On croyait que la langue de bois était une rhétorique réservée aux politiciens qui tentent de se frayer un chemin hors de la controverse (ou, dans le meilleur des cas, au Parlement ou à l'Assemblée Nationale). Mais il y a un autre milieu tout autant géré par les non-dits et par une loi du silence inébranlable, un monde tout petit où les membres se connaissent tellement que peu osent exprimer leur désaccord: le fabuleux monde de la culture.
On n'en sort pas. Il est souvent impossible de critiquer certaines décisions. Si tu oses lever le petit doigt d'indignation, tu vas te faire kicker hors du milieu à grands coups de pied au cul. Comment expliquer, sinon, qu'on ait tant de difficulté à critiquer le milieu de la télévision et du cinéma au Québec? C'est un secret de polichinelle, si tu n'es pas d'accord et que tu le dis, tu te fermes les portes. Punto finale! Alors parfois, au mieux, on soulèvera gentiment un petit inconfort en mettant des gants blancs jusqu'aux coudes. Mais on ne le dira pas trop fort par exemple. Souvent, on léchera tout simplement des culs. C'est moins compliqué. Tout le monde connaît tout le monde. La famille culturelle et médiatique au Québec est minuscropique. Si tu n'embarques pas dans le cercle de l'un qui couche avec une telle qui est l'amie de tel autre qui joue au bowling avec celui-ci, t'es foul ball..
Je me suis fait rappeler à l'ordre dernièrement alors que je décriais la boulimique présence des mêmes vedettes dans les médias traditionnels. On me disait que je courais volontairement à ma perte en dénonçant le problème, que je saccageais mes chances de recevoir des invitations de la part de certaines émissions en les pointant du doigt. D'accord, je me zippe la gueule. Mais on fait quoi alors quand on est en désaccord? On ravale et on continue en souriant?
Radio-Canada lançait sa programmation estivale en grandes pompes hier. J'avais commencé à rédiger un billet sur les têtes d'affiche d'une émission puis je me suis ravisé, trop peureux de perdre toutes mes chances que l'on y parle de mon livre ou qu'on le descende en règle systématiquement, comme une vengeance tacite. J'ai donc fermé ma gueule.
Mais j'apprenais ce matin que Monsieur Voir, Sébastien Diaz, animera une chronique hebdomadaire sur les médias sociaux à la nouvelle émission d'Anne-Marie Withenshaw, AM, à la Première Chaîne. Sébastien Diaz-az-az-az???, ai-je scandé sur Twitter (y avait beaucoup d'écho à mon message). Pas de réponse. J'ai failli en rajouter puis je me suis abstenu.
Du coup, je me suis demandé si j'étais dans le champ à trouver que ça n'avait aucun sens qu'il tienne une chronique sur les réseaux sociaux à la radio de la grande tour. Entendons-nous, je n'ai rien contre le gars. Au contraire, je trouve qu'il est un excellent animateur, qu'il a fait une job du tonnerre à Voir l'hiver dernier, qu'il est plutôt calé en musique et en démonstrations artistiques de toutes sortes. C'est peut-être même un bon bédéiste, allez savoir. Mais en réseaux sociaux? Come on! Le gars est sur Twitter depuis à peine trois semaines! Le pire, c'est qu'il ne voulait même pas y être! Qu'a-t-on fait des gourous du 2.0 de ce monde?
Le silence Twitter m'est apparu éloquent. Je me suis dit que le monde s'en foutait. Mais en messages privés et sur Facebook, c'était une toute autre histoire. Une foule de compatriotes trouvaient l'idée complètement farfelue. "Je ne peux pas le dire, on m'aurait traité de jaloux", "Je ne peux pas exprimer mon désaccord, on va me fermer les portes". L'équation est facile à faire: si tu veux une job, ferme ta gueule.
Alors c'est quoi la solution? Que je sois le seul qui ose dire tout haut ce qu'une gang pense tout bas? Eh bien, mesdames et messieurs, ça a bien l'air que c'est ça. Je revendique le droit de brandir mes couilles toutes hautes, je revendique le droit de ne pas suivre le troupeau dans le silence. À la limite, je pourrais quasiment dire que je revendique le droit de ne plus avoir de job dans le milieu. Les dés sont-ils jetés ou sont-ils de toute façon pipés?


22 commentaires:
Diaz sur les médias sociaux... Vraiment bof, d'accord avec toi. Mais il est bon, bien établi, et il est "hot" (sans vouloir le dénigrer), alors R-C est allé le repêcher.
Archi intéressant comme réflexion. Personnellement, je déteste les lois du silence. Où est l'indépendance dans ces cas-là? Et s'il y a bien quelque chose que j'apprécie des opinions, c'est lorsqu'elles sont indépendantes. Sinon, elles valent pas grand chose, on s'entend.
Je ne suis pas à ta place. Mais je me dis qu'il y a des gens qui critiquent, qui ne se censurent pas... et qui réussissent. J'ose espérer, en fait.
De mon côté, si tu brandis tes couilles toutes hautes, sache que je les regarderai avec grand intérêt.
«Du coup, je me suis demandé si j'étais dans le champ à trouver que ça n'avait aucun sens qu'il tienne une chronique sur les réseaux sociaux à la radio de la grande tour.»
Non, crois-moi, tu n'es pas le seul à avoir bondi. On a beau le trouver excellent comme animateur ou chroniqueur culturel, le gars s'est quand même inscrit à Twitter le 10 mai 2010... Désolée, mais pour moi, il perd toute crédibilité dans ce créneau. (Moi aussi j'essaie généralement de me «zipper la yeule» du mieux que je peux, aussi parce que quand on l'ouvre trop, nos paroles peuvent être mal interprétées...)
Des couilles de même, c'est des gosses d'or! Protèges-moi ça!
Excellent billet. Merci. C'est dur d'avaler en se fermant la gueule tout le temps. Ça finit par déborder. Couillu, m'sieur. J'aime ;-)
Bonjour Pat !
Je ne connais pas ce milieu mais ça rejoint les hypothèses que je me faisais en revoyant tout le temps les mêmes têtes même à Tout le monde en parle. Mais comme on ne fait pas d'étude sérieuse sur la question ça devient difficile à prouver.
C'est la même chose pour les autres talks shows que je n'écoute plus en pratique à cause de ça.
Je te félicite de ton courage. Mon gagne-pain n'est pas en jeu...Le tien l'est.
C'est grâce à @hortensia68 que je suis venu te lire.
J'ai pensé la même chose!
Mais c'est l'histoire des médias d'ici : qui est chummy avec qui, ça fini là. Aussi il faut être âgé de 35 ans et plus pour avoir le droit de parole. Faut être dans le vent, ludique et déjà avoir beaucoup d'expérience en commençant. Sinon, on va prendre un autre ami.
Dire ce genre de chose à mon âge quand on veut commencer dans le métier, c'est suicidaire. Mais c'est quand même le mur que l'on frappe indéniablement.
C'est un excellent billet. Quand c'est pas la collusion, c'est une histoire de loi du silence ou de côte de popularité... Encore une fois, on mise sur l'emballage plutôt que sur le contenu...
Ce qui est triste, c'est que certains auditeurs verrons Diaz comme une référence sur les médias sociaux. Fulgurante promotion pour un gars qui n'a joint les rangs qu'il n'y a que quelques semaines et qui n'a pas lâché que 2 tweets sur la Twittosphère depuis...
À ce compte, AMW aurait fait une meilleure "référence" sur le sujet que ce dernier.
Dommage pour les auditeurs finalement... C'est encore eux qui se feront servir du contenu de moindre qualité! Bref, ça ne me donne pas le goût d'écouter l'émission!
On peut se taire, on peut avancer une petite critique, on peut dire tout haut la vérité (et en payer les conséquences)... ou on peut changer de job et de milieu. Ce que j'ai fait.
Et maintenant, je peux parler, mais surtout, j'entends. J'entends que ce petit copinage, le fait de retrouver toujours les mêmes têtes partout, cette omniprésence de la chronique (la "p'tite chronique gentille et funny"), ces gens plus ou moins compétents jetés ça et là parce qu'ils étaient au bon étage de la tour au bon moment, tout ça, le public en a marre. Il ne dit rien, ou si peu, lui non plus, parce qu'il craint qu'on ne lui enlève les derniers restes d'informations culturelles, parce qu'il pense (à raison) qu'on ne peut pas y changer grand chose, mais il ne faudrait surtout pas croire qu'il s'en fout ou, pire encore, qu'il ne voit pas les grosses ficelles derrière.
bé oui mais alors... il est où ton billet sur la programmation RC estivale ? ;)
Mon cher Patrick,
Je vais (encore une fois) faire mon enquiquineur de service en allant à contre courant de ton billet et de tous ceux qui t’ont laissé un commentaire.
Patrick, je ne suis pas d’accord avec ton affirmation selon laquelle monsieur Diaz ne pourra être un bon chroniqueur à l’émission de Madame Whitenshaw. Vois-tu, et tu l’affirmes toi-même, il a fait un boulot formidable cet hiver comme chroniqueur à l’émission Voir. Or, c’est le boulot que l’on demande à tout bon journaliste. Journaliste Patrick, c’est le mot clé. Je regarde ton entête de blogue et tu te définis toi-même comme journaliste. Or qu’est ce qu’un journaliste?
Un journaliste est quelqu’un de foncièrement curieux, et dont le travail consiste à recueillir des informations sur un sujet donné, à les comprendre, et à les communiquer aux lecteurs ou aux auditeurs par écrit, ou en sons et images. Un journaliste n’a pas à détenir un doctorat en physique nucléaire pour expliquer les enjeux reliés aux isotopes médicaux. Il se doit toutefois de faire de la recherche, interroger des spécialistes, valider ses informations afin de publier son topo. Le lendemain, on pourra lui demander de publier un article sur la reproduction des hannetons en Antarctique Sud et il le fera bien s’il est le moindrement brillant. C’est ça, un journaliste. C’est ce que tu prétends être. Perso, c’est un métier dont je suis fier. Très fier. Et c’est pourquoi si demain quelqu’un me demandait de faire des topos sur l’éthique et la philosophie, je le ferais avec grand plaisir (en autant que j’en ai le goût et que je puisse être à la hauteur), même si je ne suis pas philosophe. Vieux con à la limite. ;-))
Laissons donc à Monsieur Diaz le temps de nous présenter ses chroniques. Nous pourrons juger par la suite si il a réussi à relever le défi ou non d’apprendre quelque chose aux auditeurs de cette émission. Et le fait qu’il eut été réfractaire aux réseaux sociaux en premier et qu’il ne fait pas parti du club de l’adoration mutuelle n’est pas pour me déplaire. J’aimerais même qu’il nous surprenne tiens.
Un détail en passant, rappelons aussi que le public cible de cette émission n’est évidemment pas les «spécialistes» des réseaux sociaux. Si tant soit peu que cette race existe vraiment. On s’entend qu’il existe plusieurs consultants qui se prétendent spécialistes en réseaux sociaux avec… un gros trois mois d’existence sur ceux-ci, et pas de site web. C’est pourquoi je préfèrerai toujours entendre comme chroniqueur régulier un journaliste à un consultant. Je dis bien, chroniqueur régulier et non pas personne ressource, c‘est à dire lorsque tu interroges une personne sur un sujet précis d’actualité.
N’oublions pas non plus qu’une animatrice ou un animateur aime bien travailler avec des gens en qui il ou elle a confiance. C’est normal, c’est humain, et c’est d’ailleurs sûrement pourquoi Dominique Arpin t’a engagé à Vlog. Parce qu’il te faisait confiance, même si je crois (corrige-moi si je me trompe) que tu n’avais jamais été journaliste-recherchiste à la télé. Et pourtant, qui a bien relevé le défi? Patrick Dion peut-être? ;-))
Cordialement
Michel
PS : en passant, les désaccords et les portes closes, tu t’en doutes, j’ai ai rien à branler. C’est un fait connu que je n’aime pas la programmation actuelle de la Première Chaîne le jour, et pour tout dire, que je la trouve tout à fait insignifiante. Comme bien des gens dans la tour.
Tu as en partie raison Michel, sauf que dans le cas de Monsieur Diaz, il n'a pas été embauché à titre de journaliste mais bien à titre de chroniqueur, ce qui fait toute la différence. Un chroniqueur ne doit pas enquêter, il doit donner son opinion. Verrais-tu Rebecca Makonnen faire des chroniques sportives alors qu'elle est spécialisée en culture? Moi non plus. D'ailleurs, ils auraient très bien pu lui donner à elle la chronique que tout le monde en aurait été heureux.
Quant à moi, je fus déniché par Dominic parce que je faisais un boulot de recherchiste sur le web grâce à mon émission de radio et non pas parce qu'il tentait de trouver un recherchiste pour la télé. Le cas échéant, je n'y aurais assurément pas été invité.
Excellent billet!
Je lis votre blog depuis plusieurs mois mais j'ai l'impression que vou savez seulement aujourd'hui enlevé votre voile.... on voit enfin le vrai vous qui se cachait timidement pour peut être ne pas prendre de coups.
Ça ne vous rassurera sans doute pas mais c'est pareil dans d'autres milieux. Récemment HEC Montréal, le bastion de la culture d'affaires francophone du Québec a tenu un atelier (cher) sur les médias sociaux. L'expert qui donnait l'atelier a un compte Twitter depuis qq mois... avec moins de 10 tweets dont un excellent: "je vais faire du ski avec ma fille!"
"Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnait" Michel Audiard
Excellent billet, s.v.p. ne te ferme pas la gueule, tu nous divertis beaucoup. :-)
Patric, c'est vraiment très bon sur ce que t'écris à propos de la peur d'émettre ses vraies opinion sur des émissions de peur de ne jamais y être invité. C'est en plain ça.
Pour revenir au cas de Diaz, je pense que Michel n'a pas tord sur l'idée de lui donner sa chance. De mon côté, sa présence ne m'a pas dérangé, c'est plutôt celle des deux jeunes journalistes de La Presse qui m'a fait tiquer. Et j'ai même failli écrire un statut Facebook là-dessus. Puis après je me suis dis, tu peux pas chialer contre "Six dans la cité" parce qu'on retrouve toujours les mêmes et chialer à nouveau quand on met du sang neuf...:-)
Ho! Martyne aura tout dit de ce qui résume ma réflexion.
T'auras besoin d'un "jack-strap" par-balles. Ça existe tu crois?
Comme on dit souvent : "Tu as dit tout haute, ce que d'autres pensent tout bas". Je suis tout à fait d'accord avec ton billet.
@patrickdion
Félicitations pour le courage de ta prise de position.
Malheureusement, je ne pense pas que les principaux acteurs auront eux, le courage de s'exprimer sur le sujet.
Je vais malgré tout tenter l'expérience en leur donnant l'occasion de le faire via Realtime Réalité.
Dans le même sens, tu es d'ailleurs invité à me recevoir en direct dans un lieu de ton choix.
Quand pourrais-tu être disponible?
Bravo Pat!
Ça fait du bien à lire...
Éveilleur de conscience, c'est une belle étiquette, non?!
La loi du silence = l'hypocrisie qui est de plus en plus présente partout...
Si vous saviez à quel point il y a des gens qui scandent être des experts en réseaux sociaux alors que je et d'autres réussissent à leur en montrer pas mal plus qu'ils en savent.
Ces mêmes experts quand on répond à leurs questions d'aide, nous rétorquent ne pas tenir compte de nos réponses car ils nous rappellent qu'ils sont beaucoup plus experts que nous.
Ces même experts quand on répond à leurs questions ne nous remercient JAMAIS de les avoir aidés car ils s'approprient les bons coups SANS JAMAIS souligner les personnes qui ont VRAIMENT faits les bons coups.
Votre article m'a énormément plus. Merci beaucoup.
J'apprécie ton billet non pas pour ce qu'il contribue au débat (Tu verrais qui comme chroniqueur?) mais parce que c'est laid, un pleutre. Avec la convergence du toutte dans toutte, les pleutres sont pratiquement invisibles. L'enjeu n'est pas de démasquer qui est copain-copain avec qui (on s'en doute, anyway) mais bien de comprendre pourquoi des gens qui ont des positions dans laquelles critiquer fait partie de la description de tâches sentent que de ne pas le faire fait aussi partie de celle-ci.
La hauteur à laquelle tu portes tes couilles n'en est pas plus basse du miroir de mon point de vue. :)
Teflon balls on fire !!! T'es beau quand t'es fâché ! Lucide et juste !
Je n'ai pas lu tous les commentaires mais faut vraiment être aveugle pour s'en rendre compte.
Quand j'ai vu l'émission de fin d'année à Tout le monde en parle avec "la clique" je n'ai tellement pas été surprise.
En bonus on a eu droit à du lichage en pleine écran!!!
Faut vraiment prendre les gens pour des cons pour ne pas s'en rendre compte.
Ces jeux de stratégies sont un peu partout: dans le milieu artistique, dans le milieu scolaire, dans le monde des affaires (j'y suis et je peux vous dire que licher ça peut être très payant)
Reste à se poser la question: jouons-nous la game ou restons-nous intègre face à nos idéologies, nos valeurs?
Pas facile de trancher...
Mais c'est aussi pour cela que j'aime te lire! Ton franc parler et de voir que tu t'assumes.
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