
Ce billet ne comporte aucune aigreur, que des questionnements. Une foule de questionnements. J'avais fait, il y a deux semaines, une analyse complète de mes revenus d'auteur dans
ma chronique sur Bang Bang. Selon les chiffres de ce compte-rendu, je démontrais en gros que pour vivre de son art au Québec, il fallait se résigner à devenir pauvre. Mais je me considérais privilégié, stipulant que j'allais vendre environ 1400 copies de Fol allié à 2,30$/pièce.
Voilà que je reçois finalement ce matin les chiffres de vente officiels de mon éditeur pour la période se terminant le 31 décembre 2010. Comble de pétage de balloune, j'aurai finalement écoulé 617 copies du roman, dont 122 de ma propre initiative. 495 copies pour un chèque de 1062 misérables dollars (1062μm$). Vous vous en doutez, je ne prévoyais pas devenir riche en écrivant ce livre. Je me considère même hyper chanceux (et heureux) que plus de six cents personnes aient daigné lire les mots que j'ai couchés sur papier. Mais tant d'efforts pour si peu de résultats? Est-ce que tout ça valait la peine?
Je n'écris pas par nécessité. Ce n'est ni un besoin viscéral ni un exutoire. J'écris parce que j'aime avoir écrit. C'est tout. Pas de cheval blanc, pas de prince, pas de fausse romance et encore moins de
rêve d'enfant®. J'ai cherché par différents moyens de laisser ma trace sur Terre. J'ai longtemps cru que ça se ferait par le biais de ma plume. Pour être honnête, je sais que ça ne sera pas le cas. Ça ne l'est jamais à moins de vous appeler Baudelaire, Nelligan ou Lise Dion...
Si on considère qu'un auteur (à moins d'être une vedette, d'avoir écrit un livre de recettes ou encore mieux, d'être une vedette qui aura écrit un livre de recettes) vendra en moyenne 500 ou 600 copies de son "oeuvre", on est en droit de se demander ce qui se passe. What de f*ck is wrong?, comme disent les pandas géants du Japon. Comment se fait-il que, dans un bassin de population de sept millions d'habitants, on ne réussisse pas à vendre plus de livres d'ici? En publie-t-on trop? En importons-nous trop de l'étranger? Publie-t-on trop de livres québecois? C'est le sempiternel questionnement littéraire. On le relève souvent mais on n'y répond vraiment jamais. Je n'en suis pas plus en mesure, pitchez-moi des roches. Mais une autre question me taraude en particulier. Comment se fait-il qu'on lève le nez à ce point sur la littérature québécoise? J'ai toujours été un ardent défenseur et un amoureux fou de la littérature d'ici. J'aime suivre les pas des auteurs, j'aime reconnaître les paysages, les odeurs. J'aime que la langue qu'ils utilisent soit colorée, qu'elle me représente, qu'elle me fasse vivre et vibrer. J'aime savoir qu'il y a un peu de moi, de mon histoire et de mes aspirations dans leurs mots. Mais pourquoi diable ai-je l'impression d'être le seul à tenir bien haut le drapeau de cette fierté littéraire québécoise?
Mon amie Sandra Doyon, aka
Camionneuse, était à l'émission Tout le monde en parle hier soir parce qu'elle publie ce jeudi son tout premier livre,
Je vous écris de mon camion. Après avoir été relégué au fin fond du trou du cul de l'émission (vers 22h05, après que Ricardo soit venu nous vendre ses chaudrons!), Guy A. Lepage n'a même pas daigné discuter de son travail d'écriture, ne s'intéressant qu'au fait qu'elle exerce le métier de camionneuse. Quand on invite des auteurs et qu'on se fout de leur livre, est-ce qu'on peut dire que la littérature est sur le bord de prendre le champ? Bien sûr, l'émission a déjà reçu des auteurs et parlé de leur oeuvre: Dany Laferrière, Marie Laberge et... Lise Dion. Tous ces auteurs qui ont tellement besoin qu'on parle d'eux dans les médias pour mousser la sortie de leurs trucs.
Alors oui, on se fout de la littérature, surtout celle d'ici. Ça me désole et ça m'attriste. Il est déjà difficile d'avoir une voix différente dans ce méga-troupeau de 350 millions d'anglo-américains qui nous avale. Alors on fait quoi? On continue de crier dans le désert pour quelques pèlerins déjà convertis ou on abandonne tout de suite, en se résignant à perdre nos voix une à une? Y a de quoi baisser les bras et devenir plombier. Mais il y a peut-être une lueur d'espoir. Ça fait quand bien même 740 mots que je vous écris pour vous dire tout ça...