À WebTV Hebdo, on nous approche parfois pour avoir notre avis sur la situation de la webtélé au Québec et ailleurs dans le monde. Vous savez ce que nous sommes: de bons samaritains au grand coeur, toujours prêts à aider notre prochain. Je me suis fait approcher la semaine dernière par une jeune étudiante à la maîtrise qui réalisait un mémoire de fin d'études sur la rencontre entre les deux sphères médiatiques que sont la télévision et Internet. Elle désirait avoir nos impressions sur la relation particulière qui existe entre les deux mondes et sur la manière dont la webtélé tire son épingle du jeu pour se faire valoir face à ce nouveau concurrent de taille. Elle voulait également connaître la mission de WebTV Hebdo et ce qui nous avait poussé à créer le site. Je lui ai donc pondu quelques lignes sur le sujet et sur la situation en général de la webtélé au Québec. Puis je me suis dit que ça serait aussi une bonne idée de partager cet avis avec vous, question de savoir ce que vous en pensez, où vous vous situez dans tout ça et comment vous entrevoyez l'avenir à court et moyen terme de cet univers en constante ébullition qui en est encore malgré tout à ses premiers balbutiements. Alors voici, prenez et mangez en tous, ceci est mon avis livré pour vous (dingilingiling):
Le buzz des diffuseurs standards qui s'intéressent au web est relativement nouveau. Au tout début des webséries, la télévision (et les journaux et la radio) voyait en Internet une mode plus ou moins passagère. Ils savaient qu'Internet était là pour rester mais ils ne pouvaient se douter que les gens modifieraient leur façon de consommer du divertissement. C'est que la télé a toujours cru qu'elle détenait la vérité. Mais voyant l'engouement de la population pour certaines séries (je pense entre autre aux Têtes à Claques) et surtout à la possibilité de faire de l'argent via le web, les diffuseurs se sont lentement tournés vers le web. Au tout début, ils ne savaient pas trop comment aborder le phénomène. Reprises de séries déjà diffusées sur Internet (TAC), segments d'émissions diffusées à la télé, y compris certaines exclusivités (Archives Radio-Canada, Tout sur moi, etc.), diffusions en direct et reprises d'émissions standards puis finalement de nouvelles séries faites strictement pour le web (Mère Indigne) ont graduellement fait leur apparition. La télé a longtemps attendu de voir la direction que prendrait le Web avant d'oser se lancer dans l'aventure. Le problème, c'est que sur le web, les courants changent rapidement et il n'existe pas de format standard et préétabli. Une série peut comprendre des capsules de 2 ou 3 minutes allant même jusqu'à 15 minutes ou plus. Ces dernières peuvent être regroupées dans des groupes d'épisodes fermés (MaBlonde.tv) ou pas (Chez Jules). À cause de toutes ces variables, les producteurs télévisuels indépendants sont encore craintifs à suivre le mouvement alors que les diffuseurs y vont en ce moment à tâtons. Bien sûr, Monsieur et Madame Tout le monde peut posséder sa propre websérie, mais ce sont encore les grands diffuseurs (et les créateurs professionnels) qui ont l'argent pour créer des séries de qualité et qui savent comment faire. Cette tendance ira, à mon avis, en augmentant. Surtout qu'il est beaucoup moins dispendieux pour eux de créer une série pour le web que pour la télévision. Ne reste plus qu'aux publicitaires à emboîter le pas. Et ce sont les diffuseurs qui réussiront à leur vendre la plus value du web, surtout grâce à son public ciblé. Sinon, comment expliquer que des émissions comme Bazzo.tv réussit à vendre du temps d'antenne plutôt cher alors qu'elle n'attire qu'une dizaine de milliers de téléspectateurs et qu'une websérie comme Mère Indigne attirant trois voire quatre fois plus de personnes trouve difficile de placer de la pub à faible coût. L'argent se fera (aujourd'hui et pour les prochaines années à venir) dans la cour des diffuseurs standards (et des maisons de production). Mais qui sait, tout ça pourrait changer du jour au lendemain. C'est un peu ça le web.
Il existe en ce moment une trentaine de webséries "sérieuses" au Québec (je ne compte pas les chaînes Youtube des utilisateurs qui se servent de leur caméra à toutes les sauces dans la vie de tous les jours). Les États-Unis sont définitivement en avance sur nous, avec trois ou quatre séries qui voient le jour à chaque semaine. Plusieurs d'entre elles font d'ailleurs de l'argent. Il faut tout de même avouer que c'est pas encore le Pérou, même pour eux. Tout le milieu sait que l'avenir passe par le web mais personne n'a encore trouvé le modèle parfait pour rendre tout ça rentable. Au Québec, les Têtes à Claques et Bombe.tv ont réussi à tirer financièrement leur épingle du jeu. Par contre, dans le cas de Bombe, ils fonctionnent beaucoup par placement de produit pour ce faire. Les autres essaient encore de trouver la recette secrète en y allant à coups d'essais et erreurs. Quand aux TAC, ils ont l'avantage d'avoir été les premiers. C'est un peu ça qui garantit le succès aussi. La France, elle, semble plutôt en retard sur le phénomène, malgré les soixante millions d'habitants qui composent l'Hexagone. Je ne comprends pas trop pourquoi.
On a décidé de créer WebTV Hebdo pour des raisons très différentes les uns des autres. Personnellement, je voulais le faire parce que j'ai toujours cru au talent créatif des Québécois. La télé, les journaux, la radio, l'édition ne montrent que la surface de ce qui se fait ici. Je me suis toujours fait un point d'honneur de faire découvrir les talents cachés. Je l'ai fait à la radio et j'avais envie de le faire sur le web parce que la plate-forme de création est sans limite: il y a autant de musiciens que de vidéastes que d'écrivains sur Internet. Mais le surplus d'information créé un océan où il peut être ardu de se retrouver. C'est pourquoi il est important qu'un site comme WebTV Hebdo existe. Pour dénicher les séries, eh bien, on surfe sans arrêt. On erre sur les sites spécialisés, on lit beaucoup et on tend l'oreille. À part les fils RSS, il n'y a pas de recette secrète non plus. C'est le nombre d'années d'expérience qui fait qu'on finit par savoir de quoi on parle (mais on peut toujours se tromper quand même!)








