Ok, c'est Noël. Bah pas tout à fait mais presque. Reste encore quelques respirations saines avant la folie d'envergure. Je dis ça mais presque un peu pour rien. Je ne sais pas ce qui me prend cette année mais j'ai des envies de fêtes, d'amour, de plaisir, j'ai des envies de souffler des bouffées de Joyeuses Fêtes. Je dois vraiment ramollir.Alors c'est Noël. Et comme on se lance toujours dans l'achat de cadeaux pour les autres, je me suis dit : Tiens, pourquoi ne pas s'en faire à soi? S'il y a quelqu'un qui le mérite, c'est bien nous, non? On a quand même le bénéfice d'avoir passé au travers de l'année, ce qui n'est pas peu dire. À bien y penser, c'est dire peu tout de même.
Donc, vous avez décidé de vous faire un cadeau. Mais quel cadeau méritez-vous? Quel présent saura vous rappeler l'année 2009? Et c'est là que j'interviens. Si vous n'avez qu'un seul cadeau à vous offrir, c'est celui-ci: Une partie du tout, de Steve Toltz. Cet écrivain australien a parcouru le monde entier, de Montréal à Paris en passant par Vancouver et Barcelone. Il a exercé une foule de métiers divers: cameraman, professeur d'anglais, agent de sécurité et même détective privé. Ça donne une idée de sa palette de couleurs. Cet homme-orchestre a donc accouché de son premier roman en 2009, Une partie du tout, qui relate les aventures de Jasper Dean, un gars ordinaire qui vit une révolte ordinaire envers son père Martin, misanthrope étrange et hurluberlu bipolaire, qui a lui-même passé sa vie à fuir l'ombre de son frère Terry, bandit notoire et star du crime.
À première vue, cette odyssée familiale pourrait sembler d'un ordinaire à vous endormir debout. Mais détrompez-vous. Ce roman philosophique aux rebondissements constants est drôle, profond, surprenant, touchant, prenant et est, à mon avis, le meilleur livre que j'ai lu depuis les cinq dernières années. Et c'est parce que je ne sais pas compter plus loin. Deux exemples. Le premier, un extrait du journal du père.
Ce matin est passé un mendiant horriblement déformé qui était en réalité un torse qui faisait tinter une sébile - était-ce vraiment moi qui lui avait donné 100 francs et dit: Prenez votre journée? Ce n'était pas exactement moi. C'était un de mes moi, un de mes innombrables moi. Certains se moquent de moi. D'autres se rongent les ongles d'anxiété. Il y en a un qui émet des grognements de dérision. C'est comme ça qu'ils sont, les innombrables moi. Certains des moi sont des enfants et d'autres des parents. C'est pourquoi chaque homme est son propre père et son propre fils. Avec les années si on apprend assez on peut apprendre à se débarrasser de ses soi comme de cellules mortes de la peau. Parfois ils sortent de vous pour se balader.
Oui je suis en train de changer. Le changement c'est quand les nouveaux moi viennent au premier plan tandis que les autres reculent dans des paysages abandonnés. C'est peut-être ça la définition d'une vie pleinement vécue, quand chaque citoyen dans la salle des soi a l'occasion de vous faire faire un petit tour: le commandant l'amant le lâche le misanthrope le lutteur le prêtre le gardien de la morale le gardien de l'immoralité l'amoureux de la vie celui qui hait la vie l'imbécile le juge le juré le bourreau ; quand chaque âme est satisfaite à l'instant de la mort. Si seulement un des moi n'a été que spectateur ou touriste alors la vie est incomplète.
Et le deuxième extrait, une partie de la conclusion:
C'est pourquoi la plupart des médecins reconnaissent discrètement que la dépression, le stress et la douleur affectent notre système immunitaire, tout comme la solitude. En fait, la solitude est partiellement responsable des maladies cardiaques, des cancers, des suicides et même des morts accidentelles, ce qui signifie que se sentir seul peut conduire à une maladresse fatale. Si la solitude persiste, consultez votre médecin.
De grâce, faites-vous plaisir et garochez-vous acheter ce livre incontournable. Et passez un beau Noël si on ne se croise pas de nouveau.


6 commentaires:
Merci Patrick d'attirer mon attention sur ce titre pour lequel je n'ai vu aucune promotion.
Je vais offrir à mon tour ce cadeau à quelqu'un, qui me le prêtera...
Pour l'instant, je retiens: chaque âme est satisfaite à l'instant de la mort.
Très apaisant.
Merci Patrick,
Je suis allé le cherché a la bibliothèque et je vais le lire en vacance des fêtes. Je ne lis plus beaucoup, mais la je vais me forcer.
Génial! J'espère vraiment que vous l'aimerez autant que moi.
J'ai un doute : "était-ce vraiment moi qui lui avait donné 100 francs"
moi qui lui avais?
Je n'ai pas regardé dans le livre mais ça peut très bien s'être glissé dans ma retranscription. Je corrige. Merci.
Une piste de course fais autant l'affaire que se tas de lettre garoché a gauche et droite.
Moi tout se qui a du gaz et une pedale sa me rend heureux et c'est le plus beau cadeau que je puisse me faire.
Désolé de pas partager ta joie aussi debordante envers ton arbre coupé en million de morceau pour finir dans un autre arbre c'est a dire la bibliotheque.
Et dire que les intello et rat de bibliotheque se croit plus vert et plus ecolo que les gars de char.
Mon oeil vous abattez et polluez autant que nos bebelle a gaz.
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