9 juin 2009

Revendications paternelles

Imaginez que vous croisiez une connaissance dans la rue et que cette personne, au bout de quelques minutes de conversation, vous demande humblement si vous ne connaîtriez pas par hasard un excellent restaurant syrien. Ne vous y connaissant que très peu en cuisine moyen-orientale, vous vous exclamez: "Non mais par contre, j'ai un ami qui m'a parlé de Chez Alep sur Jean-Talon qui sert, apparemment la meilleure cuisine du genre à Montréal." La connaissance toute heureuse vous remerciera abondamment pour le hint et vous gambaderez gaiement dans vos directions respectives.

Dans la vie virtuelle, c'est souvent le contraire qui se produit. Et je ne comprends tout simplement pas pourquoi. Je me doute que ça aura peut-être l'air hyper enfantin comme récrimination. Mais je ne saisis pas pourquoi certains blogueurs empruntent les découvertes des autres blogueurs sans mettre leurs adresses en lien. Un simple via xyz, en 8 point et en italique ferait la job. Mais non, certains blogueurs dont des journalistes professionnels revendiquent la paternité de tout ce qu'ils croisent. Je comprends que lorsqu'un sujet est chaud, on finit tous par le croiser tôt ou tard. Mais parfois, ça frise l'impossibilité. Certains sont même devenus des experts en "adoption". Au point qu'on en est même plus surpris. Une fois ça passe mais lorsqu'on récidive à une dizaine de reprises, ça frôle l'indécence.

Mais de quoi ces journalistes ont-ils peur au juste? De ne pas avoir été les premiers à faire la découverte? De ne pas être aussi hot que leurs lecteurs pensent qu'ils le sont? Ou est-ce la crainte de divulguer leurs sources puis que leurs lecteurs les désertent? Cette pratique trop courante me hérisse le poil à chaque fois. Suis-je le seul à qui cette technique à l'opposé du professionnalisme pue au nez? N'est-ce pas complètement à l'opposé de l'esprit communautaire qui règne sur le Web d'agir de la sorte?

17 commentaires:

Francoisotis a dit…

Réponse à ton billet : C'est la démocratisation de la recherche de l'information.

Je m'explique. Twitter est un outil qui nous sert à aller chercher de l'information. Un journaliste c'est ça job que d'aller chercher de l'info mais de façon "Différente". Or ce que fait la démocratisation, elle donne accès à cette information à la masse (ou à une minorité de la masse qui sait comment utiliser Twitter (ou autre) afin d'aller chercher de l'info!)

C’est ce qui c’est passé avec Cadbury et le chocolat en Amérique. Avant 1900, le chocolat était une denrée rare prisé par la bourgeoisie. Or Cadbury à eu la brillante idée de produire la barre de chocolat à 5 cent accessible à la majorité de la société. Cependant elle n’avait pas la qualité du « vrai » chocolat, plus fin, moins de sucre. En ce sens la démocratisation apporte un produit à la majorité mais avec la plupart du temps un peu moins de qualité.

À mon humble avis, la révolution internet apport la même démocratisation de l’information. Et qui dit démocratisation dit tout le monde et il y tout sorte de monde.
Donc il ya des journalistes frustré parce qu’il a des gens avec peu de rigueur. Et il y a des bloggueur irrités parce qu’il y a des twitteux et des bloggeur sans scrupules !

Jean-Michel Vanasse a dit…

Salut Patrick,

Premièrement, je dois avouer que j'ai souvent le même sentiment que toi. Ça m'arrive chaque semaine. Je parle de quelque chose dans le Journal Techno ou sur Twitter et ensuite c'est repris sur d'autres blogues. On ne m'attribue pas la source. C'est frustrant, mais tellement normal.

Par exemple, dans le techno, les journalistes et les blogueurs ont souvent les mêmes sources d'informations. Il arrive donc normalement qu'on déniche les mêmes histoires intéressantes. On ne peut pas tenir pour acquis que tout le monde lise notre blogue ou regarde notre émission.

La semaine dernière, j'ai reçu un courriel concernant un vidéo d'un Québécois assez cool sur YouTube. Bon mon émission était 5 jours plus tard. Je l'ai donc annoncé sur Twitter. À ce moment-là, aucun blogueur n'avait parlé du vidéo. Le lendemain, ça s'est retrouvé sur le blogue d'un de tes amis. A-t-il trouvé ce vidéo via mon fil twitter ou a-t-il lui aussi reçu un courriel l'informant du vidéo ? On couvre tous le même milieu, on a les mêmes sources... Des situations comme ça arrivent et c'est normal.

Ce qui est plus frustrant, à mon avis, c'est que l'on entend toujours parler des mêmes WebTélé Québécoise. Pas sur le net, mais dans les médias traditionnels. Oui on fait connaître la WebTélé, mais à force de lire les textes dans La Presse ou entendre les entrevues à la radio, on a l'impression qu'il n'y a que 6-7 webtélé au Québec... En passant, je ne dis pas ça parce qu'on ne parle jamais de mon émission. C'est une constatation seulement.

Jean-Michel

Marie-Julie a dit…

Des noms! On veut des noms! lol

Sérieux, moi je me dis toujours qu'une fois un billet publié, tout peut arriver puisque l'info est rendue publique. Remarque que ça m'emmerde autant de voir une de mes idées reprises, que ce soit sur mon blogue ou dans un autre média. Mais ça fait partie de la game. D'une certaine manière, c'est flatteur.

Perso, j'essaie le plus souvent d'indiquer mes sources quand c'est possible (à l'imprimé, ces bouts-là sautent parfois). Simple question de 1- respect, et 2- pour me backer les fesses (remarque que je revérifie compulsivement les infos trouvées sur des blogues parce que la rigueur n'est pas la même pour tout le monde).

Mais effectivement, certains aiment bien avoir l'air de celui qui a «découvert le monde», au détriment du reste... Mais tôt ou tard, ils sont démasqués. Les gens se souviennent (en tout cas, moi je me souviens, et ceux qui m'ont fait le coup l'ont fait à d'autres par la suite).

Marie-Julie a dit…

P.S.: Je voulais dire «reprise DE mon blogue ou d'un autre média»...

Suis d'accord avec Jean-Michel sur ce point: on reçoit les mêmes communiqués, on lit les mêmes sites... Comme red chef, je me fais proposer des sujets similaires de temps en temps, pratiquement en même temps. Si je dis oui à l'un, l'autre dira-t-il que j'ai piqué son idée? Comme pigiste, je me suis aussi souvent demandé si ça'avait été le cas en voyant des idées que j'avais proposées rédigés par d'autres. Bref, tout ça pour dire que parfois, les sujets sont dans l'air du temps, tout simplement.

Cela dit, oui, les «voleurs» sont légion.

Martin Comeau a dit…

Bonjour Patrick, j'abonde un peu dans le sens des intervenants précédents, comment savoir aujourd'hui qui fut le premier à le dire, ou pire, comment attester que je suis bien celui qui a inspiré celui-là. Il va bien falloir se rendre à l'évidence, découvrir un truc web semble de moins en moins avoir une certaine valeur, sinon dans les lecteurs que nous avons pour les quelques fois où nous dénichons un truc que "nous croyons" être seuls à présenter dans une niche précise.

De plus, Twitter et son 140 mots, après quelques RT, je disparais souvent de la "source" et ma foi, je m'y suis de plus en plus et de mieux en mieux habitué.

Au plaisir!

Martin

Patrick Dion a dit…

Mais je ne parle pas de Twitter, je parle plutôt des blogues. Je suis d'accord, parfois, il est difficile de savoir qui a sorti une nouvelle en premier, surtout avec la surabondance d'information dans laquelle on navigue aujourd'hui.

Mais d'autres fois, c'est trop gros pour ne pas être une évidence, comme dans le cas présent. Et j'ai une multitude de cas que je pourrais sortir de mon chapeau mais je ne le ferai pas parce que c'est de l'histoire ancienne.

Certains sont carrément devenus spécialistes en repiquage d'idées. J'ai même vu des paragraphes complets repris mot à mot. Si ça c'est pas du plagiat, je me demande bien ce qui l'est.

Ed. a dit…

Après la lecture de ton billet, j'ai été updater ma dernière note tellement j'avais peur d'aller brûler en Enfer...

telemaque a dit…

C'est un commentaire pertinent, mais qui n'affecte pas seulement le oueb. En fait, c'est une problématique dans l'enseignement aussi. Alors que traditionnellement les profs détenaient la connaissance, il pouvait en avoir le contrôle presqu'absolu. Maintenant, avec le oueb (et wikipedia), tout le monde peut avoir un accès assez facile à cette connaissance ce qui cause un débalancement dans l'équilibre traditionnel entre prof et élève. Cela devient aussi un bordel de donner aux élèves un sens critique permettant de différencier le vrai du faux et aussi l'importance de la crédibilité des sources.

C'est pas moi qui l'ai dit le premier: http://tinyurl.com/nz6mo5

Ça me rappelle cette famause (et probablement fausse) lettre: http://tinyurl.com/mkpkxb

Ness a dit…

Je suis bien d'accord avec toi... et je trouverais ça frustrant que QQun me "pique" mes affaires sans faire une référence vers la source.

Si je lis QQchose que j'aime à QQpart, je ne suis pas gênée de mettre la source. Ça ne vient pas de moi. Je ne mérite pas... le mérite. (Je manque de vocabulaire aujourd'hui... Avis à ceux qui ont des mots à vendre!!)

Et je suis aussi d'accord avec "telemaque". Combien de fois j'ai vu des profs utiliser les documents des autres en effaçant toutes marques de "copyright". C'est dégueulasse! Ça ne me dérange pas de partager mes projets, mais je tiens à ce que mes collègues laissent mon nom dans le bas de la feuille. C'est la moindre des choses! C'est signe de savoir-vivre et c'est une marque de respect.

PS: En passant, je n'ai pas de vocabulaire aujourd'hui, mais si on jouait au Scrabble avec le truc de vérification des mots de Blogger, je pense que je gagnerais. "UNCHLYV". Avec un peu de chance, mot compte triple, et DING! DING! DING! je fais plein de points!! [Fin de l'intervention non-utile]

Cecile Gladel a dit…

Je crois Pat que ce n'est pas nouveau ni unique. De nombreux journalistes se plaignent (surtout ceux de l'écrit) que ceux de la télé et de la radio reprennent leurs trucs sans les citer.
D'ailleurs, une journaliste de Laval, Nathalie Villeneuve a eu gain de cause contre un collègue de TVA auprès du conseil de presse.
C'est ainsi, certains se croient tout permis et reprennent sans vergogne.
Je crois que cela leur retombe sur le nez un jour. Je crois aussi qu'en agissant ainsi, ils perdent toute crédibilité alors...
Mais je suis comme Marie-Ju, je veux des noms. Car j'avoue que ton billet ressemble à une pierre envoyée en l'air sans qu'on sache à qui elle est destinée. Il faut croire que ceux qui sont visés le savent. Au fait leur dis-tu lorsque quelqu'un reprend tes trucs ?
Il y en a qui tente aussi de rendre ce genre de truc presque légitime en faisant signer des contrats comme ceux de TVA Publications. C'est un peu la même chose. Au moins tu le sais puisque tu as signé ;-)
Mais je veux des noms car je n'ai aucune idée de qui tu parles. Peut-être que je suis naïve aussi, ça je le sais ;0)

Michel Dumais a dit…

Finalement, il faut croire que ce n'est pas si niaiseux que cela.

Pour le lecteur qui passe par ici et qui se demande de quoi il en retourne, il faut savoir que j'ai posté hier un petit tweet disant que l'on avait retrouvé Yannick Marjot, et j'indiquais ma source, soit le magazine P45 (http://p45.ca/magazine/approuve-reprouve-67).

Jusqu'ici, rien de mal. Mais hop, réponse de Patrick Dion qui réplique par ceci: « En fait c'est plutôt WebTV Hebdo qui avait retrouvé Yanick Marjot! http://bit.ly/agNc3 ». Ce à quoi je réplique, « Alors, je vous laisse les deux vous entretuer sur la paternité de la découverte ». Ceci se termine par cette réponse de Patrick Dion, « Bah, moi je n'entretue rien. Je trouve juste ça niaiseux de ne pas faire de liens de blogue en blogue. ».

Maintenant, vous savez le fond de l'histoire. Cela dit, j'aurais très bien pu refaire le même petit message sans indiquer P45 comme source et avoir eu raison de la faire car je gère plus 1900 FLUX dans mon aggrégateur, flux qui sont archivés et que je peux fouiller à la demande. J'aurais aussi très bien pu tomber par hasard sur le site de Marjot (comme P45 d'ailleurs), le tweeter sans indiquer la source et donc, avoir été honnête.

Combien ai-je vu un de mes tweets repris, dilué dans les RT successifs et finalement pour constater que ma supposée paternité soit passée sous silence?

Et alors? Who f... cares?

Je m'en tamponne royalement. L'important, c'est de partager à ce que je me souvienne. Que l'info puisse servir à quelqu'un non? Que mon nom soit accolée comme source originale, on s'en fout.

Jean-Michel Vanasse a raison, on couvre tous la même planète, l'univers web d'ici est très petit et de telles situations se reproduiront encore régulièrement.

Patrick Dion a dit…

En fait tu te trompes Michel. Ça n'est pas du tout ça le fond de l'histoire. P45 n'a été que le déclencheur d'avoir envie de parler de cette situation. J'ai des histoires d'horreur avec de bien plus gros joueurs que P45 qui te feraient grincer des dents.

Mon billet n'a rien à voir avec Twitter. Je ne parle pas d'une nouvelle prise au hasard et retwittée dans la masse. Je parle de cas où même des portions de textes sont repris mot pour mot. Je parle de situations où une 6, 7, 8 histoires sont reprises le lendemain. On est loin de la banalité ici.

On ne peut pas avancer que c'est la transmission de l'information qui compte. Ça serait comme dire "Fuck les auteurs, l'important c'est qu'on ait des histoires!"

Michel Dumais a dit…

« On ne peut pas avancer que c'est la transmission de l'information qui compte.»

Traite-moi de naïf, mais si tu savais les histoires que j'ai refilé à des collègues depuis des années parce que justement, ils ont de meilleures tribunes et que pour moi, c'est la transmission de l'info qui passe avant tout. La paternité, je m'en balance totalement.

Cela dit, si quelqu'un te pique une histoire originale, sans te citer, alors là, le fils de chamelle ne mérite rien de moins que la circoncision à froid, d'être choisi comme animateur à Call-TV ou de devenir membre du Parti Conservateur. Tu sais, des trucs horribles comme ça.

Bill Cosby a dit…

On veux des noms mon Pat qui qui.

Martineau, Dumas, Lagacé, Rioux des noms mon Pat des noms :)))))))))))

Simon Dor a dit…

Quand tu cites ta source et que celle-ci ne cite pas la sienne, le problème n'est pas de ton ressort. En tant que tel, si chacun ne citait que sa source directe, on pourrait aller jusqu'à la source première, et c'est ce chemin qui me semble important à préserver.

Méchant a dit…

J'abonde dans le même sens que Michel Dumais.
En début de carrière, je rageais quand quelqu'un reprenait une de mes histoires sans me citer.
Puis, on s'y habitue. Cécile a raison: les stations de radio et de télé le font quotidiennement depuis des années. Certains ne font que reprendre la nouvelle texto, d'autres la poussent plus loin et c'est très bien. Les blogues, au fond, n'ont fait que s'ajouter à la liste des «repiqueux» de nouvelles.
Quand je le fais, surtout sur mes blogues, j'essaie de citer la source et carrément d'y envoyer mes lecteurs. Mais il arrive que la nouvelle devienne tellement grosse qu'elle s'affranchit de son «paternel».

Il m'est arrivé quelque chose de franchement sidérant récemment: un blogueur qui avait écrit sur un même sujet que moi s'est mis à m,accuser partout de plagiat, alors que nos textes n'avaient presque rien en commun sinon le sujet. Ça, c'est freakant.Voilà ce qui arrive quand on pousse cette idée trop loin: quiconque a eu un jour une bonne idée (ou une moins bonne) pourrait croire avoir un droit éternel sur le sujet....

Patrick Dion a dit…

Appelez ça une déformation professionnelle mais en tant qu'auteur, les frissons me parcourent l'échine quand je vois mes mots repris ailleurs sans mention de leur provenance.