30 mai 2011

Se laisser flotter

On roulait depuis déjà une bonne heure quand la flotte s'est mise de la partie. Tout allait pourtant si bien. Le temps était humide, certes, mais on avait même retiré nos imperméables, question de laisser le vent pas si frais fouetter le bout de peau molle qu'on a sous les biceps. Savez, ce petit amas de chair que même pédaler trois mille kilomètres par année ne change rien, à moins de vous appeler Chantal Petitclerc et que vous mouliniez avec vos bras.

J'avais même fait un chouette arrêt, une pause-pipi aux abords de la Rivière des Outaouais, à la hauteur de St-Placide. La brume nappait les flots d'un calme serein. Si je n'avais pas eu tant envie de pisser, je m'y serais même laissé prendre béatement, à contempler le large. Mais la vessie reprend vite ses droits.

Et c'est justement après ce petit village tranquille à l'ouest d'Oka qu'on s'est fait prendre sous l'averse. En pleine campagne, alors que tout ce qu'on entendait était le doux roulement des pneus sur le bitume fissuré. Y avait pas une voiture. Pas âme qui vive. Peut-être qu'on entendait aussi la brise fouetter les feuilles des arbres en bordure de route. Ou peut-être était-ce la sangle de mon casque qui chuintait au vent.

Tu deviens un peu con quand t'as réellement envie de faire du vélo. T'as beau avoir espionné le site de Météomédia sous toutes ses coutures des jours durant, t'as beau avoir vu qu'ils annonçaient quinze millimètres de pluie, tu continues d'espérer voir le soleil poindre son nez dans ta journée. Mais ça finit toujours par te tomber dessus comme un gouvernement Conservateur. Schlack! Un rideau. Merde! Et mon vélo qui était tout propre... Tu t'arrêtes au bord de la route, lâche un soupir de découragement, remet ton imper et sautes sur ta monture de nouveau. Tu te dis que ça ne durera pas, que "ils annonçaient juste quelques averses" et tu moulines. Une heure, deux heures... Jusqu'au lunch. Après cinquante kilomètres, t'es presque assez niaiseux pour vouloir revirer de bord. Mais non, tu t'arrêtes à la pause-dîner, tu manges ton lunch sous la pluie ou sous l'abri des joueurs d'un terrain de baseball, grelottant. Moi qui n'ai jamais aimé la soupe à l'oignon pour cause de pain mouillé, j'en ai eu pour mon argent avec ma sanouitche au jambon détrempé.

Quand tu crois que ça s'est finalement calmé, tu réenfourches ta bécane et tu repars. Damn, même pas eu le temps de prendre un café! Ça fait pas dix minutes que t'es reparti que Schlack! Un autre rideau. Voulez-vous bien me dire qui est ce satané trouble-fête qui fait pisser les cieux de la sorte à chaque fois qu'il y a un événement de Vélo Québec? C'est comme ça à chaque année. Le Tour de l'île, le Tour de nuit, le Défi Métropolitain, le Défi Vélo Mag, à croire qu'il fait exprès. Pour une fois que les cyclistes peuvent s'approprier la route, il y a quelqu'un qui fait tout pour les décourager. Dieu est sûrement un automobiliste!

Mais malgré toute cette pluie, malgré les pieds trempés, l'eau qui suinte sur ton visage, malgré les perles qui s'accrochent à tes lunettes et toute cette boue qui s'accumule dans ton dos, il n'y a rien comme sentir que la route t'appartient, l'espace de quelques heures. Il n'y a rien comme savoir que tu n'es pas le seul weirdo à espérer obtenir une petite parcelle d'asphalte le temps d'une journée, aussi merdique soit elle météomédiatement parlant. Jusqu'à ce qu'un moron passe à tes côtés en trombe dans son gros pick-up F150 et te crie de te "tasser tabarnac", malgré le fait qu'il y ait mille autres cyclistes qui vivent cette expérience unique avec toi, et te ramène dans l'air du temps.

Un jour, malgré les cuissards moulants et les chandails de vélo aux couleurs de l'arc-en-ciel, on n'aura plus l'air de foutus extra-terrestres. Un jour on pourra partager la route, comme des gentleman et des gentlewoman qui se respectent et qui font preuve de courtoisie et de prudence. Jusqu'à ce jour, il y aura heureusement des associations telles que Vélo Québec pour organiser des événements comme le Défi Métropolitain et venir mettre un baume sur tes journées cyclistes, aussi mouillées soit elles.

26 mai 2011

Tout plein de grosses nouvelles

Bon bien voilà. Si vous n'étiez pas sur Twitter ou Facebook ce matin, vous n'êtes peut-être pas au courant de la dernière grosse nouvelle me concernant. J'aurai l'extrême plaisir, à partir de l'automne, de travailler sur une toute nouvelle émission à TV5 qui s'appellera Clickez!. J'y jouerai le rôle de rédacteur en chef. Animée par Julie Laferrière (Club social), Clickez! sera consacré au web (of course, on ne renie pas ses origines) mais vu sous différentes lorgnettes: trouvailles, actualités, découvertes, coups de coeur, dossiers, échanges, opinions, Clickez! veut surtout mettre en scène comment Internet change nos vies. La nouvelle est ici, sur Cyberpresse.

Comme une bonne nouvelle arrive rarement seule, j'ai également le plaisir de vous annoncer qu'à partir du 10 juin, je co-animerai, en compagnie de Laurent LaSalle et Nadia Seraiocco, une émission sur l'actualité technologique à CIBL 101,5 FM. Intitulée 42, l'émission mêlera habilement la radio hertzienne, la web-radio, la diffusion vidéo en continu et en simultanée et le clavardage/twivage et traitera, sous l'angle du débat, des actualités technologiques de la semaine. Un vrai concept transmédia quoi. L'émission sera en ondes les vendredis de 13h à 14h.

Jamais deux sans trois? Alors garrochez-vous tout de suite au ReineRouge.tv pour voir le quatrième épisode de cette websérie de Patrick Sénécal, Olivier Sabino et Podz. Une petite surprise avec ma face dedans vous y attend...

25 mai 2011

Preuve #98 que la fin du monde est proche

Après un début de printemps de déluge dantesque, ne voilà-t-il pas qu’on nous annonçait, à grands renforts de conneries médiatiques, une fin de semaine de fin du monde. Ça fait beaucoup de fins en si peu de temps. Tout ça grâce à un vieux révérend sénile, comme seuls nos voisins du dessous savent en créer (mais ne vous inquiétez pas, ce n’est qu’une question de temps avant qu’on en retrouve à la pochetée dans le plusse beau pays du monde). Harold Camping, un « berger » de 89 ans, animateur d’une station de radio chrétienne, prévoyait qu’on était tous pour mourir dans des souffrances atroces samedi dernier à 18h pile. Le tout avait été prédit selon un calcul aussi scientifique que la recette du Poulet Frit Kentucky. C’est clair que les chiffres devaient être basés sur l’heure avancé de l’est. Everybody knows that God is an American... (la suite sur Bang Bang)

16 mai 2011

Générer plus qu'un titre

La première fois que j'ai lu le titre du dernier roman de Jean-Simon Desrochers, je me suis demandé s'il avait eu recours au générateur de titres de romans que l'on retrouve sur le site d'Omer Pesquer. Ça m'avait bien fait rire ce titre. Parce que ça veut tout dire et ça ne dit rien du tout non plus. Le genre de titre accrocheur à la "Comment devenir une star des médias sociaux". Le genre de titre qui déclenchera une étincelle de questionnement quand ton oeil le croise. Une chose est sûre, je n'avais aucune idée à quoi m'attendre avec ce bouquin.

J'en avais eu pour mon argent avec La canicule des pauvres. En fait, j'en avais eu pour mon argent, pour l'argent de mon voisin, pour l'argent du CAL, du CALQ et de toutes les librairies Renaud-Bray de la province: près de 700 pages, une galerie de 26 personnages, autant d'histoires que de chassés-croisés, du sexe, de la solitude et de la soif de vivre à profusion. Les trois S qui maintiennent en vie la plupart des protagonistes de ses univers. Avouez que ça ressemble pas mal à notre histoire à tous au fond. Mais bien que je me sentais interpelé, la pilule avait été plus difficile à avaler. La lecture était ardue, elle demandait un effort. Étant le pire des paresseux de la planète, il aura fallu que je m'y prenne par deux fois pour en terminer la lecture. Je devais être prêt et disposé j'imagine.

J'avais donc quelques appréhensions en débutant Le sablier des solitudes. Mais je fus rapidement conforté dans ma paresse intellectuelle toute moderne. Cette fois-ci m'attendait une briquette de 358 pages. Tac tac tac, pas de niaisage. On retrouve encore une fois de nombreux personnages hauts en couleur mais ils sont ici présents au nombre de treize. Les chapitres sont courts et bien structurés et on se retrouve aisément dans cet intéressant labyrinthe. L'histoire d'un carambolage n'est véritablement là que pour mettre en relief différentes vies, toutes plus magnifiquement ordinaires les unes que les autres. Ces vies, ce pourrait être la mienne, ce pourrait être la vôtre.

Ce que j'aime particulièrement de la plume de Jean-Simon, c'est qu'on sent qu'il ne porte jamais de jugement sur ses personnages. Il les scrute, les examine et raconte leur existence telle quelle, sans fioriture, sans dentelle, sans a priori. On a tout de suite l'impression qu'il les aime inconditionnellement, malgré leurs travers et leurs imperfections. Et même si la vie de certains d'entre eux se retrouvent probablement à mille lieues de la sienne, aucun n'est jamais unidimensionnel. On a ici affaire à toute la palette des émotions de chacun. Qu'ils soient militaire, ministre ou simple étudiant banlieusard, ils demeurent des êtres complets, croches, remplis d'espoir, imparfaits, à la fois apeurés et confiants et tout aussi bons que méchants. Comme vous et moi. Parce que tout n'est jamais blanc ou noir, j'aime comment Jean-Simon peint les zones grises de l'être humain.

11 mai 2011

Nouveau projet

Il en parlait dans son excellent récit Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles. Il en a également glissé un mot à quelques occasions, en entrevue dans certains médias. Steve Proulx renchérissait sur le même sujet lors d'une récente chronique dans le Voir. Nicolas Langelier soutient qu'une grande part des jeunes de la génération Y ne se retrouve pas dans l'offre médiatique québécoise. Radio, télé, magazine, Nicolas affirme qu'on ne s'adresse pas vraiment à sa génération. Et il a raison. L'offre aux 25-35 ans est minuscule. Non, correction, l'offre intelligente, inspirante et rassembleuse est rare comme une belle et chaude journée de mai. Pour le reste, il y a beaucoup de papier cul qui s'imprime sur les presses rotatives du Québec.

Pour contrer ce manque, Nicolas tente aujourd'hui sa chance comme co-éditeur et rédacteur-en-chef de Nouveau projet, un tout nouveau magazine à voir le jour à l'automne. "Un magazine culture et société qui aura pour raison d'être la publication de textes nouveaux, soignés et susceptibles de nous permettre de mieux comprendre les enjeux de notre époque et de mener une vie plus équilibrée, satisfaisante et signifiante." Gros contrat. Pour ce faire, Nouveau projet organise en ce moment une levée de fonds sur le site spécialisé Kickstarter et demande l'aide du public. Mon aide. Votre aide. L'aide d'une génération.

Vraiment bravo. Ça prend des couilles de fer pour débuter un méga-projet comme ça, surtout en pleine convergence médiatique québécoise. J'aime bien l'idée et le concept du magazine aussi. C'est vrai que l'offre est boiteuse pour cette tranche d'âge de la population, à moins que vous ayez un faible pour la nourriture intellectuelle à perruches, pour la galette pré-cuite et pré-mâchée qui offre des colliers en plastique en bonus à l'achat du second numéro ou du vide artistique sous forme accrocheuse genre "Le dur cauchemar d'un chanteur et sa constipation". Bon, il y en a pour tous les goûts, je l'accorde. Mais faut aussi parfois viser plus loin dans la vie, ouvrir ses horizons et botter sa curiosité. C'est pas moi qui l'ai dit, c'est Antoine Betrand au Verdict cette semaine.

Mais je me questionne vraiment. Est-ce une bonne idée, en 2011, de démarrer un magazine papier? Même si Nouveau projet prévoit offrir une version électronique de son magazine, est-ce réellement viable d'envisager imprimer un magazine-papier sans pertes financières, surtout si on se fie aux ventes en kiosque et aux abonnements? N'est-ce pas un peu ironique que la génération Y, la plus susceptible de se procurer moult cossins et bidules électroniques à la sauce iPad et Kindle, jette son dévolu sur un format pulpeux? Personnellement, je préfère tenir du papier entre mes doigts. Mais je pense honnêtement être un extra-terrestre. Croyez-moi, je souhaite de tout coeur que ce projet fonctionne. Je vais même y aller de mon propre don. Mais l'impression papier devrait-elle être la voie à suivre?

9 mai 2011

Un iPhone à vélo

Saviez-vous qu'il existe des applications pour téléphone intelligent qui permettent de garder une trace de vos exploits sportifs? Ben là vous le savez. J'ai décidé d'essayer ce genre de bidules pour comptabiliser mon kilométrage à vélo mais il est possible de les utiliser pour la course, la marche, le skateboard et même l'escalade et la natation. Ces applications utilisent la fonction GPS de votre téléphone intelligent en combinaison avec Google Maps pour calculer la distance que vous avez parcourue, le temps que vous y avez consacré et la vitesse à laquelle vous vous êtes déplacé.

Je suis à tester présentement deux de ces applications: Endomondo: et iMapMyRide. Je dis applications mais il s'agit également de communautés sociales où les membres peuvent échanger entre eux. Ces plate-formes sont même liées à Facebook ou Twitter et peuvent en conséquence y afficher vos résultats. Ceci dit, je ne ferai pas une analyse exhaustive des deux systèmes. Je peux par contre avancer qu'Endomondo est léger, simple et convivial. Sa plus grosse lacune est qu'il affiche les résultats en miles à l'heure, ce qui est plutôt gossant. Pourtant, la plate-forme sociale est disponible en français. Allez y comprendre quelque chose. Pour ce qui est de iMapMyRide, je dirai que la plate-forme est très complète mais malheureusement disponible qu'en anglais. Par contre, vous obtenez tous vos résultats en kilomètres heure. L'application iPhone a plus de gueule et semble plus rapide que sa contrepartie.

Comme toujours, l'application parfaite n'existe pas. Mais j'avoue avoir déjà un petit faible pour iMapMyRide qui créé, grâce au plugiciel Google Earth dans votre navigateur, une carte en 3D du parcours que vous venez de faire, comme si vous le survoliez en hélicoptère. C'est pas mêlant, on se croirait en plein Tour de France!

3 mai 2011

Crampe à droite

Bon, une bonne affaire de faite: un gouvernement Conservateur majoritaire. On peut maintenant passer à autre chose. Reste juste à faire passer la pilule. Mais j'avais déjà commencé à déglutir. Je m'y attendais. Pas vous? Han? Vous me niaisez? Hé ben!

Je ne sais pas si Harper trouve encore ce matin que ces élections étaient inutiles. Il en ressort grand gagnant. Il se retrouve maintenant libre de faire comme bon lui semble. La sainte paix! Amen! Je sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que mes valeurs sont plus que jamais menacées. Welcome to Despoteville, population: neuf provinces sur dix. J'aimerais pas être artiste ou environnementaliste ces temps-ci. Oups, en plus de vivre de culture, je suis pro-environnement. Damn! Je suis dans la grosse schnoutte! Je devrais peut-être me recycler en vendeur d'avion, en marchand de pétrole ou en entrepreneur de centre de prières? Y a de l'avenir dans les valeurs des années 1900...

Mais je comprends mal la surprise du Québec ce matin de se réveiller dans un pays gouverné par un parti de droite. C'était évident comme un pro-vie devant une clinique d'avortement. Mais où donc étiez-vous depuis un mois? Z'aviez pas lu les journaux? Écouté la télé? Ahhh, vous aviez encore le cerveau gelé par ce trop long hiver frigorifique. Je vois. Mais je comprends aussi mal votre surprise devant la déconfiture du Bloc Québécois et l'entrée massive du NPD dans l'échiquier politique. C'est pas vous qui avez voté? Comment être surpris de la défaite du chef Gilles Duceppe quand vous-mêmes avez voté pour quelqu'un d'autre?

Continuerez-vous de douter maintenant qu'il existe deux solitudes au Canada? Les Québécois qui ont déjà voyagé dans ce "plusse beau pays" savent à quel point le ROC est différent de nous. Ceux qui l'ignoraient viennent tout juste de se le faire mettre en pleine face. Alors, quand prendrons-nous enfin ce beau grand risque de la souveraineté du Québec? Et si on avait maintenant autant de couilles à se faire un pays qu'à élire un parti sans expérience, sans programme et sans candidat?