Je me suis assis dans la salle, les poils de la nuque hérissés, l’ouverture d’esprit en mode fuck you, le dos droit, la carapace solide, l’armure bien huilée. Ça m’a pas pris cinq minutes. Cinq petites minutes et je devenais le dommage collatéral d’un combat perdu d’avance. Je me suis totalement liquéfié sur le béton du Cinéma Beaubien.
Café de Flore m’a saisi à bras-le-corps puis jeté à terre, m’a complètement épuisé en émotions et, alors que j’étais au plancher, m’a décoché un coup de poing cinématographique fatal là-où-ça-faisait-déjà-mal. Jean-Marc Vallée s’est joué de moi comme si j’étais une bille dans une machine à boule, me propulsant d’un bord et de l’autre de son labyrinthe, où les grandes émotions épousent toute l’ampleur de l’histoire qui se déroule devant nos yeux. C’est que j’en ai vécu des trucs durant ces deux heures, la tête dans mes épaules ployant sous le choc des images. Des flashbacks familiaux et amoureux de ma vie m’ont grugé l’esprit comme le froid sur les feuilles d’automne, ravalant mes larmes de longues minutes devant les misères humaines des personnages. Fuck, c'était moi ça... Je pensais avoir gagné sur mon hypersensibilité. Mais non. Il est revenu me faire chier, le torrent d’émotions. Parfois à cause de la trame sonore à donner des frissons. Parfois parce que, ben merde, c’est un peu mon histoire que je revis pis c’est comme ça que je me sens et pense aussi. Pis parfois sans même savoir pourquoi: l’espérance, la douleur, l’incompréhension, la détresse, l’harmonie, les déchirures, les revers, la vie, la mort, who the fuck knows. Ça m’est rentré dedans comme un train fou surgit de nulle part.
N’allez pas voir ce film. Parce qu’on ne sort pas indemne de Café de Flore. Ça te bousille le coeur, ça te chamboule l’esprit, ça te fait mettre le nez dans tes névroses et tes douleurs, ça te fait ravaler ta vie avec un peu de sable dedans. Mais si vous ne m’écoutez pas et allez le voir quand même, c'est pas grave. Ça te dit aussi que tout n’est jamais perdu, qu’on a quelque chose à voir à la vie des autres et que surtout, on n’est jamais vraiment seul. Y a beaucoup d’espoir au bout du chemin.


8 commentaires:
Merci de ce convaincant billet. Je regarde à l'instant quand je vais voir ce film dans ma semaine déjà chargée!
J'hésitais à aller voir ce film. Tu m'as convaincu d'y aller. Merci. :-)
Un film qui guérit. Un peu. : ) Beau billet!
J'ai déjà vu Café de Flore. Deux fois déjà. Et je dirais pas non à une troisième. Je suis très curieuse de lire ce que les gens en disent; ça me fascine toujours de voir comment chacun-e regarde différemment une seule et même chose, comme toujours en fait!! Alors ce matin, j'ai suivi le lien de la page du film sur Facebook pour aboutir ici, à te lire. Et j'ai fait d'une seule pierre trois coups: en plus de découvrir ta vision très percutante du film, j'ai découvert ton style d'écriture, que j'adore soit dit en passant, et j'ai aussi pu découvrir ton livre à travers la bande-annonce sur ton site. J'ai maintenant définitivement envie de lire ton livre. Alors simplement merci de m'avoir guidée à cette découverte! ;-)
Merci beaucoup tout le monde. Je suis content et surpris de voir que mon billet s'est ramassé là.
Euh... les critiques de la terre entière sont loin d'être dithyrambiques. Ce film a reçu bon nombre de mauvaises critiques, en anglais et en français. Il a reçu des bonnes critiques en effet, mais loin d'être dithyrambiques.
Je suis totalement en accord avec la critique de Karl Filion de Cinoche. «Qu'on le dise en un mot ou en cent, cela n'y changera rien : voilà un film raté.»
http://www.cinoche.com/films/cafe-de-flore/critiques/index.html
Vivement le DVD ou qu'il soit sur iTunes. O sur le net tout court. Ça m'intrigue.
Un peu hors du temps, un million de fois merci. J’ai regardé hier avec mon chum, on a pleuré. Aujourd’hui, je ne comprenais pas ce qui allait de travers. Sans doute le dernier coup de poing dont vous parliez, celui-là, quant on est déjà à terre. Je me relève. Pas la seule à avoir été mise au sol…
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