- Je trouve que c'est un affront fait aux femmes que d'inviter un tueur de femmes à venir livrer une performance artistique.- Mais il a purgé sa peine. Ne penses-tu pas qu'il a droit à une réhabilitation?
- Tout à fait. Mais pas vite comme ça, sous les projecteurs. Pourquoi n'effectue-t-il pas un retour graduel? Il peut pas débarquer comme ça avec ses grands chevaux compte tenu de ce qui est arrivé.
- Mais c'est impossible pour lui de revenir graduellement. Il aurait chanté des chansons country dans un sous-sol minable de Brossard que les médias se seraient garrochés sur lui comme des chiens enragés sur un os.
- Je trouve ça difficile. Ça vient profondément me chercher, dans mon ventre, dans mes tripes. C'est comme si on cautionnait un batteur de femmes et un meurtrier. Tu imagines le message qu'on envoie aux hommes de la province, du pays, du monde entier? C'est comme si on disait que c'est finalement correct de battre une femme, voire de la tuer. Qu'il y aura de toute façon rédemption peu importe l'acte. Tu ne peux pas permettre qu'une performance colporte un tel message de haine.
- Je comprends ce que tu dis. Mais tu oublies une chose. Le discours de Wajdi Mouawad en est un de paix. Toute son oeuvre transpire la rédemption et le pardon. Prends Incendies. Ce film est un hommage aux femmes du Moyen-Orient. Pourquoi enverrait-il subitement un message à double sens?
- Justement. Pourquoi? Je ne comprends pas.
- Peut-être est-ce ça que Mouawad et Cantat veulent exprimer? Peut-être peuvent-ils apporter un message différent, un angle nouveau parce que lui a été de l'autre côté de la lumière? Tu te rappelles une des dernières phrases d'Incendies? Il faut briser le cercle de la violence. Peut-être est-il là le message?
- Mais pourquoi Wajdi ne dit-il rien? Pourquoi ne se prononce-t-il pas?
- Ah mais ça, c'est une toute autre histoire. Combien gages-tu que l'équipe de Tout le monde en parle a réussi à l'inviter? Si c'est le cas, tu sais qu'il doit leur garder la primeur.
- C'est vrai. En tout cas, j'ai bien hâte de voir la suite des choses.
- Moi aussi parce que je suis peut-être finalement dans le champ et toute ma belle théorie ne tient pas du tout la route. Et ça serait vraiment dommage...


6 commentaires:
"un tueur de femmes" - wow, bravo pour la formule. Moi j'aime ça les jugements à l'emporte-pièce et les faux avis dégoulinants de bons sentiments. Non à Cantat ! (sic)
Voilà un commentaire donné après avoir lu uniquement le premier paragraphe. Lisez donc jusqu'à la fin avant de mettre le pied dans votre bouche!
Merci de cette réflexion qui est vraiment ça : un acte réfléchi, qui a voulu peser le pour et le contre. Ça fait du bien. Je suis contre sa venue sans explications. Comme c'est là, on dirait du bling-bling-je-sors-de-prison-je-suis-hot. Nul.
-Victoria
Pour ma part, Bertrand Cantat a fait un retour plus que progressif. Depuis qu'il a purgé sa peine, on ne peut certainement pas dire de lui qu'il a fait la une de tous les médias tout le temps. En tout cas certainement pas en France et encore moins au Québec.
En France justement il a participé à un ou deux concerts en tant qu'invité sur scène, Noir Désir a sortie deux chansons plus ou moins inédites (dont une reprise) mais ils se sont définitivement séparés depuis...
Là un évènement qui n'a rien de gigantesque, même si la symbolique est durement forte...
Personnellement, un retour prématuré aurait été un album et une grande tournée avec Noir Désir à peine sorti de prison...
Franchement, laissez le vivre !
Si Cantat travaillait dans un bureau avant d'avoir tué sa conjointe, et qu'il trouvait un boulot dans un autre bureau après sa réhabilitation, ce serait une chose.
Là, son métier, c'est de se faire applaudir. D'être aimé, admiré par des milliers de personnes. S'il ne prend pas la peine d'expliquer clairement, et souvent, que son geste est inexcusable, que les hommes violents doivent chercher de l'aide, etc., il s'en trouvera tout le temps pour penser que "c'est pas si grave", "les gens l'aiment encore"...
Désolée, Cantat, mais vous devriez vraiment changer de métier.
-Victoria
quel que soit son métier, de quel droit devrait-il être condamné plus que ce à quoi la justice l'a condamné ?
Comme vous dites, Victoria, quelqu'un travaillant dans un bureau ne peut pas avoir plus ou moins de droit qu'un chanteur ou bien un président de la république. Une fois la punition terminée, il est apte à reprendre son activité précédente. Et en l'occurence, on ne peut certainement pas lui reprocher d'avoir recherché absolument la gloire et les applaudissements jusqu'à maintenant...
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