intègre le message directement dans le billet de blogue. En d'autres mots, si j'inscris le lien suivant dans mon billet (https://twitter.com/#!/MikeyWelsh71/status/118305899923259392), l'image suivante apparaît automatiquement une fois celui-ci publié.


J'aime. J'aime beaucoup. Je trouve que Wordpress s'ouvre encore plus. Pis j'aime ça l'ouverture. Parlez-en à ma gueule qui passe son temps toute grande ouverte. Me reste plus qu'à trouver du temps pour faire le switch et d'autre pour écrire dedans.