18 février 2010

Et puis, cette bande-annonce?

Je suis tellement heureux de la réponse à la bande-annonce de Fol allié, tellement content d'avoir innové, d'avoir créé un précédent. Je suis enchanté du résultat final, vous le savez, j'arrête pas de remercier Éric et sa bande, Lily, Christian, Jérémie. J'avoue, je me doutais bien qu'elle ferait parler d'elle, qu'elle créerait un certain engouement. Mais honnêtement, je ne pensais pas que ça en créerait un à ce point. À peine une semaine après sa mise en ligne, le clip affiche plus de 5600 vues. C'est énorme! Je dis wow!

Et les médias aussi s'en sont emparés. Il y a eu tout d'abord Vlog, puis Salut Bonjour! Et hier soir, c'était au tour du magazine télé Voir d'en glisser un mot. Ironiquement, Sébastien Diaz et Tristan Malavoy-Racine se disaient perplexes devant l'initiative. Je les comprends, le questionnement est légitime et c'est le propre de l'être humain de craindre la nouveauté. Réfléchissons-y un instant.

La littérature n'a aucune place dans les médias de masse. La radio, comme les journaux, lui font de moins en moins de place (parlez-en à Chantal Guy pour le fun). La télé ne s'y intéresse pratiquement plus non plus. Comment fait-on pour promouvoir la sortie d'un livre alors? Quand on sait que la plupart des éditeurs ne peuvent même pas se permettre un petit encart dans La Presse du samedi, on fait quoi? Quand la seule place qu'on fait aux mots sont les potins de magazine, vers où doit-on se tourner? Internet bien sûr. Mais comment on le fait? Blogue? Facebook? Twitter? Comment est-ce qu'on se démarque? Pour moi, la solution était la vidéo. Visiblement, je ne me suis pas trompé, au moins, ça aura eu le mérite de faire jaser dans les chaumières.

Maintenant, on m'a dit qu'on avait peur que je m'empare de l'imaginaire du lecteur. Ok, je comprends. Mais pourquoi n'aurais-je pas ce droit, comme auteur, de présenter le mien? Pourquoi ne pourrais-je pas partager ce qui se passait dans ma tête et mon coeur à l'écriture de ces mots? On jase là, je me questionne. ;-)

Sébastien Diaz avançait aussi cette peur que la bande-annonce donne envie d'aller voir le film alors que de film, il n'y en aura pas. Mais justement, pourquoi n'y en aurait-il pas? Dans le cas présent, le roman se transpose à merveille au scénario. Avis aux producteurs, aucune offre raisonnable ne sera refusée! Je rigole un peu, bien sûr, le but avoué était surtout d'en faire un bon livre.

Maintenant, comme le dit Tristan Malavoy-Racine, reste à livrer la marchandise. Mais n'est-ce pas ce que tout auteur tente de faire en écrivant ses livres?

Émission Voir du 17 février, segment littérature.

8 commentaires:

Jean-Simon DesRochers a dit…

La crainte d'un lecteur pourrait tourner autour de l'aspect cinématographique du roman. Propose-t-il une histoire en images? Est-il un préproduit scénaristique? Si ton roman est «presque un film», la question légitime serait potentiellement : pourquoi n'en est-il pas un, pourquoi un roman si nous parlons d'un film?

En soi, mais ce n'est-là que ma vision des choses, un roman doit proposer une histoire qu'un film ne saurait aborder d'un même angle. Ta bande-annonce suggère explicitement que ton roman n'entrerait pas dans cette catégorie (bien que cela puisse être le contraire).

Face à la nouveauté de l'exercice, les appréhensions se tournent vers une crainte orientée sur une confusion de genres.

Question visibilité, c'est un succès total et désormais, une matière à débat. Ce qui est très bien sûr le discours autour des livres, à défaut de parler directement des livres.

Martine a dit…

Je suis d'accord avec toi Patrick en ce qui a trait au manque d'espace médiatique accordé aux livres. C'est regrettable. En ce sens, la bande-annonce peut devenir un outil formidable de promotion. La tienne a été produite avec soin et professionnalisme et ça fait chaud au coeur de t'en voir aussi fier et ému!

Là où j'ai plus de difficultés, c'est dans la précision des images choisies pour illustrer le roman. Je ne choisis pas de lire un livre pour les mêmes raisons que je choisis d'aller voir un film. L'univers visuel d'un livre prend forme pour moi à mesure que ma lecture avance mais il reste flou, laissant place à une partie de mon imagination. Je crois que ça me permet ainsi une communion PLUS GRANDE avec l'auteur parce qu'il y a de la place pour moi, mon vécu, mon interprétation et mes images dans le récit dans lequel j'investirai plusieurs heures de mon temps à lire. Je comprends mieux les sentiments de l'autre, je rejoins davantage son univers quand cet univers et ces sentiments ont une résonance pour moi. Même si la vie racontée est à des lieux de la mienne. C'est la vieille théorie du particulier qui tend à l'universel.

Si j'avais lu ton livre sans avoir vu la bande-annonce, j'aurais probablement tout d'abord donné au protagoniste masculin un visage rappelant vaguement le tien, puisque je te connais, mais sans pour autant que ce soit vraiment toi. Au fur et à mesure de ma lecture, si l'histoire m'avait accrochée, j'aurais peut-être eu tendance à substituer l'image d'un gars qui a agis de la même manière envers moi à celle de ton protagoniste. Chaque lecteur a une lecture différente. C'est là toute la beauté du livre.

Maintenant que j'ai vu ta bande-annonce, je ne pourrai m'empêcher en lisant ton livre de voir le visage de l'acteur choisi, d'entendre sa voix quand il s'engueule avec sa blonde, et de voir le visage de l'actrice dans la vidéo, de même que l'appart dans lequel ils étaient. Ça ne veut pas dire que je ne lirai pas ton livre! Mais je vais devoir faire un effort pour oublier le contenu très précis que tu m'as proposé pour pouvoir apprécier ton récit à sa pleine valeur.

C'est une opinion très personnelle, bien sûr. Je crois qu'il y a beaucoup de lecteurs qui aiment bien se faire diriger entièrement, se faire donner des images, se faire prendre par la main.

Ceci étant dit, je salue ton investissement de temps et d'argent dans la création de cette bande-annonce. Je crois encore qu'elles sont pertinentes et je suis très curieuse de voir où ça va aller comme outil de promotion. J'ai tendance à préférer les bandes-annonces qui offrent une ambiance, quelques extraits lus ou du moins apparaissant sous forme de mots à l'écran. Celle du "Froid modifie la trajectoire des poissons" pour le marché espagnol était très belle et intriguante. Elle nous suggérait un univers davantage qu'elle ne nous imposait une vision:
http://www.youtube.com/watch?v=vbtlKV9zM6g

Celle du livre de Dan Chaon "Await your reply" illustre assez bien ce que je veux dire, même si elle en montre encore un peu trop à mon goût:
http://www.youtube.com/watch?v=qtH3PRoQzWw

En espérant ne pas trop de décevoir en te disant tout ça!

Patrick Dion a dit…

JSDR: Je ne suis pas d'accord avec toi. Toute histoire est images. Un roman fabrique des images mentales. Ma b-a n'est pas un film, ce sont de courts clins d'oeil de mon imaginaire, des images que je m'étais moi-même fabriquées.

Martine: Les images ne sont même pas si précises à mon avis. Surtout qu'elles sont prises hors contexte. En plus, la mémoire est tellement malléable. Je suis certain que tu sauras remettre tout dans ta perspective à la lecture de mes mots. Ou peut-être pas. Mais j'aime prendre la chance de partager ma vision. J'espère qu'on aura la chance de s'en reparler quand tu auras lu le livre. Je suis bien curieux de voir si le plaisir de la lecture en aura été amoindri. Et merci pour la b-a de Dan Chaon que je n'avais pas vue.

Jean-Simon DesRochers a dit…

Ah, Patrick, tu ouvres la porte à un débat aux dimensions abyssales... Ton assertion que toute histoire est image est une importante réduction du spectre littéraire. Une sensation est-elle une image? Qu'en est-il d'une interrogation, d'un doute, d'une certitude, d'un désir? Mais bon, il s'agit là de considérations relatives à la philosophie esthétique. Être salaud, je te demanderais simplement, mais qu'est-ce qu'une image et qu'est-ce qu'une histoire.

Cela dit, tu peux défendre ton point de vue sans mal : il semble aller de soi. J'ai plutôt tendance à remettre en question les apparences de certitudes sur lesquels se fondent les raisonnements à l'origine de notre sentiment de réalité. En fait, c'est l'un des principaux objets de ma démarche.

Si je n'avais qu'une seule question à poser, ce serait la suivante : Quel imaginaire doit primer : celui de l'auteur ou celui porté par le texte?
(Et non, ils ne sont pas les mêmes; le premier est exclusif, le second, inclusif.)

Tu peux aussi me traiter de fucké, ça ira ;-)

La Shirley a dit…

Un débat ???????
Faudrait revoir ce que le mot DÉBAT veux dire !
Un mec écrit un roman, y met son temps et ses tripes. Espere que les gens le lirons. A une sacrée belle idée pour promouvoir la vente du fruit de son travail. Qui soit dit en passant, livre la marchandise tant qu'à moi.
Le jour ou la lecture ne sera plus "intellectualisée" de la sorte elle sera plus accessible et donc plus lucrative pour ceux qui le font sans compter et qui y laissent souvent un peu pas mal trop d'eux-même. La lecture crée des images dans la tête des lecteurs, inmanquablement, il y en a eu AVANT dans la tête de l'auteur. Je trouve ça plutôt généreux de sa part ...

Patrick Dion a dit…

JSDR: Le texte EST l'auteur (et vice-versa). C'est mon humble avis. On ne peut pas dissocier les mots de l'homme puisque c'est lui qui les invente.

Shirley: Merci, merci, je suis vraiment content que t'aies aimé. Et tu as battu tous les records de rapidité. Ça aussi c'est de la générosité.

Jean-Simon DesRochers a dit…

@LaShirley
Un débat, c'est exactement ce qui se produit entre mes propositions et le vôtre. Un dialogue à propos d'un désaccord, tout simplement.
Quant à votre suggestion de ne plus intellectualiser la lecture, permettez-moi de questionner votre rapport avec le langage, fonction purement intellectuelle, produit cognitif, même. Si nous ne l'intellectualisons plus, qu'en ferons-nous?

Si le témoignage détient pour vous une plus grande valeur que la mise en application de propositions, je sais parfaitement ce qu'un mec qui publie un roman précédé d'une bande-annonce peut ressentir. Cela n'empêche toutefois pas de discuter des détails et modalités qui entourent ces processus.

@Patrick
D'accord, mais tu devrais quand même songer à quelques concepts fondamentaux comme le mimétisme, l'intertexte (Wikipédia peut débrouiller ces concepts assez efficacement). En tant qu'auteur, je n'ai jamais inventé ne serait-ce qu'un mot, encore moins une syntaxe. J'ai construit des phrases avec des éléments déjà existants. Et si le texte est l'auteur, l'écrivain serait l'auteur de quoi, lui-même?

Juste une question. On jase, comme dirait l'autre.

DEMIJOUR a dit…

Ton livre, je cours le chercher d'ici la fin de la semaine.

Pour le reste là je vais être ... disons vrai dans mes propos:

La bande-annonce c'est une super bonne idée. Ça dérange parce que ce n'est pas les autres qui ont eu l'idée c'est toi! Nous aurions tous voulu avoir cette idée!

En tant que lectrice, ça ne me dérange pas du tout. Car quand je vais le lire, je vais quand même me faire mes propres images.

La bande annonce m'a juste donné l'envie encore plus fort de le lire.

Et pourquoi pas un film si il y a demande? S'il y a une offre.

Continue de foncer, les portes sont entrouvertes, il n'en reste qu'à toi de faire le reste!

:-)