13 octobre 2011

La paresse culturelle

Au commencement dieu créa les cieux, la terre et le journal de Montréal et il vit que cela n'était pas si bon que ça finalement.

Le lendemain il créa Internet et les blogues. Soucieux de pouvoir toujours en donner plus à celui qu'il avait fait à son image, il créa, le troisième jour, Facebook. Les gens s'y ruèrent dans un chaos apocalyptique et s'y noyèrent. Trop de choses à lire, trop de miettes à lancer dans la mangeoire commune, et si peu de temps à y consacrer. Pour leur simplifier la tâche, dieu créa Twitter. Vite fait bien fait, les apôtres de la concision avaient trouvé leur Babel. Deux ou trois lignes à lire, une centaine de caractères et on passe aux suivantes. Les mots s'oublient aussi rapidement que les grandes catastrophes. Le prochain kicke le précédent au firmament des oubliés.

Le dernier jour, dieu voulut se reposer et envoya un message texte: BRB. On attend toujours la venue du seigneur.

Nous sommes à l'ère adolescente de l'écriture. La paresse nous coule par tous les pores. Écrire est maintenant trop ardu. L'oisiveté intellectuelle nous a englué dans un pré-mâché culturel. Les inepties télévisuelles nous ont abrutis, la musique joue en boucle selon des recettes éprouvées, l'écriture batifole dans les prés des abréviations et de la pensée commune. Le choc des idées résonne aussi mollement qu'un gros cul qui s'affale sur un matelas. On fait du manger mou avec nos mots pour les rendre digestes à la masse. Mais servir du pablum culturel, c'est pas jouissif. Quand on y pense, c'est beaucoup insulter l'intelligence des lecteurs.

Je suis moi-même victime consentante de cette fainéantise. Je dis "victime" mais je suis conscient d'en être le seul responsable. Un exemple de ce laxisme? Ce foutu blogue. Les lecteurs s'attardent de moins en moins dans cet espace. Remarquez, c'est peut-être aussi dû au peu d'intérêt du contenu de ce carnet. À vouloir embrasser des dizaines de sujets à la fois, tu finis par te ramasser avec des feux sauvages aux commissures. C'est pas appétissant.

Y a aussi cette foutue censure qui doit se sentir à cent miles à la ronde. La censure du milieu culturel qui épie tes moindres gestes. La clique médiatique et culturelle québécoise est plus petite et fermée que le troufignon d'une Soeur Grise. Une fois que tu réussis à y pénétrer, tu veux garder ta place au chaud. Exit les chapelets de critiques. La main qui te nourrit est puissante. En conséquence, tu fais le moins de vague possible, tu déplaces pas trop d'air, à moins que ça soit pour lécher l'égo de ton camarade/artiste/vedette voisin à la moindre de ses galipettes publiques sur Twitter. Si t'oses pointer du doigt ce genre de situation aberrante, tu vas te faire sortir cul par-dessus tête en moins de deux. Ton téléphone arrêtera de sonner, ta boîte de courriel prendra des airs de vide interstellaire. On perd de ses convictions quand vient le temps de manger.

Pourtant, les gens aiment la sincérité de l'écrivain. Quand t'as tout tassé la poussière autour de tes écrits, quand t'as enlevé les cernes autour des mots, quand tout ce qui reste est le vrai plancher de tes émotions, la littérature est le seul endroit où il reste un peu de vérité.

J'ai visiblement encore beaucoup à apprendre. Mais j'ai surtout besoin de me relever et de me tenir debout.

5 commentaires:

Stéphane V. a dit...

Mon TRÈS humble avis sur le sujet, c'est que si on constate une paresse de l'écriture, c'est peut-être parce qu'il y a beaucoup plus de gens qui écrivent qu'il n'y en a jamais eu dans l'histoire...?

Autrefois, seuls les scribes et les érudits écrivaient... puis l'évolution en fit des écrivains, des journalistes (et parfois les deux).

Aujourd'hui, tout le monde peut écrire et s'exprimer, mais tous n'ont pas étudié dans ce domaine - ou n'ont jamais pensé qu'ils pourraient aimer ça à ce point (je me vise).

Aujourd'hui, tout le monde peut écrire et s'exprimer, sans même devoir ouvrir un blogue, mais certains le font. Puis se lassent... et l'expriment. :)

iZraHell a dit...

Au commencement, je suivais quelques Blog, je commentais 2-3 articles par semaine... ensuite j'ai commencé à suivre des blog d'art (photos, vidéo,) au final, je suis présentement une centaine de blog qui me bombarde d’articles intéressant à toute les minutes…

Je n’ai malheureusement pas le temps d’approfondir tous les sujets donc je fini par surfez en zyeutant les gros titres. La lecture devient diagonale et mes yeux espèrent une image extraordinaire sinon le bouton « next » arrive vite.

Est-ce ce de la paresse ? Ou bien le désir de rien manquer ?
Mon cerveau est-il en manque ? me demande-t-il une plus grosse dose de nouveauté ?

Je m’éloigne du sujet…
Mais cela m’a poussé à supprimer mon compte Facebook et de ce pas, je vais supprimer la moitié des blogs qui raconte tous + ou – la même chose.

Et je commence ma cure en écrivant ce commentaire !

Patrick Dion a dit...

C'est vrai qu'on est submergés par trop d'information. Et on croule tous sous la bête du FOMO, le "Fear Of Missing Out". Mais un moment donné, faut se raisonner, comprendre qu'on ne peut pas tout voir, tout entendre, tout savoir, et focuser sur des trucs qui viennent nous chercher vraiment.

Bonne quête.

modotcom a dit...

tu dois faire partie de mon initiation à la culture des blogues en 2007, avec 3 ou 4 rares autres qui m'inspiraient quotidiennement. je les suis encore, de temps à autre, de façon sporadique. je suis ailleurs, par paresse et pour l'instantanéité qui ressemble beaucoup à mon quotidien mais qui le façonne également, entrant dans le monde virtuel dès 6am jusqu'au boulot, puis de 6pm, jusqu'au dodo : un petit saut dedans, une bise, un salut, la légèreté, aucune rigueur, de la profondeur éparse, des nouvelles, des trouvailles. la quantité, l'abondance, la superficialité des choses les plus sérieuses. mais écrire, et lire, la belle plume demeure remarquable et recherchée. merci d'écrire pat, j't'aime mec! lâche pas, pis censure pas, mais j'aime ta phrase "On perd de ses convictions quand vient le temps de manger." bises xx

Patrick Dion a dit...

Merci chère Monique. T'es vraiment unique.