26 mai 2009

Le bonheur comme vengeance

Je viens de terminer la lecture du livre de Natalie Jean, Je jette mes ongles par la fenêtre, un nouveau recueil de onze nouvelles toutes mieux ficelées les unes que les autres. L'écriture de l'auteur de Québec est belle et fluide, prenante et chargée d'images. Elle a un talent de conteuse évident. Outre sa vocation d'écrivaine, Natalie est graphiste. À la lire, on comprend rapidement pourquoi elle a une telle facilité à dessiner sa prose.

Mais une nouvelle en particulier m'a titillé. Natalie y relate l'histoire d'une fille qui recroise par hasard après plusieurs années, un gars qui avait tenté de la violer. Et alors qu'elle pourrait se venger, son amoureux ayant retracé le mec en question, la nouvelle se termine en queue de poisson. Une possibilité de vengeance traînant dans l'air n'aboutit pas, sans aucune raison apparente, sauf celle évidente de ne pas brasser trop d'air autour d'elle, question de ne pas perturber son bien-être.

J'étais à la féliciter en lui expliquant mon malaise par rapport à cette nouvelle. Et elle me dit tout bonnement la phrase suivante: Et si être heureux était la vraie vengeance? Et vlan, dans les dents.

Et si le fait d'entretenir une certaine haine envers ceux qui m'en ont fait baver se nourrissait d'elle-même? Et si mon besoin de vengeance m'empêchait de lâcher prise sur le passé? D'un autre côté, le personnage de sa nouvelle s'en tire avec un crime. Doit-on laisser ça se produire? À plus petite échelle, est-ce que le fait de laisser mon passé en paix, de garder le silence et de ne rien essayer de changer, par protestation et dénonciation, n'encourage-t-il pas d'autres à suivre les traces de ces épais qui se croient tout permis? N'y a-t-il pas assez de coups de pied au cul qui se perdent?

Le bonheur est-il une vengeance ou une façon de survivre?

10 commentaires:

Morgane a dit…

Très très pertinente, cette interrogation.
Et si... tout était une histoire de cas par cas ? Pas de réponse dans l'absolu.

modotcom a dit…

le bonheur, c'est d'abord parce que quand on croit y être arrivé, on a peur de le perdre comme tout ce qui est bon. On a le droit d'avoir une 2e vie, et d'y croire, oublier et bloquer ce qui est mauvais. Comme dit Morgane, il n'y a pas de réponse dans l'absolu. Touitefois, nourrir l'amrtume, la violence, l'esprit de vengeance, je sais pas, faut trouver une manière d'évacuer. Tant mieux si le simple fait d'être heureux est la vengeance suprême, mais ce pourrait être difficile à réaliser.

Karla a dit…

Et si c'était la façon pour elle de ne pas faire face à cette réalité? Que le bonheur devient tout bonnement une excuse? Se cacher derrière un masque est une solution pour ne pas sombrer dans la folie et la dépression...
Tôt ou tard, la vie nous repose les questions que l'on n'a pas répondu; tôt ou tard, la vie nous fait payer nos coups bas.

Venise a dit…

Ah, les nouvelles font jaser aujourd'hui ! Tant mieux, ça promet. Je jette mes ongles par la fenêtre est la Recrue du mois de Juin, et ça donne hâte de le lire et de lire les autres rédacteurs sur le sujet.

En passant, Patrick, je me suis permise de rajouter un billet à La Recrue nous menant ici, et cette intéressante discussion.

Patrick Dion a dit…

Morgane: C'est vrai qu'il n'y a rien de blanc ou noir.

Mo: Est-ce qu'on y arrive vraiment? Je veux dire, n'est-ce pas juste une conception moderne qui nous pousse à nous lever le matin?

Karla: C'était justement mon questionnement.

Venise: Oui j'ai vu. Merci beaucoup. Et tu vas beaucoup aimer le recueil de Natalie.

Venise a dit…

Je reviens, c'est que je ne me suis pas exprimée face aux questions soulevées.

Je crois qu'il faut dénoncer, et continuer à être heureux. Pour moi, c'est l'équilibre entre l'extérieur (le social) et l'intérieur (mon moi). Mais je n'arrive pas d'une manière définitive à l'équilibre que je suggère. C'est une histoire à recommencer à chaque matin.

Quand une personne me fait du mal dans la vie (bourreau mettons), c'est vrai que c'est la plus belle des vengeance de ne pas me laisser abattre. Je lui vole sa victime

Patrick Dion a dit…

Venise: Je sais pas, la vengeance est douce au coeur de l'indien aussi...

LA SOURIS a dit…

Le jour de mon anniversaire (le 19 avril) j'ai écrit un texte avec lequel on pourrait faire un lien avec ton thème. Je t'invite à le lire, si tu veux.

C'est quelque chose en quoi je crois...

Patrick Dion a dit…

Souris: En effet, mais as-tu fait la paix en-dedans? Elle est aussi là la question.

LA SOURIS a dit…

Depuis l'écriture de ce texte, oui! Ça été libérateur.