31 octobre 2010

La caravane des pantins

Marc Lafontaine est un un employé de la Canadian Oil Gas Company, une entreprise qui loue des équipements aux sociétés pétrolières autour du monde. Son travail de logisticien l'amène en Tunisie, où il travaille peu et se la coule douce dans un palace en bord de mer. Tout se déroule sous le signe de la farniente jusqu'au jour où son rêve tunisien bascule. Notre héros se fait kidnapper par des tyrans sanguinaires en compagnie de trois autres touristes qui logeaient au même hôtel que lui. S'en suit une aventure haletante qui lui apprendra que le monde est bien petit et que ses compagnons d'infortune ont tous un lien avec lui. Au fil des pages, on nous fera découvrir les dessous d'une conspiration corporative pas si fictive que ça.

La caravane des pantins de Henri Laban est un thriller qui vous tient en haleine dès la première page. Sur fond d'or noir et de poussière de sable, l'auteur nous transporte dans les dunes reculées du désert libyen et libère l'intrigue subtilement, en nous accrochant à chaque page. Tranquillement, le complexe puzzle se met en place et nous prend à la gorge, comme un bourreau du désert et ce, jusqu'à la toute fin.

Superbement écrit, naviguant entre l'auto-dérision et une lucidité poignante, la plume de Henri Laban mêle habilement l'humour et la terreur, la métaphore et les phrases-chocs. Pas de doute, l'auteur sait jouer avec les mots. J'ai complètement été happé par cette histoire particulière qui met en lumière les tractations sombres et tordues des entreprises (même canadiennes) pour faire monter le cours de leurs actions en flèche. À lire absolument, ne serait-ce que pour vous ouvrir les yeux sur toutes ces affreuses manigances corporatives.

4/5

26 octobre 2010

Se faire rouler

"Le chauffeur qui a happé un groupe de six cyclistes sur la route 112 à Rougemont, au mois de mai dernier, ne sera pas poursuivi au criminel. Le ministère public et la Sûreté du Québec (SQ) ont annoncé hier aux familles des trois victimes ainsi qu'aux survivants de l'accident qu'il n'était pas possible de démontrer que le conducteur avait agi de manière criminelle." (La Presse, 26 octobre)

Ça crie à l'injustice, ici, et ailleurs sur la twittosphère. Les mots du nouveau maire de Toronto, Rob Ford, résonnent de façon étrange ce matin. De mon côté, je comprends qu'un accident est si vite arrivé. Je comprends aussi que l'alcool ou la drogue n'étaient pas en cause. Je suis aussi d'accord pour dire que l'automobile est parfois une arme de destruction massive. Mais au-delà de la décision de la Cour, la plus grande injustice est, à mon avis, que les proches des victimes ne sauront jamais ce qui s'est réellement passé. Ne pas connaître les raisons de la mort des êtres qu'on a aimés, ça doit un peu ressembler à ne rien piger au suicide d'un ami.

25 octobre 2010

Les médias sociaux 101

En tant que blogueur "influent" (c'est pas moi qui le dis, ce sont les relationnistes de presse de Librex), on m'a gracieusement offert le livre de Michelle Blanc et Nadia Seraiocco, Les médias sociaux 101, pour en faire une critique. Malheureusement, parce que je fais moi-même paraître un guide sur les médias sociaux dans un peu moins de trois semaines, je ne peux me permettre de critiquer ouvertement et publiquement son livre. Michelle le sait, je le lui ai moi-même annoncé lors de son lancement. Le problème, c'est que si j'aime, on m'accusera de vouloir faire partie des initiés. Par contre, si je déteste, on me pointera du doigt en me disant que j'essaie simplement de faire du kilométrage sur son dos pour vendre mes propres copies. Il n'y a pas de porte de sortie.

Je connais Michelle depuis quelques années. D'abord croisée lors d'événements tels que le Yulblog et le Yulbiz, nous avions eu l'occasion d'échanger quelques propos sur une foule de trucs autres que les médias sociaux. Bizarrement, on a toujours peu discuté du phénomène. Je ne sais pas pourquoi. Coïncidence je dirais. Je crois qu'elle a parfois raison et d'autre fois tort. Je pense surtout qu'elle le dit tout haut et tout fort. Mais ce n'est que mon opinion.

Je crois que Michelle a toujours respecté ma grande gueule et mon ouverture d'esprit face à son état. Elle a raison d'ailleurs, je m'en contrefiche. Qu'elle soit homme, femme ou mammifère à pois mauve, je n'en ai vraiment rien à cirer. Je ne me suis jamais gêné pour lui dire que je la trouve baveuse et que je pense qu'elle dépasse parfois les bornes. Je crois que cet absence de filtre a permis qu'on se dise les choses comme elles sont, vis-à-vis et sans détour.

Je disais donc que je ne critiquerai pas son livre. Par contre, d'autres l'ont fait à ma place, dont Josiane Massé sur Branchez-vous, Mario Asselin sur Opossum et Catherine Voyer-Léger sur Les marées lumières. En a-t-on entendu parler? Pas du tout. Pourquoi? Parce qu'elles n'étaient pas très bonnes. Et c'est là où je pense que Michelle s'égare. Parce que bien qu'elle prône la transparence dans son discours quotidien, elle évite soigneusement de parler des critiques négatives de son bouquin, se contentant de mettre en lien uniquement ceux qui l'encensent. Comme s'il était impossible de soulever des points ou de remettre des choses en question. Personne ne possède la vérité, pas plus Michelle que ses détracteurs. On peut soumettre une piste de réflexion mais jamais on ne peut se targuer d'avoir la science infuse. La science elle-même ne se trompe-t-elle pas à l'occasion?

Lorsqu'on accouche d'une oeuvre, il est normal de ne pas plaire à tout le monde. Croyez-moi, j'en sais quelque chose. Dans ce cas, il faut avaler sa colère, piler sur son orgueil, laisser aller et essayer de faire encore mieux la prochaine fois. Il n'y a rien d'autre à faire. Au mieux, si on possède un espace d'expression public, on peut l'utiliser pour expliquer son point de vue. C'est tout. Il y aura toujours des commentaires dithyrambiques et d'autres assassins sur une oeuvre. Je suis le premier à détester des classiques ou des trucs qui font généralement l'unanimité. La plupart des critiques négatives que j'ai lues sur le bouquin de Michelle étaient constructives. Alors que Michelle est la première à demander la transparence des journalistes, entreprises et firmes de relations publiques, où est-elle dans ce cas-ci? Le blogue permet justement d'avoir cette ouverture tant prônée face à la critique. La transparence ne peut pas être à sens unique.

24 octobre 2010

Chapeau, Temps Mort

Outremont est reconnu pour sa rue Bernard, ses restaurants huppés, ses bagelshops omniprésents et sa population juive. Alors qu'on se dirigeait au Théâtre Outremont pour la projection intégrale de la websérie Temps Mort (à voir absolument sur Tou.TV), on a croisé sur la rue une bande de juifs orthodoxes arborant fièrement le chapeau de fourrure juif communément appelé, je crois, le sirtouk. Mode particulière, on doit avouer.


Alors qu'on les dépasse, je vois Geneviève qui rigole intérieurement et qui ne dit pas un mot. Moi et ma grande trappe osons s'aventurer en terrain glissant: "Pourquoi porter un chapeau quand on peut porter sa boîte?" On l'a trouvée ben drôle...

23 octobre 2010

La Course Destination Monde

Gigantissime dossier sur la défunte émission La Course Destination Monde ce matin dans La Presse. Je parcours les articles des différents chroniqueurs et j'ai l'impression d'être extérieur à tout ça, comme si j'avais été le spectateur namibien d'un documentaire sur la poutine. Je comprends peu l'émotion dans les textes des journalistes. Et pourtant, tout le monde se sent interpellé. Geneviève qui verse une larme à la lecture du texte de Chantal Guy, Marie-Julie Gagnon qui y va de sa version de l'aventure qui a animé les chaumières dans les années 90. Non, je ne me reconnais pas et ça me fait royalement chier.

À l'âge où les gens que je connais regardaient l'émission en vibrant, au temps où certains appliquaient, même, pour devenir reporter globe-trotter, moi je vivais dans une grosse maison de banlieue, à gonfler une vie vide par le dernier modèle de voiture, de BBQ ou de téléviseur. Alors que mes amis se remplissaient d'images de voyages et de cultures, moi je carburais au dernier téléroman insipide ou de course de bagnole de tous genres. J'étais complètement déconnecté de cette réalité qui me rejoint tant aujourd'hui. Je ne voyageais pas, si ce n'était que pour aller passer une semaine occasionnelle sur les plages de Fort Lauderdale. La culture signifiait pour moi le dernier album de la star pop qui s'égosillait à la radio ou le gros blockbuster hollywoodien qui venait d'atterrir sur les tablettes du Superclub Vidéotron. L'Afrique, l'Asie et le bout du monde avaient autant d'attrait pour moi que le transport en commun pour le plus indomptable des banlieusards.

Aujourd'hui, à l'âge de 42 ans, alors que je suis maintenant amant du septième art, alors que je m'abreuve de documentaires, alors que je suis affamé de voyages, de cultures et d'aventures, j'aurais envie de vibrer au rythme d'une émission qui me transporterait dans des contrées hors d'atteinte, à défaut de pouvoir les toucher moi-même du bout des doigts. Mais tout ce que je peux faire, c'est espérer qu'une telle émission revivra. En attendant, je me promène, la tête pleine d'idées, la caméra à la main, filmant des petits bouts de vie parfois si insignifiants. Et c'est mon coeur que j'ouvre au monde.

22 octobre 2010

S'attaquer à l'Empire

La journaliste Josée Blanchette y va d'un article-choc dans le journal le Devoir d'aujourd'hui alors qu'elle fonce tête première dans le ventre du magnat des médias du Québec, Pierre-Karl Péladeau. Intitulé Lettre à PKP - D'une pigiste à un magnat, l'article frappe de plein fouet la joue droite, la joue gauche et les fesses du puissant homme derrière la machine Québécor.

D'accord, il faut avoir des couilles d'acier, que dis-je, des couilles en titane pour oser s'attaquer à l'un des hommes les plus puissants du pays. Mais sans rien vouloir enlever à Josée Blanchette que je respecte énormément et dont j'admire la verve, la répartie et le travail littéraire, je pense qu'il est quand plus facile d'avoir des couilles d'acier quand tu te doutes que tu n'auras jamais besoin de travailler pour l'Empire. Josée a beau être pigiste, sa position est solidement ancrée au Devoir. Enlevez-lui Le Devoir, elle se retrouve demain matin à La Presse. Elle parsème aussi les ondes de chroniques et d'entrevues, autant à Radio-Canada qu'à Télé-Québec. La cerise sur le sundae, elle signe pour Châteleine, un magazine qui n'a rien à voir avec Québécor.

Suite à cet article, il est évident qu'on ne verra pas sa bouille de sitôt à TVA. On ne croisera certainement pas plus des articles issus de sa plume dans l'un des journaux ou magazines de l'Empire. Mais l'aurait-on vue de toute façon?

Je suis reconnu pour avoir une grande gueule et j'en ai souvent payé le prix. Mais serais-je assez cinglé pour y aller d'une tirade assassine envers le gars qui signe mes chèques de paye six mois par année? Si je faisais ça, je serais un homme mort. Je ne crois pas que Radio-Canada, Rogers ou Charron se précipiterait sur mon cadavre fumant pour consoler ma grosse peipeine. Alors à quand un journaliste de Québécor qui oserait critiquer les méthodes particulières du dieu médiatique? Pitchez-moi la première garnotte, parce que ça ne sera pas moi.

18 octobre 2010

Un souper presque parfait

À l'heure du souper, on a parfois de drôles de conversations. Constatez par vous-mêmes:

Mon fils: De toute façon, toi, t'es débaptisé. Faque tu vas aller en enfer.

Moi: Tant mieux. C'est plate au ciel. Ça me tente pas d'y aller. Je préfère aller baiser avec Satan et Yves Corbeil (dans la version québécoise, la voix de Satan était interprétée par Yves Corbeil)...

Mon fils: Pis moi, je vais aller au ciel avec Kenny.

Moi: Kenny? Qu'est-ce que Kenny a à voir là-dedans?

Mon fils: Ben, euh, allo! Kenny dans South Park?

Moi: Oh boy, j'étais vraiment largué. Je pensais à Kenny pas de jambes.

Mon fils: Qui? C'est qui ça, Kenny pas de jambes?

Moi: C'est un homme-tronc. C'est un petit gars qui avait pas de jambes.

Chérie: Ils ont fait un film sur lui dans les années 80.

Moi: Justement, je l'ai vu en photo dernièrement. Eille, y a 32 ans ce gars-là aujourd'hui.

Chérie: Ah oui? Est-ce qu'il se ressemble?

Moi: Pantoute! Pis y a pas grandi...

15 octobre 2010

Avoir mal dans sa chair

Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais le matin, je ne suis pas parlable. Enfin, je le suis un peu. Je ne suis jamais vraiment de mauvaise humeur. Mais je parle peu, tentant de franchir l'obstacle du sommeil au coin de mes yeux. La famille s'ébranle dans la maison, vaquant à ses occupations, enclenchant le processus répétitif du quotidien. Chacun essaie à sa façon de faire face à sa nouvelle journée, avec son lot de bonheur et d'ennui. On se croise sans se voir, on se salue sans écouter, on s'embrasse dans la hâte et on se souhaite bonne journée la tête en l'air, inconscient de la fragilité des choses.

Il y a une petite pluie froide qui recouvre ce matin Montréal. Pas un déluge mais une ondée assez ennuyante pour m'empêcher de prendre le vélo jusqu'au travail. Je quitte la maison et marche sur Beaubien pour aller prendre la 45 sur Papineau. À la hauteur de Cartier, Beaubien est fermé en direction ouest. D'où je suis, je peux voir que la circulation est aussi détournée en direction sud sur Papineau. Je constate que tout est fermé, qu'il y a une délégation de voitures de police, mais je n'ai aucune idée pourquoi. C'est en arrivant au coin de la grande artère que j'ai eu le choc: l'image d'un semi-remorque immobilisé en plein centre de l'avenue s'imprime dans ma tête. À ses côtés gît un corps recouvert d'une bâche.

Et c'est là que mon imagination s'emballe. Mon fils, la chair de ma chair, quitte habituellement la maison en vélo. Mais pas ce matin. À cause de la pluie, il a quitté à pied et croisé cette maudite intersection trente minutes avant moi. Je commence à faire des calculs mentaux, me disant qu'en trente minutes, tant de policiers ne peuvent converger vers un même endroit. Je me répète que j'aurais déjà été mis au courant d'une telle nouvelle le cas échéant. Mais il est trop tard, mon imaginaire me joue en boucle le film d'un accident le mettant en scène et j'ai mal. Jusqu'au plus profond de mes tripes. Et je m'inquiète. Et je suis incapable d'arrêter de rouler cette bobine infernale dans ma tête. J'ai une boule au ventre qui passera lorsque j'en saurai plus sur cette tragédie.

C'est en arrivant au bureau, une vingtaine de minutes plus tard que j'en aurai le coeur net. Je constaterai, en fouinant le web à toute vitesse, que la victime était une femme et que mon fils est sain et sauf à l'école. Soulagé, le noeud dans mon estomac s'évanouira doucement. Puis j'aurai une pensée pour le parent qui apprendra peut-être aujourd'hui que son enfant est décédé sur une route froide et détrempée de la ville, et qu'il n'aura peut-être pas eu la chance de lui dire à quel point il l'aimait, une dernière fois, avant que ses petits pieds aient traversé pour une la porte d'entrée de la maison familiale. Et la boule dans mon ventre reviendra un petit peu.

11 octobre 2010

Des dindes et des hommes

Je ne sais pas qui a décrété qu'à l'Action de Grâces, on mangeait de la dinde mais moi, cette année, j'ai plutôt décidé d'inventer un tout nouveau plat. Je ne sais pas si c'est à cause de toute cette hyper-créativité refoulée par une longue fin de semaine dans les bois ou si je cherchais inconsciemment à me débarrasser de la pléthore, que dis-je, du mur de plats Tupperware de restants accumulés au frigo mais peu importe, j'ai réussi à tout réunir dans le même mouvement de fête et de faire d'une pierre (au foie) deux coups.

Vous savez à quel point j'aime bien manger. Après avoir coupé les gras trans puis les saturés, après avoir banni le sel et après avoir pratiquement mis de côté la plupart des viandes qui bêlent, qui meuglent, qui rugissent ou qui blatèrent (mettons), voici que mon alimentation prend une toute nouvelle tangente. Voici donc mon invention culinaire du jour: la patine!

- La quoi Pat?
- La patine.
- Comme le sport?
- Oui mais sans les lames. Ça passe mal dans le gorgoton.
- Mais qu'est-ce que ça mange en hiver une patine?
- Je pourrais dire que ça mange de la glace mais ça aurait été niaiseux.
- Pas grave, on est habitués. Et en quoi consiste cette révolution alimentaire?
- Êtes-vous prêt? Tadam!


- Ouach, veux-tu bien me dire ce que c'est!!! Et est-ce que ça jappe?
- Tsit tsit tsit... Une patine, c'est en fait une poutine galvaude dont j'ai remplacé les patates par des pâtes. Hé oui, tout y est: Les fusillis, le fromage qui fait couic-couic, les petits pois, le poulet et la sauce. Vite de même, ça a l'air un peu dégueu. Mais rassurez-vous, c'est bien moins pire que ça en a l'air. À ma défense, j'ajouterai que la sauce est ma conception. Et bien qu'un peu trop liquide pour cette recette, elle était vraiment excellente. Le problème, c'est que je n'ai aucune idée des ingrédients que j'avais mis dedans quand je l'ai faite plus tôt cette semaine. Si vous voulez la recette, bien, c'est foul ball.

So, patine anyone?

3 octobre 2010

The Social Network

Je suis poursuivi par le mauvais karma du cinéma. Même si je choisis le dernier siège de la dernière rangée dans une salle de cinéma, je serai immanquablement assis aux côtés du gros moron qui parle, qui rouspète et qui gesticule comme s'il était dans son salon. Celui d'hier était encore pire, il tapait des mains en sautant sur son siège, gratifiant la salle de ses commentaires aussi nécessaires qu'un coup de pied dans les parties. On aurait juré qu'il était affligé de la Danse de Saint Guy.

Mais ça ne m'a quand même pas empêché de beaucoup aimer le film The Social Network, une fiction calquée sur l'histoire de Facebook, de son invention jusqu'aux démêlés avec la justice de son inventeur. Le film, brillamment réalisé par David Fincher (Fight Club, Se7en, Benjamin Button), a surtout été magnifiquement interprété par Jesse Eisenberg, le Mark Kuckerberg de l'histoire, que vous vous rappellerez peut-être avoir aperçu dans le rigolo Zombieland. Le film a même été comparé à Citizen Kane d'Orson Welles. Allons donc! Outre le fait que le film met en scène la montée au pouvoir d'un entrepreneur, les deux films ont peu en commun. Citizen Kane est un chef d'oeuvre du cinéma. Il est impossible, même aujourd'hui, de ne pas se faire happer par cette histoire qui a magnifiquement vieillie. Je ne suis pas certain qu'on pourra dire la même chose du film de Fincher dans 70 ans. Par contre, c'est un sacré bon moment de cinéma qu'on passe dans cette ambiance froide et prenante où toute la place est faite aux personnages. Fincher, grâce à d'omniprésentes scènes de soir, s'est réellement amusé à jouer avec les ombres.

*Parenthèse*

Je suis pratiquement tombé en bas de ma chaise en constatant que le réalisateur avait utilisé du tilt-shift dans son film, procédé couramment utilisé dans les courts-métrages sur Internet et qui consiste à rendre flous les contours d'une image tout en accélérant le déroulement de l'action. Le résultat donne l'impression de regarder une scène mettant en vedette des jouets d'enfants. Je crois bien que c'est la première fois qu'on utilise cette méthode dans un blockbuster hollywoodien. En voici un exemple.

*Fin de la parenthèse*

Plusieurs ont soulevé le côté asocial de Zuckerberg dans ce film. Je ne doute pas que le créateur de Facebook possède un côté solitaire, à la limite inadapté. Mais il ne faut pas oublier qu'il est question ici d'un long-métrage de fiction. Même la portion "légale" du film a dû être adaptée parce qu'il existe une clause de non-divulgation de l'entente. Il ne faudrait pas juger le kid et lui jeter la première pierre sur la base d'une histoire qui contient une grande portion romancée. Et contrairement à bien des gens qui sont allés voir le film, ça ne m'a pas donné envie de quitter le réseau. Peut-être suis-je simplement habitué de me faire piquer mes idées...

À la lumière du film, je retiens surtout deux choses. Premièrement, nous sommes entrés dans une ère où le geek, celui que tout le monde pointait auparavant du doigt en riant, est maintenant celui qui tire son épingle du jeu de la vie. C'est ce que j'appelle la vraie Revanche des nerds. Deuxièmement, en apprenant que Zuckerberg a inventé Facebook dans le seul but de pogner avec les filles, on ne peut faire autrement que de se dire qu'au fond, ce qui motive le moindre de nos pas, ce qui explique chaque petit geste que l'on pose, c'est vraiment notre primaire envie de se faire aimer.


1 octobre 2010

Ces discussions difficiles

Cette semaine, un jeune homme de 18 ans du New Jersey, Tyler Clementi, s'est suicidé en sautant du pont George Washington à New York, après qu'un message sur Twitter et une vidéo le filmant ayant des ébats sexuels avec un autre homme fut mis sur Internet. La nouvelle s'est propagée comme une traînée de poudre dans les médias traditionnels et ailleurs sur le web.

Sur le coup, je n'ai pas compris pourquoi cette histoire était à ce point reprise dans tous les médias. Le suicide est un fléau. Chaque vie perdue en est une de trop. Chaque vie perdue à la suite de cyberintimidation donne envie de hurler. Mais pourquoi parlait-on de ce cas-ci alors qu'on ne décrie jamais assez les mille suicides qu'on dénombre annuellement au Québec? Je me suis dit que c'était probablement une belle histoire juteuse pour les médias, comportant tout plein de crunchy, de la belle viande autour d'un gros nonosse. C'est quand même pas à tous les jours qu'on peut joindre les mots Twitter et suicide dans la même phrase. Du vrai bonbon pour vendre du papier et des cotes d'écoute. Puis, je me suis mis à réfléchir.

Dans ma tête et dans mon coeur, l'homosexualité n'est ni une tare, ni une maladie, ni un péché. Ça fait partie de la vie de certaines personnes, comme il y en a qui sont bruns, blonds ou chauves. Mais ce que j'avais semblé oublier, c'est que je vis dans mon confort de petit Montréalais de classe moyenne, dans un Québec où les mentalités sont de plus en plus ouvertes, et où on peut envoyer chier les petits esprits à notre guise. J'avais vite effacé l'idée qu'au sud de la frontière, la réalité est souvent toute autre. La cyberintimidation, au pays de l'Oncle redneck, doit être omniprésente, palpable, suffocante. L'animatrice Ellen Degeneres vient d'ailleurs de mettre un clip en ligne pour dénoncer cette horrible tragédie.










Tyler Clementi avait deux ans de plus que mon fils...

Il y a des discussions qui sont, pour certains, plus difficiles à aborder avec son ado de 16 ans. Le suicide, l'intimidation et l'homosexualité représentent probablement le summum en fait de sujets inconfortables et sensibles à aborder entre un père et son enfant. C'est qu'il y a une énorme différence entre dire "ne te laisse pas marcher sur les pieds", "parle-moi si ça ne va pas" ou encore "n'oublie jamais de mettre un condom" et comprendre réellement ce que vit ton kid dans sa chair.

J'ai l'extrême chance d'avoir un fils qui lit ce blogue et qui parcourt en ce moment-même ces quelques lignes. Je ne connais pas son orientation, je ne sais, à la limite, même pas s'il est vraiment heureux dans son coeur. Je crois que oui. Je l'espère de tout mon coeur. Mais vous savez, les enfants disent rarement ce genre de choses...

Il existe des sujets que l'on aborde peu à la maison: le suicide, l'intimidation et la sexualité en font partie. Ce n'est pas parce qu'ils me rendent inconfortables. Mais certains sujets ne me touchent guère. Vous voyez, j'en ai rien à cirer que mon voisin soit un albinos transexuel acrobate s'il est heureux. Il ne m'est donc pas naturel d'en parler en famille.

Mon fils, il m'importe peu que tu sois gothique, grano, artiste, scientifique, sportif, geek, hétéro ou asexué. Tout ce que je désire, c'est que tu saches que je suis et serai toujours là pour toi, peu importe tes décisions, tes choix ou ta façon d'exister. Tout ce que je désire, c'est que tu sois heureux. J'espère que tu t'en souviendras toujours, surtout quand tu iras moins bien et que tu ne m'en parleras pas.