J'étais entré sans aucune attente, hormis celui de passer du temps à fouiner sous les couvertures de ma maîtresse littéraire. Je l'avais vu trôner sur le premier présentoir à l'entrée, caché entre quelques best-sellers québécois connus. Je me rappelais avoir entendu parler du groupe, à CISM entre autres, alors que leur rap m'avait complètement happé avec, entre autres, Sheila chu là, une diatribe musicale irrésistible. Ça groovait, c'était songé, m'en fallait pas plus pour être conquis. J'ignorais par contre qu'ils avaient couché leur poésie sur papier. J'allais remédier à mon ignorance illico. Manifestif m'attendait.
Je me souviens avoir pris le recueil entre mes mains, l'avoir humé un peu, question de bien sentir toute la prose avant de l'attaquer et de m'y être plongé. Le Renaud-Bray étant vide à cette heure dominicale tardive, on m'avait foutu la paix, me laissant debout entre les livres, alors que j'avalais les strophes entre deux courtes respirations. Et c'est à ce moment que le coup de foudre pour Loco Locass s'est produit. Pour leur fougue, leur intelligence, pour avoir tellement bien su adapter leur musique à une poésie imagée, profonde, lucide, critique mais aussi joyeuse, drôle et festive. Amour Oral, paru en 2004, vint justement confirmer cet amour. Depuis, j'attends patiemment, à l'instar de tous leurs fans, la parution du prochain album sans cesse remis pour cause de Batlam frenchant Sophie Paquin et autres.
Mais quand j'ai vu leur tout dernier clip la semaine dernière, créé pour la nouvelle série de télé-réalité de TVA Montréal-Québec, j'ai eu un malaise. En fait, pire qu'un malaise, j'ai frôlé la syncope. Et ça empire chaque fois, le malaise se métamorphosant en crises d'urticaire puis en crampes abdominales. Kessésséssa? Où sont les amants de la langue que j'ai connus, ceux qui ont nourri mon amour du français et de la poésie, ceux qui me faisaient réfléchir par leur critique acerbe et qui me faisaient rire grâce à la haute voltige de leurs jeux de mots? Où sont ces beats enlevants, ces rythmes déchaînés et envoûtants?
Suis-je dans le champ? Suis-je devenu trop pointilleux ou premier degré? Ai-je tout simplement perdu mon innocence?
EDIT: Le journaliste Éric Parazelli ajoute son grain de sel à l'histoire en publiant une réponse de Biz à Hugo Dumas, qui écorchait le groupe dans sa chronique d'aujourd'hui. Fine, excellente réponse à Dumas en ce qui a trait à l'empire. Mais à mon avis, ça n'explique pas l'ordinaire de la chanson.


10 commentaires:
Je suis allé les voir vendredi passé au Petit Champlain à Québec - et c'était tout un show! Et selon les 3 nouvelles chansons entendues - je pense que le prochain album va botter des culs! Je pense pas que l'on doive les juger pour un hymne au hockey - c'est un peu hors de leur opus principal je croirais.
J'ai eu exactement la même réaction... je ne croyais jamais voir, de mon vivant, Loco Locass associer sa prose à une télé-réalité (même s'il s'agit d'une télé-réalité sur notre sport national...)
Moi, il a suffit que je vois que Montréal était représenté par Éric pour trouver les Loco Locass encore meilleurs qu'avant! :)
Et ben, moi je trouve cela absolument bon...mes jeunes ados vont enfin connaître loco locass! Vive la culture du peuple!
J'ai également éprouvé un petit malaise lors du visionnement; d'autant plus que j'en ai vraiment mare de cette rivalité qui n'existe que parce qu'on nous la rappelle à tout moment!
Ça s'appelle une "commande" qui donc, par définition, répond aux exigences du client et dont le dit client n'est manifestement pas toi et les autres fans habituels. Et ça s'appelle probablement aussi "j'ai un loyer à payer".
Le cuisinier qui te prépare ton assiette au resto, c'est pas nécessairement ce que lui aurait mangé, mais il ne critique pas ton choix, il fait ce que t'as commandé. C'est sa job. C'est leur job à eux de faire de la musique, celle qu'on leur commande, "on" étant leurs fans et "on" étant n'importe quel autre client.
T'as déjà fait pareil pour de la visibilité (ou le loyer) Pat...come on.
J'allais dire HYPOTHEQUE mais Butterfly l'a dit avant moi ...
Frédéric: J'attends aussi le prochain album avec impatience. Je ne crois pas qu'il ressemblera à ce qu'ils ont créé pour Montréal-Québec.
Mme.sans.coeur: Moi non plus
Olivier: Lapointe, je m'en fous un peu, je n'aime pas ça. C'est de voir les LL associé à ça qui m'a fait sursauter.
Isabellita: C'est une façon de le voir mais est-ce que les séries de télé-réalité sont de la culture du peuple pour autant?
MatPoi: Moi de même! Pus capable que les deux villes se voient constamment en compétition!
Pascale: Je comprends que c'est une commande. Mais Les LL ont toujours décrié ces méthodes. Me semble que c'est ce que Batlam avait dit d'ailleurs après sa prestation à Star Académie.
Shirley: Je ne connais pas l'ampleur de leur compte de banque. Mais comme je disais à Pascale plus haut, ils se sont toujours opposés à ce genre de "facilité artistique".
Toi aussi Pat tu t'es toujours opposé à ce genre de "facilité" et pourtant, t'as déjà pondu pour Elle Québec et t'as lâché Radio-Can pour TVA...à la limite, quand t'étais à CISM, j'aurais même pas été étonnée que tu vendes ton cul à CKOI si t'en avais eu l'occase (à tout le moins, tu t'étais quand même posé la question et de mémoire, la réponse n'était pas si évidente). Je trouve juste que la pierre lancée est un peu trop facile et manque de crédibilité.
Tu sais aussi bien que moi que les artistes crèvent de faim la plupart du temps. T'as le droit de pas aimer ça, mais t'as pas le droit de les blâmer de vouloir payer leur loyer (ou même de manger du caviar, t'as pas à juger de leur motifs). Y en a plein qui le font et c'est juste normal je pense.
Tu peux pas comparer. J'ai lâché une job que je détestais à Radio-Can pour une job que j'aime à TVA. J'ai pas changé quatre trente sous pour une piastre.
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