
Quand tu débutes dans le métier d'auteur, tu rêves souvent de grandeur. Tu fabules sur la remise du prochain Goncourt ou simplement à ce qu'une grappe de gens du milieu reconnaissent enfin ton génie créatif et, conséquemment, le fruit de ton travail. Tu sais que tu dois trimer dur mais tu sais aussi que le talent n'est pas le seul gage de succès. T'as beau être le créateur le plus génial de la planète, si tu demeures cloîtré dans ton sous-sol, y a pas personne qui va venir te débusquer. Pour te faire connaître, tu dois avoir la gueule aussi grande que tes idéaux. Et tu y vas fort! Tu cries tes idées sur tous les toits et tu mitrailles tes créations en rafales dans le tas en espérant te faire remarquer.
Lorsque j'ai décidé que je voulais faire partie du fabuleux monde des médias, j'ai étalé mes idées au grand jour, espérant me faire cueillir comme un fruit mûr par les producteurs, les journaux et magazines, par les diffuseurs bref, par n'importe qui pourrait me donner ma chance. J'ai lancé innocemment mes créations sur la place publique, ai cogné à une multitude de portes en soumettant des idées. Le blogue fut l'un de ces moyens. Mais quand tu n'es pas connu, tu t'exposes, tu deviens vulnérable. Pas vulnérable pour te faire rentrer dedans par la critique. Vulnérable pour te faire chiper tes concepts. Parlez-en à mon amie Geneviève Piquette qui elle s'est écoeurée d'entendre ses propres blagues à la radio le lendemain de sa mise en ligne sur son blogue. J'ai moi-même expérimenté le phénomène à plusieurs reprises: projets télé, blagues, textes, concepts, name it. Aujourd'hui, j'ai appris et neuf fois sur dix, je me zippe la gueule. C'est Suzanne Lévesque qui l'a elle-même si bien dit dans
une excellente entrevue qu'elle accordait aux Francs-Tireurs en mars dernier: "De nos jours, on n'a plus aucun respect pour la propriété intellectuelle". En cette ère d'ultra-compétitivité et de boulimie d'informations, on "emprunte" les idées des gens sans aucune retenue ni remords. Les droits d'auteur sont aujourd'hui un concept complètement ignorés. Et ça se comprend. Quel créateur a la force, l'argent et la persévérance pour combattre des multinationales sans scrupule? Ces entreprises avides de cash et de pouvoir le savent et vous saigneront comme des porcs si vous osez lever le moindre petit doigt contre eux.
Si Claude Robinson avait su en 1995 où son combat contre Cinar le mènerait, il aurait probablement fait comme la plupart d'entre nous et aurait laissé tomber les gants avant la fin du premier round. Mais il s'est battu. Durant quatorze ans. La décision rendue à la fin de l'été dernier laissait présager qu'enfin, justice serait faite. Mais il ne fallut pas plus de 30 jours pour que Cinar, par le biais de ses avocats, portent la cause en appel et laisse pantois, épuisé et presque ruiné l'auteur qui avait osé se tenir debout. Le nouveau procès Robinson vs Cinar s'amorcera finalement à l'été 2011(!!!). Après avoir perdu tous ses membres sauf son coeur et son ventre, Robinson risque une fois de plus que ça lui coûte le bras qui ne lui reste plus.
Cette fois-ci par contre, un insoupçonné collectif citoyen voit le jour. Chapeautée par Simon Jodoin, directeur du magazine
BangBang, Pierre Paquet, PDG des Communications
Voir et la
Sartec (société des auteurs de radio, télévision et cinéma du Canada), l'initiative entend amasser des fonds pour donner un coup de main à l'auteur menacé de burnout émotif et financier. Baptisée opération Claude Robinson et accessible à l'adresse
http://clauderobinson.org, l'initiative entend amasser 250 000 dollars pour venir en aide au David des temps modernes.
Parce que je n'ai moi-même jamais eu les couilles pour défendre mes propriétés jusqu'au bout, j'ai décidé que c'était par le truchement de cette initiative que j'allais enfin me lever debout et me tenir drette. Parce que ma tête (et la sienne, et la vôtre) valent plus que n'importe quel compte bancaire maintenu à flots pour une bande de vampires et de "bandits en cravates et en jupons".