30 août 2009

S'oublier

Tu vois Pat, t'es un bon gars. Sans blague, les gens t'aiment. T'es drôle, intelligent, allumé, cultivé, beau bonhomme, tu fais la cuisine, le lavage, le ménage, tu gagnes vraiment à être connu, tsé. Mais tu vois, t'as aussi des méchants défauts. T'as une maudite tête de cochon, t'es obstiné, soupe au lait, t'es incapable de prendre la critique, y a pas moyen de te parler ou de te demander quelque chose sans que tu grimpes dans les rideaux mais surtout, surtout, t'es incapable de te rendre compte qu'y a des gens autour de toi qui existent.

Il existe trois écoles, celle qui parle de soi pour rejoindre les autres, celle qui fait semblant de parler des autres pour ne parler que de soi et celle qui observe, avec le souci de transmettre ce qui est devant soi.

Toi Pat, tu fais souvent partie de la deuxième catégorie. Incapable de t'oublier, tu parles souvent des autres pour mieux te mettre de l'avant. Il serait temps que t'apprennes à t'oublier un peu, pour vrai, sans faux-semblant, avec une vraie grandeur d'âme, parce que t'es pas tout seul ici-bas. Parler des autres parce qu'ils sont intéressants et surtout parce que parler des autres, ce n'est pas menaçant pour toi.

Ça nous ferait du bien à tous. Mais ça te ferait surtout beaucoup de bien à toi.

27 août 2009

Lecture digitale

Et je ne parle pas de Louis Braille.

Québécor/Archambault/ADP annonçait en grande pompe hier le lancement de leur tout nouveau site de vente en ligne de livres numériques, jelis.ca (prononcer Je lis et non djèlisse (quoiqu'on dirait que ça fait Jello). Le nouveau portail offre déjà une vingtaine de milliers de titres à télécharger et Québécor se targue d'avoir accouché de la première boutique de livres numériques francophones en Amérique du Nord (difficile d'en être autrement mais bon...)

Vous connaissez mon avis sur la question des livres numériques. Je ne me répéterai pas encore une fois. Ceux qui l'ignorent, allez voir ici. Mais je m'assagis, je m'ouvre, j'entrevois une possibilité de me faire happer par la vague électronique pour certains types d'ouvrages, les magazines par exemple. Mais quand j'examine le portail de Québécor, je me résonne. Ce n'est certainement pas en me vendant des bouquins numériques à vingt-cinq dollars qu'ils vont obtenir ma conversion! Frère Untel est mieux de sortir la strap parce que je vais résister. Non mais, c'est quoi la joke? Vingt-cinq piastres pour un livre sans papier, sans carton, sans frais d'impression ou de distribution! Come on! Même les producteurs de musique l'ont compris. Qui s'en mettra plein les poches, vous pensez? Les auteurs? Laissez-moi me pisser dessus. Les distributeurs doivent se rouler par terre en gang en riant à gorge déployée en ce moment. Si les bonzes de l'édition veulent que les gens suivent le courant numérique, va falloir qu'ils baissent drastiquement les prix, de l'ordre de 65%, voire 70% ou même 75% du prix ordinairement vendu, sinon y aura pas âme qui suivra.

J'échangeais rapidement sur le sujet avec Marc Desjardins hier qui croit que le salut viendra pour la littérature numérique lorsque le milieu de l'édition réussira à vendre leurs bouquins sur une base de temps limitée, un peu à la façon des prêts des bibliothèques. Sans blague, imaginez pouvoir louer le tout dernier best-seller de Machin Machin pour une période de trois mois pour une somme modique, disons trois dollars. Vous imaginez le succès que connaîtrait un tel système? Mettons que ça donne envie de partir une librairie en ligne demain matin...

26 août 2009

Du piquage d'idées

Voilà, le verdict est tombé. Cinar devra payer la mignonnette somme de 5,2 millions de dollars à Claude Robinson pour cause de plagiat. Après plus de quatorze ans d'un combat qui semblait éternel, la Cour Supérieure a enfin donné raison à l'auteur qui s'était fait voler ses droits.

Une juste décision de la part de la Cour Supérieure qui aura comme effet, souhaitons-le, d'empêcher les voleurs d'intellect de cracher et s'essuyer les pieds sur les plus petits. En tant qu'auteur, je suis très heureux d'une telle décision. M'étant moi-même fait piquer des idées à quelques reprises, j'espère qu'on y pensera deux fois avant de me sucer impunément le jus de la tête. Mais j'en doute. Parce que je n'ai ni les couilles, ni la patience, ni l'énergie, ni les 2,4 millions de dollars à perdre dans une telle lutte. Tout comme 99,9 % des auteurs, musiciens et autres artistes d'ici. Je le sais, et les salauds de ce monde le savent aussi.

Le pire, c'est que la partie n'est pas gagnée pour autant. Vous gagez que Cinar ira en appel, question d'humilier l'auteur un peu plus? Qu'ont-ils à perdre maintenant?

24 août 2009

Une overdose de Patrick Dion l'écrivain

Fol allié. C'est le titre de mon roman. Les jours d'été s'égrainent (mais ne se fument pas). L'automne approche à grands pas (and so does la publication de mes efforts littéraires). Je suis fébrile mais je crains. Merci docteur, je crois que je suis normal.

La Grenouille Bleue, la nouvelle maison d'édition qui publiera mon récit à l'hiver prochain, tient maintenant son propre blogue. Elle y dépose des extraits et de courtes biographies de ses auteurs.

C'est ici que j'entre en scène. Silence! Lumière! Malaise...

Me voici, tout nu devant vous, dépouillé, pas de rideau, pas de fard, pas de cheveux. Ceci est mon corps livré pour vous comme dirait l'autre (j'ajouterais Prenez et mangez en tous mais je m'en abstiendrai). Vous en apprendrez un peu plus sur mon parcours, sur certaines personnes qui m'inspirent et sur ce roman, ce bout de moi qui arrive à grands pas.

La Grenouille Bleue s'est du même coup amusée à nous faire remplir une version modifiée du questionnaire de Proust. Vous connaissez ma tendance à ne pas toujours prendre les choses au sérieux. Étais-je pour m'empêcher de niaiser en remplissant un questionnaire sur moi? Surtout pas. Mais malgré le ridicule de certaines réponses, vous en apprendrez tout de même beaucoup sur la personne qui se cache derrière tous ces écrits.

Edit 25 août: Confirmation de la date du lancement: 1er février 2010

23 août 2009

Stéfani

J'aime Stéfani Meunier. Voilà, c'est dit. Je l'aime. Je l'aime tellement que j'y ajoute ce coeur, traversé par la pointe d'une flèche qu'on trace au feutre sur les murs des toilettes et où on aurait inscrit P.D. + S.M., sans le gai ou le sado-maso.

J'aime Stéfani Meunier pour l'ensemble de son oeuvre: Au bout du chemin, son recueil de nouvelles, ou encore Ce n'est pas une façon de dire adieu. Parce qu'à chaque rendez-vous, j'ai toujours eu hâte et envie de la revoir. Cette fois-ci, j'attendais impatiemment Et je te demanderai la mer, son tout dernier roman, qui s'est avéré être une brise de douceur et de pardon, une armure contre l'amertume et la hargne, une porte de sortie vers l'espoir.

Une histoire toute simple de rendez-vous manqués et d'autres inespérés, de cette vie qui nous emmène souvent là où on n'aurait jamais pensé aller, de cette façon si propre à la race humaine de s'en sortir en faisant du mieux qu'elle peut avec les outils qu'elle a. Un récit de nos forces et de nos faiblesses, un état de ce que l'on est intrinsèquement, beaux mais complexes, sensibles mais torturés, confiants mais inquiets et angoissés. Une histoire humaine comme tant d'autres, comme la mienne, comme la vôtre.

Un récit vu des yeux de plusieurs personnes. Une première partie qui fera peut-être penser, dans sa façon d'être racontée, à La Route de Cormac McCarthy mais en tellement plus intéressant. Moi, La Route, vous savez, elle m'a fait bâiller, m'a même fait verser quelques gouttes de bave sur la couverture. Mais dans Et je te demanderai la mer, j'étais plus qu'un spectateur de ce noyau familial, j'en faisais partie. Tiens Stéfani, je te le donne, moi, ce Pulitzer.

Bien sûr, le roman n'est pas parfait. Un léger cafouillis s'installe au milieu de l'histoire. Mais il est trop tard pour décrocher, on est déjà complètement accro. Stéfani a su nous refléter notre propre vie en pleine tronche en créant des personnages attachants, humains et vrais. Et moi, vous savez, l'authenticité...

20 août 2009

Maudite insécurité de merde

J'émerge, tranquillement. Après une dizaine de jours de vacances bénéfiques en Gaspésie (et même si je me suis fait réveiller à 6h15 à presque tous les jours par les gazouillis d'un poupon de 15 mois), j'ai vraiment décroché. Exit total la télé, out la radio, presqu'adios Internet. Ça me fait toujours rire quand je constate à quel point ma vie ne s'auto-détruit pas lorsque je pèse sr le bouton off du web. Je me fais bien rigoler à avoir toujours peur de manquer quelque chose, à craindre d'être oublié. Je m'aperçois bien à mes retours que c'est pas plus grave que ça de virtuellement s'absenter une fois de temps en temps. Je me rends bien compte que je ne suis jamais remplacé par un robot durant ces pauses estivales. Maudite insécurité de merde.

En ce moment, j'ai le pied coincé entre des vacances qui n'en finissent plus de finir et un contrat qui a été repoussé à la troisième semaine de septembre. Depuis mon voyage à Las Vegas fin juin, j'ai complètement cessé toute activité d'écriture. Écoeurantite aigüe? Surtout hâte que mon premier roman sorte avant d'avancer le second. Parce que bien que j'aie déjà une cinquantaine de pages d'écrites, je suis complètement figé. J'ai aucune envie de faire couler l'encre. C'est peut-être l'attente des réactions, la peur des critiques qui commencent à se faire sentir. Je veux peut-être savoir si ça vaut la peine de continuer dans le même sens. Nicolas Dickner disait en entrevue que la publication d'un deuxième roman séparait les adultes des enfants. Peut-être ne suis-je qu'un bébé écrivain, un foetus d'auteur? Mon premier roman n'est peut-être rien d'autre qu'un billet gagnant tiré dans le chapeau de la littérature? Maudite insécurité de merde.

J'ai hâte de bouger. Moi qui avais hâte de recommencer à Vlog, va falloir que je patiente encore un peu. Et arrêter de m'inquiéter de l'argent qui sort plus vite qu'il ne rentre. Maudite inséc... ouais, bon, vous avez compris.

18 août 2009

Les rendez-vous

Les rendez-vous inattendus, ceux qu'on ne voit pas venir, ceux qui se glissent tranquillement dans les pauses estivales, entre la brise chaude d'une petite baie ou celle plus fraîche d'une mer agitée. Les rendez-vous hors de l'espace, du quotidien, ceux où l'on se laisse guider, les yeux fermés, par les mains amicales tendues, ces gens qui nous connaissent souvent beaucoup plus que l'on ne croit. Ces rendez-vous de vacances d'été, comme des amours adolescentes, où l'on se laisse bercer par le va-et-vient du temps qui met doucement les freins, ceux qui marquent l'imaginaire et l'esprit pour les longs jours à venir.

Une quinzaine de mélomanes, vingt peut-être, pas plus, roulant des épaules jazz, tapant des pieds rock et souriant des airs piano, piano, piano... Elle, Klô Pelgag, de son vrai nom Chloé Pelletier-Gagnon. Ouais je sais, ça sonne weird. Mais ne vous fiez pas à ça. Ormis cet étrange amalgame de noms pour représenter son band, la jeune fille n'a rien d'un extra-terrestre. Ou si, peut-être un peu. C'est qu'elle est bête de scène, c'est qu'elle a une voix extraordinaire et c'est qu'elle sait faire danser ses doigts sur le dos droit de son piano. Rappelez-vous bien son nom car d'ici quelques temps, il sera sur toutes les lèvres.



Et puis il y a aussi ces amusants rendez-vous manqués, alors que vous aviez le dos tourné, où la nature a décidé de reprendre ses droits, même quand ceux-ci se retrouvent dans votre bac de compostage. Trop fort le piment.

14 août 2009

La mode gaspésienne

La vie coule, toute gaspésienne, la baie soufflant sa chaleur et ses ondes tranquilles au sud alors que les champs valsent, au nord de notre abri, sur la musique de notre quiétude. Bonaventure étend ses bras pour me caresser alors que Ste-Anne-des-Monts vient tout juste de bénir mon départ. Cinq ou six jours derrière moi, déjà, et je ne les ai pas vus passer. Le temps me nargue de son sable qui s'écoule dans le sablier de mes vacances. À moins que ça ne soit ça, une vraie plage horaire.

Il y a deux jours ou un siècle, mes jambes ont gravi le mont Jacques-Cartier, droit et fier de ses 1270 mètres, où règnent ses majestueux caribous, maîtres des haut-lieux. Deux heures de marche pour se retrouver au deuxième plus haut sommet du Québec qui par contre est le seul à être fréquenté. Le mont Iberville, le plus haut de la province, est situé dans les Torngats, au nord du Québec et n'est accessible par aucun sentier pédestre. Je peux dire que je fus, l'espace de quelques instants, l'être humain le plus élevé de la province. J'ajouterais que je fus au sommet de ma forme. Puis, deux autres heures pour redescendre ce paysage nordique, où les vents et la température refroidissent les plus belles ardeurs. Le mercure rafraîchissant d'un degré à chaque cent mètres d'altitude, le calcul procure quelques frissons. À mille mètres d'altitude, la nature, aride, reprend tous ses droits. Les caribous nous ouvrent même la voie.



Il ne nous reste que quelques jours ici puisque nous serons de retour mardi prochain. D'autres souvenirs suivront bien. D'ici là, vivez bien.

6 août 2009

POP, musique à mes oreilles

Vous connaissez ma relation avec l'Internet corporatif. Quand on se sert du Web pour mousser des produits de consommation, je sais pas pourquoi, ça me donne des boutons, de l'urticaire et ça me fait grincer des dents. J'en parlais justement dans mon billet précédent. Alors imaginez ma surprise lorsque j'ai reçu une invitation à essayer hier soir le concept POP! Bar à vin, un restaurant situé sur l'avenue Des Pins, en compagnie de quelques amis journalistes et blogueurs triés sur le volet: Marie-Julie Gagnon, Gina Desjardins, Cécile Gladel, Cindy Laverdière et Jean Aymeri (je sais, les gars, vous vous mordez les doigts en ce moment). Mais bon, croyez-vous vraiment que j'étais pour acquiescer à leur offre basse et mercantile? Bien sûr que oui! Je suis parfois une pute et je ne suis pas à un paradoxe près, surtout quand on m'offre d'aller déguster quelques mets et vins en excellente compagnie, tout ça sur le bras du proprio.

Mes collègues, propulsés par leur appareil-photo, cellulaire, caméra vidéo et autre techno-gadget, s'en sont donnés à coeur-joie en prenant cette fiesta de nourriture sous tous ses angles. Et moi, dans le coin gauche, armé uniquement de ma bouche, de mes doigts et de mes autres sens en éveil, je me suis délecté silencieusement (bah ok, pas si silencieusement que ça), ma concentration toute dirigée dans le mariage parfait des plats et des bouteilles choisies.

Cinq services, présentés dans un crescendo d'émotions gustatives. Je ne vous ferai pas une description de tout ce que j'ai ingurgité, l'espace sur ce blogue manquerait. Allez plutôt voir la carte disponible en ligne pour vous en donner une petite idée. Bien sûr, je n'ai pas tout aimé ce qu'on m'a servi, tous les goûts étant dans la nature. J'ai peu raffolé de la tarte au boudin et oignons caramélisés ou encore des pâtés, rillettes, mousses et charcuteries entièrement confectionnés sur place et faisant, ironiquement, la fierté de notre hôte. C'est que je suis peu carnivore. Par contre, je dois avouer que ce matin, je garde en mémoire un deuxième service parfait, où les pétoncles glace à la moutarde, le tartare de saumon et la salade de crevettes, orange et curry se mariaient à un excellent Argyros Atlantis grec. Avec sa petite note citronnée en finale, la combinaison vin-poisson m'a complètement jeté en bas de ma chaise. Quelle découverte gastronomique! J'ai d'ailleurs passé la soirée à répéter au maître d'hôtes à quel point sa sélection de vins était judicieuse.

Vous direz bien ce que vous voudrez, vous me pointerez du doigt et m'invectiverez, vous m'affublerez de tous les noms, vous me crucifierez et pillerez ma tombe (ok, j'exagère peut-être un peu). Mais maintenant que j'ai brisé le sceau anti-corpo, j'assume. Pour avoir pu déambuler dans le paradis de Bachus hier, coupe en main et aligoté aux lèvres, je sens que je vais commencer à y prendre goût. Je demande ça comme ça mais y a pas quelqu'un qui a des caméras, baladeurs, cellulaires ou vélos à tester?

5 août 2009

En ondes à... Québec?

J'étais invité en entrevue au FM93 de Québec hier, pour parler de cette abracaca abradaca adraba incroyable histoire sur ce père irresponsable qui a mis tous les membres de sa famille en danger en laissant son garçon de sept ans conduire sa voiture sur une route de la Côte-Nord. En fait, j'étais surtout invité pour parler des gens qui s'auto-condamnent en publiant des vidéos d'eux-mêmes commettant un acte criminel. L'entrevue, que je croyais être réglée pour deux ou trois minutes, s'est avérée en fait être un échange sur le phénomène Internet d'une bonne quinzaine de minutes. Une chance que j'avais pris mon Nescafé!

L'entrevue est ici. Choisissez la journée du mardi 4 août, entre 8h et 8h30. Bonne écoute!

3 août 2009

Coeur de pirate, dénudée de principes?

Grâce à Marc Desjardins, grand homme de talent et compatriote Facebookien, je suis tombé sur cette nouvelle chanson, Ouvre du bonheur, crée pour Coke et interprétée en "langues officielles" par le rappeur canadien Kardinal Offishal, par Jay Malinowski, membre du groupe Soundclash et par la montréalaise Coeur de pirate. La belle Béatrice n'a pas à s'en soucier, le fantôme de ses photos érotiques semblent bien être derrière elle maintenant que la méga-corporation américaine vient de placer toute sa confiance en elle.

Je regarde la vidéo et je la trouve plutôt chouette, légère et pétillante, un peu à l'image de la boisson qu'elle représente. Mais je ne peux m'empêcher de sentir un certain malaise face aux artistes qui vendent leur âme à ces corporations, surtout lorsqu'on s'affiche rebelle et anti-mondialiste. J'avais ressenti le même malaise il y a de cela quelques années alors que Malajube vendait sa chanson Ton plat favori à Zellers dans le cadre d'une campagne de pubs pan-canadienne. J'ignore pourquoi, je n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qui me chicote tant. Je devrais pourtant me réjouir que les artistes alternatifs d'ici s'exposent aux yeux du monde entier, exportent leur talent hors du pays et réussissent enfin à vivre de leur musique et de leur voix. Je sais pas, c'est peut-être justement le terme alternatif qui vient gâcher mon fun, comme si on n'arrivait même plus à trouver d'alternatives pour s'empêcher de tomber sous les dents voraces du gros monstre capitaliste.

2 août 2009

L'été c'est la musique

Cet été, je me découvre être particulièrement boulimique de spectacles. J'en vois pas mal, j'en veux toujours plus. C'est ce qu'il y a de particulier avec les étés de Montréal, la musique sort en même temps que les jolies filles et les jupes courtes. Ça donne le goût de danser tout ça. Malheureusement, cette année, on a plutôt l'impression d'avoir fait la danse de la pluie.

Cette faim particulière n'a rien à voir avec le Festival de Jazz de Montréal, qui m'intéresse autant qu'une ondée de juillet. À part le show de Patrick Watson, je n'en ai vu aucun. Même celui de Watson m'a vu prendre mes jambes à mon cou au bout d'une trentaine de minutes pour aller me réfugier devant un écran à trois cents mètres de la scène, où les badauds ne se pilaient pas sur les pieds et ne se foutaient pas des coups de coude à la gueule.

Je me rappelle aussi ce petit spectacle intime de Guillaume Arsenault au parc des Compagnons de St-Laurent durant Nuit blanche sur tableau noir. Le son de cette slide guitar me transporte à chaque fois, me faisant voyager dans les bayous Louisianais et sur les vieux balcons décrépis des guitaristes Noirs du milieu du vingtième siècle. Le son d'hier aujourd'hui. J'aime. C'est ce qui m'a donné envie de retourner voir Guillaume Arsenault aux Francos hier. Contrairement au FIJM, j'adore les Francos. Mon amour des musiciens d'ici pourrait à lui seul justifier mon déplacement dans le Quartier des spectacles. Mais le fait que la popularité des Francos est moindre me permet aussi de garder une parcelle de respect pour mes confrères festivaliers. Je pense que je suis agoraphobe...

Mais l'horaire que je m'étais fixé hier soir a complètement été chamboulé par la grâce divine et par la gentillesse d'une camionneuse mélomane. À force de dire que j'étais jaloux qu'elle ait obtenu des billets de faveur pour le show de Malajube hier, mon désespoir a fini par la faire craquer. Armé de son front de beu légendaire, elle a réussi à dénicher un billet supplémentaire pour ma carcasse.

Excellent show de la troupe de Julien Mineau et sa bande dans un Métropolis rempli au trois-quarts. Faut croire que le monde avait envie de profiter de la seule journée d'été qui nous était offert. Julien arborait un petit look fresh du milieu des années quatre-vingt qui lui donnait des airs de François Létourneau, P.A. dans Les Invincibles. Bizarre, j'attendais à tout moment l'apparition de Phantoman ou de Lyne-la-pas-fine. Excellent spectacle donc, à la hauteur de celui que j'avais vu précédemment au quinzième anniversaire de CISM. Mais pourquoi Julien ne dit-il jamais rien? Comment se fait-il que le groupe n'adresse jamais la parole aux fans en délire, se contentant d'enchaîner leurs succès comme un papa dans une maman bien huilée? Je repensais hier à des spectacles de Daniel Bélanger, habile conteur, qui sait tellement comment amener son public là où il veut avec des anecdotes et des histoires toutes plus incroyables les unes que les autres. En 2009, tu te dois d'être plus qu'un musicien pour garder tes fans. Tu dois maintenir ce lien privilégié et fragile qui s'établit lors des spectacles en parsemant ta prestation de clins d'oeil, en communiant par la parole avec tes disciples qui en prennent et qui s'abreuvent jusqu'à plus soif. Tu te dois d'être autant un artiste qu'un entertainer. Ça explique souvent la longévité et c'est ce qui fait que certains se démarquent plus que d'autres dans ce gigantesque fouillis de possibilités musicales.