16 avril 2009

Quand rien ne va plus

- Vite Gabriel, on va manquer notre rendez-vous. Il est déjà 17h40.

On tente de quitter le plus rapidement possible la crypte de la Cathédrale Saint-Denis, de l'autre côté du périphérique, au nord de Paris. C'est qu'après une balade guidée de plus de deux heures à travers les tombeaux des Rois de France, depuis Clovis jusqu'à Louis XVI, on n'a pas envie de quitter l'endroit à la course, imbibé d'un certain esprit mystique. Mais on a rendez-vous avec Ge à 18h au Louvre, le nain et moi, et on ne doit pas arriver en retard.

On se dépêche du mieux qu'on peut et on pense arriver à l'heure grâce à l'hyper-efficacité du métro de Paris et de ses trains aux 3 minutes. Ce dernier quitte d'ailleurs la station St-Denis et se dirige vers Champs-Élysées/Clémenceau. Juste avant d'entrer en station à Carrefour Pleyel, le wagon passe au noir. Gabriel et moi nous regardons, interloqués. Au bout d'une vingtaine de secondes, le wagon stoppe en station et coupe complètement son alimentation électrique. Les portes s'ouvrent. Et restent ouvertes... Il n'y a pas un son en station. Tous les gens se regardent, la plupart impatients, les autres interrogatifs. On est en fin de journée et tous ont hâte d'arriver à la maison, au "happy hour" ou au rendez-vous galant au plus vite. C'est alors qu'on entend le conducteur crier: "On ne panique pas!". Du coup, je pense qu'une bagarre s'est déclarée dans le train et qu'on s'attarde à expulser les béligérants. Un gars à mes côtés sort la tête du wagon et lance à son pote: "Ah putain, le mec sort avec ses pompes à la main". Je ne comprends pas trop ce qu'il veut dire jusqu'à ce que je vois tituber ce jeune homme, le visage complètement ensanglanté, aux côtés d'un agent de la RATP, le réseau de transport en commun de Paris.

Et c'est là que je comprends. Le mec a tenté de se suicider et s'est manqué! Il s'est jeté sur les rails, devant le wagon de tête, a été frappé par celui-ci et a été traîné sur plusieurs mètres jusqu'au bout du quai. Sur le coup de l'impact, il en aura même perdu ses chaussures. Blessé au visage et passablement amoché, il s'est relevé, a ramassé ses souliers sur la voie, s'est extirpé de la fosse et a tenté de quitter sans faire de bruit, jusqu'à ce que le chauffeur l'apostrophe.

J'aurais préféré ne pas voir ce visage. J'aurais préféré ne pas voir ce corps meurtri passer près de moi. J'aurais préféré ne pas penser que la vie est parfois une salope qui ne veut pas de toi. J'aurais préféré ne pas penser à la honte de savoir que la mort ne veut pas de toi non plus.

16 commentaires:

Marie-Julie a dit…

Ayoye! Quelle humiliation! Non seulement il se rate, mais il doit défiler devant tous ces gens... Remarque que je ne comprends pas comment on peut choisir de se jeter devant un métro quand on a eu vent du faible pourcentage de réussite!

Êtes-vous arrivés à l'heure?

Gina Desjardins a dit…

Hahaha Marie-Ju!!!
«êtes-vous arrivés à l'heure?»

Pouahhh!

Patrick Dion a dit…

MJ: C'est combien le pourcentage de réussite? Et non, on est arrivé à 18h25! Et c'est pas juste la faute du mec qui s'est lancé devant le métro.

Chocolyane a dit…

http://chocolyane.sprey.net/?p=933

Moi, ça m'avait viré à l'envers pour la journée...

Marie-Julie a dit…

@Gina: Ben quoi, je pensais à la pauvre Geneviève qui devait imaginer tout plein de scénarios d'horreur en faisant les cent pas! lol

Êtes-vous OK (dans vos têtes, je veux dire)?

Dodinette a dit…

hon que de souvenirs
"nous sommes présentement arrêtés à cause d'un 'incident passager' en-dehors de notre contrôle, nous nous remettrons en route dès que possible, merci de votre compréhension"
et toi il te reste exactement 15 minutes 30 pour te rendre à la porte de ta salle de concours ("prenez vos feuilles, vous avez 5h") de l'autre côté de la ligne de métro, sachant qu'ils ne laisseront pas entrer les retardataires...

mais ces souvenirs mis à part, j'aime ta conclusion.
saleté de vie.
pauvre gars.

(je crois qu'il y a des centres de réadaptation spécialisés en France qui accueillent... les conducteurs de métro sous les rames desquels se sont jetés des gens. ratés ou pas.)

Sauterelle a dit…

La Geneviève était au rendez-vous à l'heure dite. Sauf que le rendez-vous, voyez-vous, était un peu flou, lancé à la chance: "18 h devant la porte du musée", qu'il m'avait dit, mon homme. Au musée, oui, je veux bien, mais AU LOUVRE, c'est comme qui dirait une autre paire de manche...

Donc la Geneviève commençait à s'énerver tranquillement. "Non mais c'est quoi ce chum-là qui croit vraiment qu'on va se retrouver tout bonnement à l'endroit le plus bondé de touristes de la ville la plus touristique du monde?" (...) "Non mais c'est quoi cette idée de venir à Paris sans cellulaire? À Rome, fais comme les Romains, à Paris fais comme les Parisiens et prends-toi un portable!" (...) "Ben coudonc y'é rendu quelle heure là ciboire?" (...) "Encore 5 minutes et je décrisse." (...) (Je vous épargne les autres réflexions de plus en plus fleuries au fur et à mesure que les minutes s'éparpillaient.)

Bon bon bon. Sont arrivés. M'ont expliqué la situation. Et je me suis rappelée que jadis (je ne sais pas s'ils le font encore) les chauffeurs de métro de Paris tenaient leur porte ouverte, et que des gens montaient parfois avec eux lorsque les wagons étaient trop pleins. J'étais d'ailleurs montée à l'avant d'un métro de la ligne 4 avec le chauffeur, qui était super sympa au demeurant. S'il avait fallu qu'il arrive un incident du genre à ce moment-là... je n'aurais pas eu de thérapie, moi. Du coup, juste pour ça, je souhaite que les chauffeurs ne fassent plus monter de passager avec eux (ça et la sécurité, on s'entend!). Pour protéger la santé mentale des témoins possibles, à défaut de protéger les victimes.

Lizzie a dit…

Je ne sais pas si vous vous souvenez, ou si vous le savez même, mais il y a eu une espèce de vague de suicide à la Place de la Cité à Québec. Le gens se jetaient des étages supérieures.

J'étais là une fois. Il était 16h et des poussières, je terminais le travail à 17. J'ai entendu le "boom" et le bruit de verre brisé, mon cerveau a tout de suite compris ce qui venait de se passer, mais c'est drôle, ça a comme pris un moment à mon coeur avant de "digérer" l'information.

J'ai vu le gars partir en ambulance. Il avait 18 ans. Ils ne l'ont évidemment pas sauvé.

Moi, ça m'a pris des semaines à m'en remettre parce que justement, ça me remettait ma propre misère en pleine face...

Joanie Dion a dit…

J'avoue qu'on ne dait pas trop réagir à ce genre de situation. J'ai dû internenir suite à des blessures dans le métro de Montréal d'une jeune garçon d'environ 6 ans. Son crâne était en sang et je venais de sortir d'un cours de secourisme. Quelle chance! Le père, traumatisé, ne savait que faire, de là l'importance d'avoir une certaine base pour aider ces gens. Traumatisme cranien, ce n'est pas rien. De grâce, aidez ces pauvres gens (les suicidaires), qui généralement ne souhaite qu'être écouté. Patrick, je sais que ces journées tordues ne s'oublient pas facilement.Profite tout de même de tes vacances et bon retour mon cher!

Patrick Dion a dit…

Chocolyane: Au moins, ils ont pu arrêter le train avant qu'il n'entre en gare non?

MJ: Comme tu peux voir dans le commentaire qui suit le tien, elle n'est pas si pauvre que ça. Elle chiale comme ça mais elle est pas si pire en personne. ;-) Mais t'inquiètes, ça va bien dans nos têtes. Gab, lui, ne l'a pas vu passer (Dieu merci, il aurait été traumatisé à vie).

Dodinette: Ouais, ça existe à Montréal aussi. J'espère qu'ils prennent aussi en main les suicidés.

Ge: Ben là, en face de la pyramide, y a toujours ben rien qu'une entrée. La preuve c'est qu'on s'est trouvés!

Lizzie: Ça doit pas être beau à voir ça non plus. Ouch!

Joanie: T'inquiètes pas, on va bien. Mais j'ai toujours cru qu'on devrait intégrer des cours de base de secourisme et de RCR dans les cours d'éducation physique à l'école.

Chocolyane a dit…

C'est sûr, qu'ils ont pu. Mais à voir le gars, j'suis pas mal sûre qu'il s'est réessayé le lendemain, pis qu'il va se réessayer jusqu'à réussir...

Melalag a dit…

Le genre de souvenir qu'on ne veut pas garder d'un voyage (ou pas garder tout court). J'espère qu'ils ont pu "récupérer" le gars et l'envoyer à l'hosto :-(

Bill Cosby a dit…

......... sans commentaire

1-0 pour toi ta reussit a ne pas me faire dire une niaiserie today.

La Shirley a dit…

Geste si infortuné, si virulent ...
Que ce soit à Paris ou à Montréal, les désespérés sont ce qu'ils sont: d'une tristesse infinie ! Thank God que ton Chti il a rien vu, lui qui est surement plein de joie !

modotcom a dit…

mauvaise journée. Pauvre gars. À la STM, il y a des thérapies très intenses pour les opérateurs de métro, c't une job sale, on dira ce qu'on voudra, mais il y a quand même beaucoup de tentatives de suicides dans le métro. pas drôle.

Patrick Dion a dit…

Choco: Ouais, c'est moche ça. J'espère qu'il aura changé d'idée.

Mel: Une chance, j'ai pas trop eu le temps de détailler ses blessures.

Bill: Je gagne-tu kekchose? ;-)

Shirley: J'en suis trrrrrès heureux aussi. Le connaissant, il aurait été traumatisé à vie.

Mo: Un seul suicide est déjà un suicide de trop.