Pas la suite comme dans "C'est moi qui possède le tome quatre!" Meuh non, la suite comme dans "Après vous en avoir parlé la semaine dernière, j'ai finalement été poser mes fesses sur les sièges moelleux du cinéma du Quartier Latin hier après-midi."Pourquoi ai-je choisi le Quartier Latin alors qu'il y avait une présentation au Beaubien juste à côté de chez moi? Parce que bizarrement, le cinéma du Quartier Latin est la seule salle à présenter la version originale sous-titrée français dans la grande région métropolitaine. C'est quand même étrange lorsqu'on considère que la mission du Beaubien est de présenter du cinéma d'auteur et qu'ils ont aussi en ce moment à l'affiche un film japonais en version originale. Mais bon, je m'égare.
Millénium. Tome 1. L'homme qui n'aimait pas les femmes.
J'étais un peu craintif, je dois l'avouer, avant d'aller m'asseoir dans la petite salle 1 du cinéma. C'est que de condenser une oeuvre si volumineuse dans un film équivaut pour un scénariste à marcher dans un champ de mines avec des kayaks pour souliers. On sait ce que ça a donné avec la série des Harry Potter. Hé bien vous savez quoi? J'ai tout simplement ADORÉ le film. Même après avoir lu les trois briques littéraires, même après avoir imaginé les personnages déambuler dans leur quotidien, après les avoir vu vivre et respirer, après avoir été pendant plusieurs semaines le metteur en scène de leurs aventures, je suis demeuré sur le bout de mon siège durant les deux heures trente que dure le long-métrage. Et incroyablement, même s'ils ont pratiquement escamoté Erika Berger et l'affaire Wennerström du récit, le film ne s'en trouve à mon avis que resserré. Là où le livre traînait en longueurs, le film livre la marchandise et offre un thriller haletant et efficace qui nous rive sur place. Les personnages, plus vrais que nature, sont exactement tels que mon cerveau les avait imaginés. Il n'y a que l'île de Hedeby et ses maisons qui sont légèrement différentes de ce que j'avais en mémoire. À ce niveau c'est une réelle réussite.
Et il y a Lisbeth Salander. Lisbeth, plus punk que gothique finalement, mais totalement attachante et charismatique. J'avais craqué pour cette fille complètement à côté de la plaque dans le récit mais maintenant, j'en suis raide-fou-dingue. Lisbeth, tatouée, percée et assumée. Lisbeth, magnifiquement jouée par l'actrice Noomi Rapace, qui vous en mettra plein la gueule dans un rôle plus grand que nature. Parce qu'il y a la violence derrière tout ça. Une violence sourde, silencieuse, froide. Une violence graphique aussi, qui vous fera tressaillir et vous remplira d'inconfort. Une forme de violence à laquelle on assiste peu de ce côté-ci de l'Atlantique. Et Lisbeth qui l'incarne, bête blessée mais forte, qui la prend toute sur ses minuscules épaules.
Une autre facette qui m'a totalement charmé est qu'on n'essaie jamais de nous prendre pour des valises. Jamais on ne tente de nous passer un sapin entre les dents avec des histoires abracadabrantes. Et ça aurait été possible nombre de fois. Je pense entre autres à tout l'aspect informatique du film. Jamais on ne fabule à nous faire croire à des impossibilités technologiques. Ce qui n'arrive que très rarement au cinéma.
Bien sûr, le film comporte ses défauts. Il sera peut-être ardu pour le cinéphile n'ayant pas lu l'oeuvre de 700 pages de s'y retrouver. Mais pour ceux qui l'auront justement lue, le film demeure une synthèse juste et précise de ce que l'esprit aura imaginé.
La table est maintenant mise pour le second tome, prévu pour voir le jour sur les écrans suédois en septembre prochain. Et j'ai très hâte.


















