19 avril 2009

Voyager

J'aime voyager. Cet amour est d'ailleurs relativement récent. Je ne trimbale mes valises que depuis peu d'années. J'aurais aimé m'ouvrir sur le monde plus tôt mais la notion même du déplacement à l'étranger, quand j'étais jeune, était quasi-inexistante. Je suis issu d'une famille qui ne voyageait pas et qui sortait peu. Casaniers jusqu'au fond du trognon. Du coup, il était totalement inconcevable que j'aille traîner mes savates dans les contrées lointaines, impensable que j'aille voir à l'autre bout de moi si j'y étais. Par chance, j'ai rencontré au fil des ans des personnes qui m'ont ouvert à la différence et aux cultures, des gens dont la proximité ont fait exploser ma curiosité envers l'Autre.

J'aime voyager. Ce qui n'empêche pas, étrangement, que je préfère parfois les préparatifs aux voyages en eux-mêmes. La crainte de l'inconnu, l'incompréhension de la langue, la peur de perdre ses racines ont souvent fait en sorte que certains voyages m'ont gelé sur place, pris dans un no man's land d'émotions, à ne plus savoir quoi y faire, parfois au point de vouloir m'en retourner chez moi. Je ne l'ai par contre jamais fait, Dieu merci, parce que j'en suis toujours sorti en bout de ligne grandi.

Je préfère parfois les voyages avant qu'ils ne s'effectuent. Je voyage souvent par procuration, la moitié de ce dernier se vivant dans les préparatifs. Je planifie, j'évalue, je me perds dans les guides, je m'imprègne, j'imagine, je bouquine, j'espère, je fabule, je fantasme. Mais pas à Paris. Paris, c'est ma deuxième maison, ma cinquième saison. Paris est la seule autre ville, outre Montréal, où j'aimerais vivre. Paris, je m'y sens chez moi dès que j'y dépose le pied (et l'autre). Les amis qui y vivent, la connaissance de la langue, des lieux et des moeurs, l'amour des Européens pour l'art, la culture et l'histoire sont tous des facteurs qui font en sorte que j'y retournerai sans cesse, encore et encore. Paris fait partie de moi.

Les voyages t'apprennent une foule de choses sur les autres, sur ceux qui t'accompagnent, sur la vie et surtout, sur toi. Par exemple, les voyages m'ont appris que je suis toujours malade en déplacement. Lisez tous les autres billets de voyage de ce carnet, vous remarquerez que je traîne toujours un putain de rhume dans mes valises. Les voyages m'ont montré que j'aime errer, malgré les pieds qui brûlent à la fin des journées et le dos qui hurle après des heures à se tenir debout. Voyager m'a appris que lorsqu'il y a peu à faire, loin de chez soi, les meilleures alternatives demeureront toujours de boire et manger. Il n'y a rien de mieux qu'une terrasse et un verre de rouge pour tuer le temps qui passe.

Les voyages t'apprennent que ce n'est pas grave de ne pas prendre ses courriels vingt fois par jour, de ne pas savoir ce qui joue à la télévision, que le monde ne cessera pas de tourner si tu n'es pas là. Les voyages nous font prendre conscience qu'on est tous remplaçable. Et c'est très bien ainsi... Les voyages te font apprécier ta maison, ta petite vie tranquille, ton café du matin, le confort de ta douche, le silence de ton quartier, l'odeur de tes draps et la fraîcheur de ton eau. Et voyager te permet surtout de te rapprocher des autres. C'est tout de même ironique de constater qu'on doit parfois aller si loin de chez soi pour se rapprocher de ceux qu'on aime.




14 commentaires:

Lily a dit…

Pour en ajouter un peu, moi j'apprends quelques leçons à chaque voyage.
Lors de mon plus récent, à New York, j'ai appris à :

-Toujours apporter un maillot de bain (même en hiver)

-Ne jamais voyager avec les "step-parents"...(sans commentaires)

-Ne jamais apporter des chaussures vieilles de moins de deux mois.

Et là tu me donnes le goût d'aller à Paris!

Anonyme a dit…

Eh! Sur la dernière photo, je reconnais ma résidence secondaire!
-Chantal

modotcom a dit…

il n'y a pas de voyage sans chez-soi. Bon retour. Merci pour la minute à Paris et dans ta tête. À bientôt.

Marie-Julie a dit…

«Les voyages nous font prendre conscience qu'on est tous remplaçables.» Yep. Idem pour notre lieu de résidence, je trouve. Il y a d'autres endroits intéressants où l'on peut vivre et où on a pas à se taper la folie du hockey...

Par contre, très rarement un voyage m'a fait apprécier davantage le retour. Mis à part quelques voyages récents avec ma fille où j'étais trop épuisée pour continuer à apprécier, je veux rarement rentrer (ma fille non plus, elle fait des scènes du style: «JE NE VEUX PAS RENTRER CHEZ MOIIIIII!» à l'aéroport où quand elle aperçoit notre quartier du taxi). Il y a tant à voir, à découvrir!

Quand à l'accessibilité aux voyages, j'ai pris l'avion pour la première fois à l'âge de 23 ans. Mes parents n'ont jamais dépassé les frontières de l'Ontario. Ça ne m'a pas empêcher de rêver toute ma vie aux endroits que je visiterais, même s'ils m'apparaissaient irréels. Et la première fois que je suis partie (seule, à Lisbonne), j'ai pleuré les quatre premiers jours. Heureusement, il y en a eu trois autres où j'ai compris que j'entamais enfin le chapitre le plus important de ma vie...

C'est en voyage que j'ai rencontré mon homme. Que j'ai appris à me faire confiance. À apprivoiser mes peurs. À comprendre que ma culture avait aussi des failles et que je n'étais pas obligée de tout accepter en bloc parce que j'étais née là-bas. À être plus tolérante, aussi. Tout en essayant de ne pas oublier mes valeurs. Je te jure que quand un Burkinabè te raconte tout bonnement qu'il vient de battre sa femme, «parce qu'elle le méritait», ça prend une méchante dose de self-control pour ne pas lui sauter dessus...

En voyage aussi que j'ai appris - et apprends encore - que les kilomètres, c'est dans la tête. Je ne me sens jamais aussi proche de moi qu'à l'autre bout de la Terre...

Marie-Julie a dit…

P.S.: J'adore tes photos! :-)

Ness a dit…

Les voyages nous apprennent à devenir de meilleures personnes. J'ai la piqûre des voyages aussi. Je dis toujours que la meilleure partie d'un voyage, c'est le "avant": l'excitation de partir, les préparatifs, la fébrilité, etc. Le "pendant" passe toujours trop vite et le "après" laisse parfois un goût amer parce qu'on doit reprendre le train-train quotidien et le voyage est chose du passé.

J'espère que tu avais un bon bouquin ou de la bonne musique pour accompagner le(s) verre(s) de rouge et la terrasse ensoleillée.

Et même si tu es de retour, pas la peine de regarder tes emails 20 fois par jour ;)

Les photos sont vraiment belles. Moments attendrissants.

Bon retour!!!

La Shirley a dit…

Belle ville, belle gang,beau voyage, finallement ...
C'est beau la vie hein ?!?

LA SOURIS a dit…

Je prépare justement un week-end de trois jours à New York et je suis dans la préparation jusqu'aux oreilles allant jusqu'à vérifier à quelle heure le soleil de couche pour profiter des meilleures paysages! ;)

Et comme je disais sur mon blogue hier, New York, c'est la seule autre ville au monde où je voudrais vivre à part Montréal! LOL

Bref, à part la ville et le contexte, je me reconnais un peu dans ton texte! ;)

Patrick Dion a dit…

Lily: Le voyage, c'est aussi beaucoup partager.

Chantal: Ton chalet d'été, non?

Modotcom: Tout à fait raison. Mais c'est encore mieux quand son chez-soi peut aussi être partout.

MJ: Comme je te l'ai mentionné, je savais que ce billet t'interpellerait tout particulièrement. Le hockey, I couldn't care less. On m'en fouettera...

Ceci dit, on a rarement envie de revenir chez soi. En fait, je ne sais pas si c'est le fait de revenir de voyage qui est difficile ou simplement le fait de revenir à notre vie d'avant. Je me pose toujours la question à savoir si ce n'est pas un besoin de fuite que l'on comble en voyageant ou simplement l'envie de connecter avec les autres. Probablement un peu des deux.

Mes parents ne voyageaient pas plus que les tiens mais n'aiguisaient pas non plus cette envie par les livres, la télé ou le cinéma. Ça ne m'est jamais traversé l'esprit avant la mi-vingtaine que je pouvais galoper de par le monde. Mieux vaut en retard que jamais tu diras. Merci pour les photos. Bien qu'on ne voit pas de paysages français en tant que tel, elles représentent bien l'état d'esprit dans lequel on était.

Ness: Bizarrement, je n'ai presque pas lu (j'ai terminé Le travail de l'huitre de Barbe et débuté Les bonbons chinois de Mian Mian) et n'ai pas du tout écouté de musique. J'étais juste pas dans ce beat-là. Et j'ai respecté ce décrochage, c'est ça qui est chouette.

Shirley: Mets-en que c'est beau la vie! Merci!

M-E: Content que tu y aies vu un rapprochement. Comme je le disais plus haut, voyager, c'est aussi partager.

Ness a dit…

Comment as-tu trouvé "Le travail de l'huître"?? Comme tu l'as surement vu sur mon blogue, j'ai assisté à une de ses conférences et j'ai adoré ce qu'il avait à raconter!! Ça a fait du bien. Simplement.

Chocolyane a dit…

L'a l'air confortable, le méga nain! ;o)

Jamais voyagé. Je me prononcerai lorsque ça sera fait.

Violaine a dit…

On a le même background familial en ce qui concerne les voyages, et je suis contente de lire tes réflexions sur la chose. En tout cas, je me promets bien des escapades mondiales pour le reste de mes jours, à Paris et ailleurs.

Partir loin pour se rapprocher... J'aime l'idée!

Bon retour parmi nous, Patrick!

Marie-Julie a dit…

Les bonbons chinois est un des livres que j'ai lus à Taïwan... j'avais beaucoup aimé. Tu l'as fini?

Patrick Dion a dit…

Ben non! J'ai trop de livres à lire ces temps-ci et pas assez de temps pour ce faire! Mais j'en ai lu les 1/8 environ à Paris. J'aime ça, ça parle de musique, de cul pis de bouésson! ;-)