16 juin 2010

Quand sonne la fin

Je crains quand sonne le téléphone à 23h. Ce n'est jamais bon signe, les belles choses attendant rarement la tombée de la nuit pour se manifester. Les mauvaises nouvelles ne dorment jamais.

J'avais vu pile. En fait, Ge aussi s'en doutait. Elle savait dès que la sonnerie a retenti. C'était la voix de son meilleur ami qui venait de subir la plus grande des pertes. Son père venait de se suicider. Ça fesse toujours, peu importe l'heure. Mais lorsque ça arrive tard en soirée, quand le silence a étendu ses bras autour de soi, le son que l'on entend est surtout celui de notre coeur qui s'emballe.

Je ne comprendrai jamais un tel geste. En fait, ma tête est capable de discerner la logique derrière cet acte de détresse mais mon coeur, lui, n'y pige rien. Parce que dans la plus grande douleur, dans le plus sombre désespoir, je ne serais personnellement jamais en mesure de poser le geste final et fatidique. Parce que la vie est trop belle, malgré toute la merde dans laquelle on patauge parfois. Parce que mon coeur sait que derrière chaque nuage, aussi noir soit-il, le soleil éclate de mille feux. Peut-être est-ce parce que mon père a lui-même tenté de mettre fin à ses jours à quelques reprises. Ou peut-être ne suis-je tout simplement pas assez courageux. Parce que couper le fil ténu qui nous tient à la vie n'est pas un acte de lâcheté.

Josée Blanchette m'a fait parvenir ce texte, beau et touchant, qu'elle rédigeait en 2006 suite au suicide de son père. Et bien qu'il soit vraiment lucide d'interpréter cette action comme un geste de liberté ultime, la douleur du départ, l'incompréhension du désespoir, la rage de ne pas avoir vu, la tristesse de perdre des gens qu'on aime et notre propre impuissance seront toujours autant présentes.

"Le suicide nous prive de la consolation des derniers mots et des derniers regards échangés en toute connaissance de cause".

Il sera toujours impossible d'avoir droit à ce dernier échange, de toucher du bout des doigts à l'explication du geste parce que qui dit partage de la douleur dit aussi la plupart du temps continuité. Il peut-être lucide de voir le suicide comme un choix de liberté ultime sauf que le voyageur oubliera la peine que son départ causera autour de lui. Par chance, ceux qui restent auront l'appui des amis qui les entourent. Mais qui comprendra vraiment leur douleur à eux aussi?

7 juin 2010

L'éveil de l'horreur

La SAAQ présente depuis la fin mai une publicité sur les conséquences de la conduite en état d'ébriété. Intitulée Faites partie de la solution, la campagne présente des parents se faisant réveiller en plein milieu de la nuit par ce qu'on croit tout d'abord être des policiers. Dieu merci, la publicité nous présente plutôt l'adolescent revenant bourré à la maison et ayant oublié ses clés. Si vous regardez le moindrement la télé, vous l'avez sûrement vue.



En France, la Sécurité routière lance ce matin un court-métrage basé sur la même prémisse, une mère se faisant réveiller en plein nuit par un policier venant lui annoncer une fatidique nouvelle. Intitulé Insoutenable, ce clip troublant vous fera certainement déglutir de travers.



Je suis fils d'alcoolique. Combien de fois mon père s'est-il planté dans le décor avec sa bagnole parce qu'il était trop saoul pour conduire en ligne droite? Une quinzaine? Une vingtaine? Le pire, c'est que rien ne l'a jamais arrêté. Il a toujours récidivé. Perte de permis, contraventions salées, blessures majeures et même le fait d'avoir frôlé la mort à quelques reprises ne l'a pas empêché de recommencer. Il n'y a pas plus sourd et aveugle qu'un ivrogne qui ne veut rien entendre. Il est triste de constater que lorsque certains chauffards sont en état de trop grande ébriété pour mettre un pied devant l'autre, ils préfèrent les mettre sous le volant.

J'aime mon fils d'un amour inconditionnel. Au visionnement du clip français, mon estomac s'est noué lorsque le policier a annoncé à la mère que son enfant venait de périr dans un accident de voiture. Je ne peux pas m'imaginer vivre un tel choc. Je crois que je tomberais en miettes devant la porte. Je crois que mon coeur exploserait de détresse et d'incompréhension. Et pourtant, je sais...

Et je me questionne. Toutes ces campagnes, ces hordes de messages publicitaires, donnent-ils en fin de compte quelque chose? À qui s'adressent-ils? Les ivrognes sans cervelle s'empêcheront-ils de conduire s'ils consomment, les récidivistes cesseront-ils de mettre en danger la population routière à chaque fois qu'ils commettent l'impensable. C'est à des gens comme mon père que je m'adresse, des hommes et des femmes incapables de voir autre chose que l'épicentre de leur nombril. De grâce, la prochaine fois où vous buvez et pensez prendre votre véhicule, essayez seulement d'imaginer, ne serait-ce qu'un court instant, que c'est vous qu'on vient réveiller en plein milieu de la nuit .

6 juin 2010

Un ogre sur deux roues

Pour une rare fois qu'on pouvait s'approprier la route, pour la seule journée de l'année où le vélo était roi et maître à Montréal, pour la planification d'une belle journée passée en famille, à mouliner tranquillement sur le bitume craquelé, farniente sur deux roues, pour le pique-nique au bord de l'eau, joies contagieuses et sourires au vent, pour les jupes en selles et les vélos qui scintillent, j'étais heureux et impatient.

Pour cette merde qui dévale en trombes sur nos têtes, pour cette journée d'époque glaciaire qui nous fait frissonner le printemps, pour la déception du Nain malgré le fait que je lui ai laissé la décision finale, je suis grincheux et grognon.

Au menu, en lieu et place, Shrek 4 en famille. Je ferai plus que le regarder, je pense que je vais jouer dedans...

2 juin 2010

La loi du silence

On croyait que la langue de bois était une rhétorique réservée aux politiciens qui tentent de se frayer un chemin hors de la controverse (ou, dans le meilleur des cas, au Parlement ou à l'Assemblée Nationale). Mais il y a un autre milieu tout autant géré par les non-dits et par une loi du silence inébranlable, un monde tout petit où les membres se connaissent tellement que peu osent exprimer leur désaccord: le fabuleux monde de la culture.

On n'en sort pas. Il est souvent impossible de critiquer certaines décisions. Si tu oses lever le petit doigt d'indignation, tu vas te faire kicker hors du milieu à grands coups de pied au cul. Comment expliquer, sinon, qu'on ait tant de difficulté à critiquer le milieu de la télévision et du cinéma au Québec? C'est un secret de polichinelle, si tu n'es pas d'accord et que tu le dis, tu te fermes les portes. Punto finale! Alors parfois, au mieux, on soulèvera gentiment un petit inconfort en mettant des gants blancs jusqu'aux coudes. Mais on ne le dira pas trop fort par exemple. Souvent, on léchera tout simplement des culs. C'est moins compliqué. Tout le monde connaît tout le monde. La famille culturelle et médiatique au Québec est minuscropique. Si tu n'embarques pas dans le cercle de l'un qui couche avec une telle qui est l'amie de tel autre qui joue au bowling avec celui-ci, t'es foul ball..

Je me suis fait rappeler à l'ordre dernièrement alors que je décriais la boulimique présence des mêmes vedettes dans les médias traditionnels. On me disait que je courais volontairement à ma perte en dénonçant le problème, que je saccageais mes chances de recevoir des invitations de la part de certaines émissions en les pointant du doigt. D'accord, je me zippe la gueule. Mais on fait quoi alors quand on est en désaccord? On ravale et on continue en souriant?

Radio-Canada lançait sa programmation estivale en grandes pompes hier. J'avais commencé à rédiger un billet sur les têtes d'affiche d'une émission puis je me suis ravisé, trop peureux de perdre toutes mes chances que l'on y parle de mon livre ou qu'on le descende en règle systématiquement, comme une vengeance tacite. J'ai donc fermé ma gueule.

Mais j'apprenais ce matin que Monsieur Voir, Sébastien Diaz, animera une chronique hebdomadaire sur les médias sociaux à la nouvelle émission d'Anne-Marie Withenshaw, AM, à la Première Chaîne. Sébastien Diaz-az-az-az???, ai-je scandé sur Twitter (y avait beaucoup d'écho à mon message). Pas de réponse. J'ai failli en rajouter puis je me suis abstenu.

Du coup, je me suis demandé si j'étais dans le champ à trouver que ça n'avait aucun sens qu'il tienne une chronique sur les réseaux sociaux à la radio de la grande tour. Entendons-nous, je n'ai rien contre le gars. Au contraire, je trouve qu'il est un excellent animateur, qu'il a fait une job du tonnerre à Voir l'hiver dernier, qu'il est plutôt calé en musique et en démonstrations artistiques de toutes sortes. C'est peut-être même un bon bédéiste, allez savoir. Mais en réseaux sociaux? Come on! Le gars est sur Twitter depuis à peine trois semaines! Le pire, c'est qu'il ne voulait même pas y être! Qu'a-t-on fait des gourous du 2.0 de ce monde?

Le silence Twitter m'est apparu éloquent. Je me suis dit que le monde s'en foutait. Mais en messages privés et sur Facebook, c'était une toute autre histoire. Une foule de compatriotes trouvaient l'idée complètement farfelue. "Je ne peux pas le dire, on m'aurait traité de jaloux", "Je ne peux pas exprimer mon désaccord, on va me fermer les portes". L'équation est facile à faire: si tu veux une job, ferme ta gueule.

Alors c'est quoi la solution? Que je sois le seul qui ose dire tout haut ce qu'une gang pense tout bas? Eh bien, mesdames et messieurs, ça a bien l'air que c'est ça. Je revendique le droit de brandir mes couilles toutes hautes, je revendique le droit de ne pas suivre le troupeau dans le silence. À la limite, je pourrais quasiment dire que je revendique le droit de ne plus avoir de job dans le milieu. Les dés sont-ils jetés ou sont-ils de toute façon pipés?