19 mai 2009

Censure et écriture

La vérité pure n'existe pas. Elle change constamment, à la minute et à l'oeil près. Dans un court laps de temps, ne suffit que de quelques minutes, la perception d'une vérité se modifie, se moule à notre environnement, s'adapte à nos envies, comblent nos manques, annoncent nos intentions, qu'elles soient réelles on inconscientes.

Un mot écrit, une lettre échappée, un billet déposé recèlent une foule de vérités diverses, toutes plus vraies et toutes plus fausses les unes que les autres. La vérité est-elle dans l'oeil du lecteur ou dans celle du narrateur? Ces mots réels qu'on aligne les uns à la suite des autres forment des idées, des paysages qui le sont plus ou moins (réels). Ces phrases qui sont puisées à même nos vies sont parfumées selon l'humeur du moment, embellies ou enlaidies selon le sens qu'on veut leur donner. Nous modifions sans cesse nos intentions.

Les mots couchés sur papier ou à l'écran auront toujours plus de portée que les simples paroles. D'ailleurs, qui est le salaud qui a dit que les paroles s'envolaient et que les écrits restaient, qu'on aille tous lui péter la gueule en sang?

Cela dit, que peut-on se permettre d'écrire, jusqu'où peut-on s'épancher dans l'affirmation de nos vérités? Doit-il exister une retenue littéraire et si c'est le cas, où débute-t-elle? La voilà, la maudite question qui tue: l'écrivain doit-il se censurer?

Si vous savez qu'une phrase-choc heurtera la sensibilité de vos proches, devez-vous quand même la déposer sur papier? Si vous vous arrêtez, ne serait-ce que deux secondes, à votre famille, à vos enfants, à votre amoureux(se), est-ce que vos écrits diffèreront? En conséquence, si les écrivains doivent s'auto-censurer, combien d'oeuvres magistrales ne seront jamais été écrites? Regardez vers l'arrière et pensez à Baudelaire, Shakespeare, Galilée ou Danielle Steel.

Si je persiste à écrire comme je le fais, quitte à choquer, si j'assume mes écrits tout en sachant fort bien que je risque de voir les proches que je heurterai me déserter les uns à la suite des autres, dois-je en venir à la conclusion que si je suis né pour écrire, je suis du même coup né pour vivre dans une bulle, exclu de tous?

La vraie de vraie question demeure: l'écrivain est-il condamné à errer seul?

17 commentaires:

Marie-Julie a dit…

Comme tu es dramatique ce matin! lol Moi je pense qu'il y a des livres qui s'écrivent en soi et ne doivent voir le jour qu'au moment opportun. Je pense qu'on le sent, ce moment. On porte des tas d'histoires en nous. La censure, c'est vraiment une question de point de vue. Moi, je choisis de publier seulement les histoires qui ne heurteront pas ceux que j'aime, ce qui, par ricochet, me heurterait, moi. Est-ce que je me censure? Probablement. Mais je suis aussi de ceux qui croient qu'on écrit d'abord pour être lu... Je n'oublie jamais le lecteur. Et parmi ces lecteurs, il y a aussi ceux que j'aime. (Sur ce, je retourne écrire pour les lecteurs de Canoë!;-)

Patrick Dion a dit…

Non non, je ne joue pas au drama-king! C'est une vraie de vraie question que je me pose ce matin (en fait c'était hier mais on ne s'enfargera pas dans les détails insignifiants). Merci pour ta réponse Emji.

Pleiada a dit…

Ce qui me choque, c'est "Beaudelaire". Tu devrais le lire

Patrick Dion a dit…

En lisant ton commentaire dans mes courriels, l'erreur m'a sauté au visage! Merci (et je l'ai lu).

Éli_B a dit…

Bonne question!
Écrire, c'est se mettre à nu, nous et notre vision de la vie, car tout n'est que perception. Mais chacun prend ce qu'il veut d'un texte et le perçoit à sa manière...
Ma mère a éclater en sanglot (et bien plus, mais bon, ce n'est pas ce qui a de l'importance ici!)devant moi au sujet d'un livre que j'ai publié et où elle s'est sentie attaquée et exposée, alors que je n'ai jamais pensé à elle en écrivant...
Ça m'a jeter à terre pendant quelques heures, j'ai pensé ne plus jamais écrire plutôt que de blesser les gens que j'aime, même sans le vouloir... Et tu sais ce que j'en ai conclu? Que peu importe ce que je fais, les gens l'interprète à leur façon, moi mon truc, c'est l'écriture, pourquoi arrêter? Les conflits que ça peut générer auront à être régler de toute façon!
C'est comme les gens qui disent que Facebook est nuisible pour les couples! Facebook ne crée rien, à la limite il amplifie ce qui est déjà, c'est pareil pour l'écriture... Rien de mieux que de se parler, alors quand quelqu'un près de toi a de la difficulté avec ce que tu écris, ça vaut une bonne jasette! Avant ou après la publication, ça reste à voir!
La censure, quand elle est «auto», te révèle à toi-même et à ton rapport avec les autres... C'est où j'en suis venue après m'être posé les mêmes questions.
Et en passant, félicitations pour ton livre!

Patrick Dion a dit…

Éli-B: Je sais que de mon côté, je devrai m'asseoir avec des gens de mon entourage avant que mon roman se retrouve sur les tablettes, question de jeter de la lumière sur certains faits... En tout cas, merci (et merci)!

Véro a dit…

Je pense que tout est une question de perception. Comme chaque personne ajuste sa vision suite aux expériences qui traduisent sa vie, c'est idem pour la vérité derrière les écrits.

Parfois, tu peux tomber sur un livre, un mot, une expression qui traduira exactement l'état dans lequel le lecteur se trouve, je pense alors que c'est ce qui fait que pour cette personne ce qui est écrit est vrai. Alors que l'inverse s'applique aussi.

Pour ce qui est de la censure face aux émotions des autres sur les écrits... aimer c'est accepter que la perception que nous avons des autres n'est pas celle qu'ils ont d'eux-mêmes, mais le respect réside dans le pouvoir de l'exprimer et de l'autre, le recevoir sans pour autant atteindre l'amour. Parce qu'elle est en fait que notre vérité du moment.

Je ne sais pas si c'est clairement exprimé... Mais ce billet me touche. Merci de le partager!

Violaine a dit…

Ce sont des questions que je me suis posées, justement, en lisant ton billet d'hier. Je suis d'abord pour le respect des sensibilités, dans la mesure où on n'écrit pas pour heurter les sentiments de notre entourage. Mais faire autrement relève aussi parfois de l'acte manqué, quans ce n'est pas carrément volontaire.

Certaines choses se vivent et s'écrivent, d'autres ne sont pas faites pour être relatées. Elles n'en font pas moins partie de toi.

Mais tu as amplement le droit de ne pas être d'accord!

Violaine a dit…

Pis y va falloir un maudit tas de phrases-choc pour que tu sois "exclu de tous"!

Violaine a dit…

J'ai-tu écris "quans", moi là? Mon doigt a porté trop à gauche!

modotcom a dit…

"(...) je risque de voir les proches que je heurterai me déserter les uns à la suite des autres (...)". Hein quoi? Non, non, écrire c'est un geste créatif, expressif, étudié, un exercice à la rigueur de style, à la limite. De la censure? Quoi!

Il y a des écrits qu'on ne peut pas émettre, on parle d'un autre niveau, correspondance professionnelle, exemple, dialogues compromettants dans la vie réelle. Mais dans la création... la CRÉATION, je veux dire...?

Est-ce qu'on veut vraiment faire du mal en écrivant? Est-ce qu'on veut vraiment faire mal à ceux qu'on aime? Il me semble que la réponse est évidente... Est-ce que mes fils qui lisent mon blog de Q pensent vraiment que je suis une salope? Non, ils sont surement heureux (je l'espère) que je m'exprime, que je crée. Tiens, ai-je encore parlé de création?

Oui, il s'agit d'histoire. As-tu dit que tu allais écrire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité? Je veux dire : comme un journaliste, comme un narrateur historique, comme un écrivain biographique, comme un auteur scientifique?

Ou vas-tu créer, simplement? La censure, hein, quoi?

Réponse tout-à-fait confuse à ta question très existentielle. Oui, c'est correct de te questionner. Non, il ne faudrait pas t'auto censurer.

La Shirley a dit…

Il y a autant de vérité que de lecteurs.
Autant de façon d'interpreter que d'être humain.
T'es pas sorti du bookstore !
Sinon, je répeterais le commentaire de Véro, mot pour mot !

Patrick Dion a dit…

Véro: C'est ce que je dis: tout est perception. Mais il est difficile de garder un oeil extérieur à tout ça, surtout si on est émotivement impliqué.

Vio: Je ne pense pas que certaines choses ne sont pas faites pour être relatées. Je crois plutôt que tout est dans la façon de le faire. Dans certains cas, tu devras carrément te lancer dans la fable ou la poésie pour t'exprimer, ce qui peut finir par ressembler à n'importe quoi, comme une espèce de toile contemporaine ou tu tentes d'expliquer l'art derrière un trait bleu. C'est pas toujours évident de savoir où faire débuter la poésie mettons. Mon "exclu de tous" fait référence aux gens que j'aime et qui m'entourent, pas au badauds.

Mo: Oui mais création impose toujours une parcelle de vie. On ne créé pas de zéro, surtout pas en écriture. On créé des gens qui nous entourent, des situations que l'on a vécu ou que l'on vit encore et que l'on transpose dans d'autres lieux et temps. T'auras beau ajouter le plus coloré des masques, ceux qui ont à se reconnaître le feront inévitablement.

Shirley: Non je le sais que chu pas sorti du bois! Mais comme disait Mo, c'est déjà un début de se questionner.

Maitre rené a dit…

Je me redis : j'aime te lire. C'est avec des gens comme toi que je chemine.
Je t'ai connu (est-ce que je te connais ?) par des mots sur Twitter.
J'ai aimé de tes mots (pas tous).
Tes mots m'ont donné confiance en toi.
J'ai suivi tes liens. J'ai trouvé ce présent blog. J'en suis heureux.
Tout cela grâce aux mots, tes mots.
Merci à tes mots. Et merci à ton expression, à ta création comme disait l'autre.
Moi, je n'ai pas le talent des mots. Toi oui.
Et à dire, on ne peut plaire à tous. Et parfois, nos dires ne plaisent à personne.
Nos dires sont une analyse de soi, de sa croyance qui est toujours unique. Il va de soi que cela dérange les croyances des autres.
Et les croyances sont faites pour être ébranlées, pour être vérifiées, confrontées.
De là nait la vérité suivante...
Merci de partager gratuitement ta création.

petitpois a dit…

La pseudo future écrivaine a un peu le coeur qui vire de sourd ce soir.
Et voilà ce qu'elle disait à un ami:
Pourquoi faut-il que je tente absolument de recrééer ce que je couche sur papier dans ma «vraie» vie? À moins que ce que je couche sur papier soit déjà ma «vraie» vie? Mais c'est quoi la vérité? Ma vérité change à chaque fucking seconde Greg. Je suis perdue.

Ça me fait donc tout bizarre de lire ce billet à ce moment.

Patrick Dion a dit…

Maître René: Merci, encore une fois. Je suis heureux de voir que mes mots vous touchent comme je le suis de constater que tous n'ont pas eu le même impact. Oui, je veux choquer, confronter les opinions et faire bouger les choses. Je suis heureux que ce fut le cas.

PP: C'est, en bout de ligne, un peu un mélange des deux. La vraie vie et une réalité qui en découle. Continue, sois forte, toi aussi tu as ce talent des mots, comme disait René dans le commentaire précédent.

modotcom a dit…

dis donc: la réflexion avance. Ça va bien aller, prévenir tes proches avant ton lancement? C'est drôle ce que tu m'écris "T'auras beau ajouter le plus coloré des masques, ceux qui ont à se reconnaître le feront inévitablement", ce doit être car je n'ai pas vécu ça. Bonne continuation.