Z'avez entendu parler de Pierre Falardeau? Pas le cinéaste, le film. J'ai vu ce documentaire sur l'oeuvre du polémique cinéaste, mort en septembre 2009 d'une vie remplie de cigarettes et de combats. En fait, il s'agit bien plus d'un film sur l'homme que sur l'oeuvre. Falardeau était un frondeur, un railleur et une grande gueule. Je n'aurais pas aimé être celui qui a dû trouver une ligne éditoriale au film. Mais le défi a été relevé haut la main par le cinéaste montréalais Germàn Guitierrez et la productrice et co-scénariste Carmen Garcia. Le résultat est à l'image du réalisateur d'Elvis Gratton et du Party: plus grand que nature. Le film, de proposition sobre, tient sur une ligne directrice chronologique. Des tonnes d'extraits d'archives provenant d'une multitude de sources, de Radio-Canada en passant par la bibliothèque personnelle de la famille, alimentent le discours documentaire et on se sent immanquablement transporté dans l'univers de Falardeau.On sort un peu amochés de ce documentaire. Car la force de ce film réside bien plus dans le fond que dans la forme. C'est ainsi qu'on voit un Falardeau parfois flamboyant, exprimant à un jeune public sa haine envers le peuple colonisateur anglais, parfois cabotin, alors qu'il tourne Elvis Gratton en compagnie de son ami de toujours, Julien Poulin. On sent aussi son extrême sensibilité, alors qu'ému aux larmes, il déclame les mots de Brel à des staracadémiciens un peu creux. Durant une heure et vingt-six minutes, on a la chance de côtoyer l'artiste, le maudit chialeux, la tête dure, le parasite de la bêtise mais surtout l'être humain, avec ses forces et ses faiblesses, dans la victoire comme la défaite. Cette scène où on le voit en compagnie de son fils récitant en public ses propres mots marquera le spectateur au fer rouge. Tout comme certaines répliques, cinglantes, qui nous interpellent directement. On se questionne sans cesse devant notre mollesse et la courbure de nos échines.
Que l'on soit fédéralistes ou indépendantistes a peu d'importance. Ce film orbite bien au-delà de l'idéologie politique. Devant la sincérité de l'homme, sa détermination, le courage de ses opinions, son franc-parler et sa force solide, on ne peut faire autrement que de baisser la tête, un peu honteux de notre atonie et de notre couardise, et saluer la droiture d'un homme inspirant qui a toujours su garder la tête haute, malgré les pires tempêtes. Pierre Falardeau était un rebelle comme il n'en existe plus.
Au-delà de l'oeuvre cinématographique, Falardeau est une leçon de courage, de celles qu'on devrait montrer à nos enfants, de celles qu'on devrait se remémorer lorsqu'on perd confiance en la nature humaine, de celles qui deviennent inspiration, de celles qui donneront à certains, je l'espère, l'envie de se lever les matins de découragement, lorsque le système pourri dans lequel on vit aura épuisé la dernière cellule de cynisme qui leur reste, celle qui fait qu'ils se tiennent encore debout.
À l'heure où le peuple se rend à l'abattoir, éternels moutons consommant gloutonnement les inepties au buffet du tout mâché, à l'heure où la bulle de la consommation nous avale âme et conscience et étouffe les quelques valeurs de solidarité qui nous restent, à l'heure où nos voisins explosent à vouloir bâtir des plus gros châteaux Laurier que les nôtres, dis-moi, Québec, où sont passés les hommes qui se tiennent debout? Où sont-ils les hommes qui aspirent à un idéal toute leur vie et qui restent droits malgré l'adversité? Où sont passés les vrais rebelles?


4 commentaires:
Ça c'est du billet Patrick !!
J'aurais aimé l'avoir écrit !
Bravo ! :)
Ces gens sont restés derrière sur la ligne du temps.
L'époque ne permet plus de construire des personnalités autour de convictions aussi profondes que celle de Falardeau. Nos reins ne sont plus assez solides.
Pour avoir et assumer ces convictions qui dérangent, il faut savoir combattre. Et combattre longtemps.
Les vrais rebelles sont restés derrières, à l'époque où les Bruce Lee de l'argumentation savaient défendre leur valeurs de toutes leurs neurones. Là où l'auto-défense intellectuelle était un principe de base. Pas seulement un terme écrit sur un livre jaune que l’on croise bêtement à la librairie (http://bit.ly/gyXXsD) avant de quitter, fébrile, avec le dernier régurgie de Stephenie Meyer (ouais, j’ai des préjugés bien assis… :P).
La surinformation et la technologie ont aplani notre intelligence nous empêchant de pouvoir débattre un point aussi profondément que Falardeau pouvait le faire. Sans colonne, comment pensons-nous pouvoir nous tenir debout?
Les intellectuelles de son époque étaient des puits de forage de savoir sur le sujet qui les habitaient! Leur attention n’était pas déviée ici et là par les réseaux sociaux, des sites web croisés au hasard, les cellulaires ou les courriels. L’instantanéité de leur génération n’était pas la même qu’aujourd’hui.
Attention, je ne fais pas ici la critique de la technologie mais plutôt de l’utilisation que nous en faisons. On se crée des bouées, mais on se pend aux arbres avec elles. Pas étonnant que le manque de temps nous étouffe.
Aujourd'hui, nous ne sommes pas moins intelligent qu’avant. Oh que non! Nous sommes des prairies de connaissances qui s'étendent à pertes de vue. Notre champs de savoir est large et varié, certes, mais les racines sont courtes.
Ce type d'intelligence crée des débats éphémères. Les combats d'une vie laissent aujourd'hui place aux chroniques du jour.
Au billet de la semaine...
À un commentaire sur un blogue…
J'ai adorer ce billet, Patrick. Merci beaucoup! J’ai très hâte de voir ce documentaire. Ouf!!
J'aime lire ton blogue, je trouve dommage que tu ne proposes pas de contacts par blogger; je n'ai pas de facebook, alors je ne peux m'inscrire ici .... Peut-être pourrais-tu y remédier???
Merci, c'est gentil! Pour les contacts Blogger, tu peux t'inscrire via ta page de profil. Dans la section Liste de lecture, (au centre) tu n'as qu'à cliquer sur Ajouter et y inscrire mon URL. Je n'ai pas ajouté la boîte Membres parce que je trouvais ma page bien assez pleine comme ça.
Et il existe aussi le fil RSS...
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