Pierre Foglia parle ce matin du nouveau programme du gouvernement du Québec pour contrer le décrochage scolaire. Ah mon Dieu! Qu'est-ce que je viens de dire là? Excusez-moi, la langue m'a fourché! C'est qu'on ne dit plus décrochage scolaire. Dorénavant, il faut dire persévérance scolaire. Et Foglia soulève cette énormité ce matin. Comme lui, je suis excédé par cette ère politiquement correcte, par ce lavage plus blanc que blanc du langage, surtout quand il émane de la bouche-même de nos joyeux lurons à l'Assemblée Nationale ou au Parlement. Je suis tanné de ne pas pouvoir appeler un chat, un chat, un handicapé, un handicapé ou un nain, Sarkozy.Le nouveau programme de persévérance scolaire du gouvernement provincial ne changera rien à la situation actuelle s'il n'en change que le nom. C'est purement et simplement du nivelage par le bas, tout comme les récents bulletins de notes ou les nouveaux programmes de mathématique.
Ceux d'entre vous qui avez des enfants le savez. Il n'y a rien à comprendre dans le bulletin scolaire de votre enfant: A-B-C-D ne veulent plus dire 90%, 80%, 70% ou 60%. Pas du tout. Le C, par exemple, signifie que votre enfant répond à plusieurs des exigences. Mais ça, c'est seulement dans ses compétences disciplinaires. On n'a pas encore attaqué les compétences transversales. Say what? Transver-quoi? On est à former de futurs cancres universitaires. Il faudrait que les décideurs comprennent une fois pour toutes que ce n'est pas l'éducation qui est importante, c'est la connaissance et la curiosité. Ouais ouais, je vous vois me lancer des roches. On doit rendre nos enfants curieux! Et il existe une foule de moyens pour ce faire. La culture en est un excellent.
Parlant de culture...
Il existe depuis l'automne dernier de tous nouveaux cours de mathématique pour les élèves du Secondaire IV (pour les jeunes diplômés qui l'ignorent, IV est un chiffre romain qui représente le chiffre 4). Saviez-vous que la classification 416, 426 ou 436 n'existe plus? Hé non, maintenant, ce sont des mathématiques CST (culture, société et technique), TS (technico-science) et SN (sciences naturelles). Donc, pour les ratés d'entre vous que la culture et les arts intéressent, rassurez-vous. Il existe maintenant des cours de mathématiques CST, adaptés pour les nuls qui se dirigeraient vers le domaine des arts ou des sciences sociales et humaines.
Avec le nouveau programme de persévérance scolaire, vos chérubins n'auront jamais eu autant envie de moisir sur les bancs d'école. Parce que niveler vers le bas, ça ne demande pas trop d'effort et ça permet aussi d'obtenir une maîtrise à l'université.


11 commentaires:
C'est effectivement aberrant !
"la culture et les arts intéressent, rassurez-vous. Il existe maintenant des cours de mathématiques CST, adaptés pour les nuls qui se dirigeraient vers le domaine des arts ou des sciences sociales et humaines."
Si j'avais suivi un cours de mathématique pour les nuls, j'aurais bien du mal aujourd'hui à exercer le métier d'illustrateur numérique / infographiste. Il n'y a rien qu'on apprend qui ne nous sert pas dans la vie. Je ne joue pas de la flûte à bec aujourd'hui, mais qu'on m'ait éveillé à la musique, j'en retire un grand plaisir aujourd'hui.
Où est le plaisir de la culture générale dans ce système d'éducation ? Les enfants décrochent peut-être parce qu'on ne stimule plus justement leur curiosité ?
=<;>=
je plussoie Eve, que je remercie d'ailleurs d'aller dans mon sens avant mon commentaire, comme ça j'ai moins l'impression de jeter un pavé dans la mare.
et si la raison du décrochage était *justement* ce nivellement par le bas ? le fait que, sous-stimulés, les ados ne voient plus l'intérêt de se rendre en cours ?
le malheur c'est que globalement, les décideurs politiques prennent les citoyens pour des cons. ya qu'à voir la façon dont ils nous parlent de sujets dits complexes en nous prévenant que nous ne pouvons pas comprendre. ya qu'à voir la façon dont ils éludent les questions quand elles sont ciblées, précises et documentées, qu'elles montrent donc que celui qui la pose possède un cerveau et sait s'en servir
le modèle de l'éducation élitiste à la française ne marche pas, mais bonyeu, celui totalement contraire à la québécoise non plus... y'aurait pas un juste milieu non ??
Dans la vie, moins tu en fais et moins tu veux en faire. La motivation se nourrit par l’action, non par le théorique interminable. Les jeunes sont curieux de nature. Il n’y a qu’à les regarder dès leur jeune âge. Comment leur intérêt peut-il se dégrader à ce point en moins de 5 ans? Je me dis qu’ils manquent probablement de défis. Savoir que l’on va obtenir son diplôme sans le moindre effort éloigne la volonté d’accomplissement. Ils ont besoin de projets. Des projets concrets qui auront un effet bénéfique de leur environnement et la société.
Les quelques têtes grises qui travaillent à l’Assemblée Nationale ont certainement pu réussir sans avoir atteint des études. Il y a une trentaine d’années, l’implication sociale amenait des gens dans la politique sans qu’ils aient nécessairement suivi des études. Cela peut peut-être expliquer en partie les mauvaises décisions qui ont été prises par nos dirigeants face à l’éducation. Ce que je trouve dommage dans notre société, c’est que les ministres passent plus souvent leur temps à payer des études afin d’obtenir des sondages sur le décrochage au lieu de prendre cet argent et l’investir directement dans des plans d’action concrets. Les pousse-pousses crayon politiciens se divertissent par l’arrivée de blocs de papiers, d’études, de sondages, de chiffriers. Ça leur donne l’impression qu’ils ont agit sans avoir même bougé un seul petit doigt. Et en passant, c’est vrai que l’article de Foglia était excellent. Ça fait du bien d’avoir un journaliste qui dit tout haut ce que l’on pense tout bas.
Moi je saisis un peu mal en quoi c'est un problème que de nommer le cours de math CST. Ne pensez-vous pas que la dénomination avec chiffres 416 par rapport à 426 ou 436 est une étiquette de la même façon sinon pire puisqu'elle "hiérachise" beaucoup plus les différents niveaux? Et qui a dit que le cours de math CST est pour les nuls? Faudrait arrêter de tirer sur les messagers (titres de cours) et s'attaquer plutôt à son contenu. Il y a quoi, dans ces cours, de si terrible et outrageux qui vous dérangent à ce point? Et je pose la question doublement puisque vous sous-entendez que le contenu est resté le même...
Moi qui ai des enfants d'âge scolaire, j'arrive très bien à suivre leur cheminement et j'arrive même aussi à comprendre les bulletins lettrés parce qu'il me semble, ce n'est pas si compliqué. Je concède par contre que rendu au secondaire, les notions apprises deviennent un peu plus complexes, les apprentissages plus académiques et les lettres sont peut-être moins de mise, mais au primaire, je dis bof, c'est de l'acharnement pour des détails. Le problème se trouve peut-être non pas dans la classe mais à la maison, avec des parents qui ont délégué à l'école la responsabilité du développement de leur enfant et qui ne s'y intéressent plus?
Autre chose, je ne vois pas non plus où est le mal à tenter de nommer les choses de façon positive plutôt que par la négative, ne serait-ce que pour "l'étiquette" qui est collé dans le front de l'éleve. Mine de rien, il y a tout un univers de biais de perception liés à la façon dont les choses sont nommées et c'est très possible que la dénomination change la perception qu'on se fait de l'objet plus que vous ne le croyiez.
De critiquer le fond du problème en chiâlant sur sa forme, c'est passer à côté de l'essentiel. Mais au fait, le connaissez-vous, le fond? Êtes-vous capable de m'expliquer, outre leur inutilité supposée, en quoi ces changement posent un problème s'il ne sont qu'esthétiques?
Le problème en éducation, c'est que le gouvernement ne demande pas aux bonnes personnes quoi faire. L'autre jour, je ne sais plus trop ou, un homme interviewé disait que ça serait préférable d'offrir des programme spéciaux aux élèves réguliers plutôt qu'aux élèves doués. J'ai trouvé l'idée géniale. Une amie qui travaille à l'école secondaire Mont-Bruno a proposé à ses patrons d'offrir des programmes tels que plein-air (puisque l'école est à proximité de la montagne) et un programme de sports pour les athlètes non-élites. Genre cours le matin et activités en après-midi. Une autre amie adepte de djembé voulait faire la même chose avec ses percussions. En ayant un petit plus pour le tenir à l'école, les jeunes décrocheraient peut-être moins facilement. Les élèves doués ont déjà tous les programmes qu'il leur faut pour les motivés et même ils sont déjà motivés. Ces idées viennent d'enseignants. Mais on ne demande pas à eux ce qu'ils pensent...Dès la maternelle, les profs peuvent dire qui seront les décrocheurs. Ces jeunes ont tout simplement besoin de se trouver quelque chose qui les passionnent pour poursuivre.
Totale d'accord avec l'article de Foglia et ce que tu en dis, Patrick. Mais note à Dodinette (je peux pas m'empêcher, je suis souvent toute seule contre trois-quatre Français à la maison): dans les examens internationaux, les Québécois ont toujours de meilleurs résultats que les Français, donc une meilleure adaptation et compréhension et intelligence du système académique.
1-Entièrement d'accord avec le fait que renommer qqch en utilisant un terme politically-"colette" ne donne ab-so-lu-ment rien ! Parfois, je me dis que les gouverne+ment, les gens du parle+ment mettent trop l'accent sur la dernière syllabe des deux derniers mots : ils nous mentent et se mentent sur des réalités en changeant des mots par ci par là : triste !
2-d'un autre côté, y'a peut-être pas que le gouvernement qui s'emmêle... En effet, condamner l'ère des euphémismes est une chose. Y emmêler tous les éléments d'une réforme de l'éducation "absolument mal implantée" faute de vraie volonté de la part du gouverne+ment est une autre chose. Dans ce billet, il y a matière à 8-10-12 billets ;-)
3-on ne peut plus instruire comme aux siècles derniers, ce que la réforme (pardon, le renouveau pédagogique - maudits soient tous les euphémismes de la Terre !) a tenté de mettre en oeuvre, mais très très maladroitement, faute de formations adéquate chez les enseignants, faute de vraie volonté des dirigeants, faute d'un vrai programme d'implantation qui tient compte des facteurs réels, etc. (Ex.: quand tu implantes qqch, il faut que ce soit relativement prêt, non ? - Pas le cas des programmes et/ou du matériel lié à cette réforme de l'éducation)
4-l'histoire du bulletin chiffré est un bel exemple de connerie, mais peut-êtr pas nécessairement au sens où il est entendu dans ce billet... J'en ai déjà parlé sur mon blogue (1, 2, 3 et peut-être même 4) : la ministre a fait une baloune politique en tentant de "patcher" un bulletin nouveau genre en lui collant une étiquette chiffré sans aucun sens ou presque ! On ne peut quantifié qqch de qualitatif, non ?
5-Tout ceci me fait dire (et je devrais en faire un billet) que le bulletin tel que présenté ne peut rendre compte de compétences. Les communications aux parents, en ces temps technologiques, devraient être plus soutenues, variées, et rendre compte au fur et à mesure au lieu de juste 3-4 fois par année avec qqch de plus ou moins compréhensible parce que trop résumé, trop "entré dans des petites cases satisfaisant qui au juste... les parents ou ... les administrateurs ?
6-Y'aurait encore tellement à dire, mais bébé me réclame ;-)
Eve: Le gouvernement ne dit pas que les maths CST sont pour les nuls, il n'oserait jamais! Surtout que ça ne veut pas dire que tu es nul si tu aimes les arts. Mais en disant aux jeunes de prendre des maths plus faible quand on cible des professions sociales ou artistiques, je trouve ça moyen.
Dodinette: Je ne connais pas en détail comment le système français fonctionne mais force est d'admettre qu'ils ont à plusieurs égards mieux réussi que ce qu'on a fait ici.
Joanie: Je ne pense pas que la curiosité diminue. Je crois que le corps enseignant n'utilise pas les sujets qui intéressent les jeunes pour leur permettre d'apprendre et de développer encore plus leur curiosité.
Pascale: Je n'ai pas dit que le cours de maths CST est pour les nuls. Comme je l'ai mentionné plus haut, le fait que le gouvernement incite les jeunes qui veulent se diriger vers des professions sociales, humaines ou artistiques à tout de même prendre des cours de plus faible niveau est du nivèlement vers le bas. Pourquoi ne pas encourager le dépassement? Que ceux qui ont les moyens de suivre le cours de maths SN (l'équivalent de 436) le fassent, même s'ils se dirigent vers des vocations artistiques.
Anonyme: Je suis d'accord et c'est ce que je dis quand j'avance que le Ministère de l'éducation n'a pas compris qu'il doit intéresser les jeunes avec des sujets qui les passionnent.
Mélodie: Je crois que Dodinette a raison. On a juste à penser à quel point les Québécois massacrent leur langue comparativement aux français. Tu en connais beaucoup des Français qui font des fautes aux trois mots?
Sylvain: En effet, y a du stock pour faire 12 billets là-dessus. Mais le bulletin, c'est vraiment la pire aberration de toutes. Ça ne veut plus rien dire du tout.
Concernant l'écriture et les petits (nuance importante) Français, ceux qui sont encore sur les bancs d'école, ils ne font pas mieux que nos petits Québécois, parfois même pire selon certains enseignants français que je connais...
En fait, c'est le rapport à l'écriture qui change peut-être, même s'il faut se méfier des conclusions trop hâtives du genre "les jeunes ne savent plus écrire", phrase qu'on disait non pas juste au siècle précédent, mais auX siècleS précédentS (Je pense même que la phrase était dite das l'Antiquité, c'est pas peu dire !)
Mais ce qu'on appelait le "sens de l'effort" est en train de se transformer, d'où l'importance, comme tu dis Patrick, d'intéresser les jeunes. Ce défi de la motivation en est un à chaque génération, mais on dirait que celle-ci nait dans un monde plus transformé ou qui se transforme plus vite que "dans l'temps" !
Bon, visiblement personne ne peut répondre à mes interrogations on dirait.
Mais alors Patrick, dis-moi pourquoi, si moi qui a la fin de mon secondaire ai opté pour une formation collégiale en sciences humaines j'ai quand même choisi de faire mes maths enrichies à cette époque, pourquoi un jeune qui se dirige aujourd'hui lui aussi vers les sciences humaines, sociales ou wathever, ne pourrait pas lui aussi choisir de faire ses maths avancées comme je l'ai fait moi-même? Y a encore personne qui ne l'en empêche à ce que je sache.
Et parce que je le vois moi-même avec mes enfants, ils ont des forces et des faiblesses et je trouverais ça plutôt dommage qu'ils ne puissent pas aller vers ce qui les allume (sciences sociales) parce que leurs faiblesses (les maths) leur en aura empêché.
Et on a quand même un atout ici que les français (qui en effet, ne sont pas mieux que nous côté qualité de la langue mais qui ont l'avantage de ne pas la voir menacée comme la nôtre ici) n'ont pas: si on se plante à 17 ans parce qu'on est pas décidé sur ce qu'on veut faire pour le reste de nos jours, on a toujours, pour le reste de notre vie, la possibilité de recommencer, de se rattraper. Eux pas.
Notre système n'a pas que du mauvais, mais le bon, ça ne fait ni jaser ni vendre la nouvelle.
Étant en secondaire 4, dans le programme SN, je ne peux qu'approuver certains des points cités plus hauts. Les enseignants nous ont même fortement recommandé les mathématiques CST si on s'orientait dans le domaine des arts ou des sciences humaines.
Un autre point qui m'énerve, c'est qu'ils usent de psychologie et jouent avec les mots (pas très surprenant) pour effacer les étiquettes de doués et de moins doués. L'école secondaire n'est-elle pas supposée nous préparer à la vraie vie? Pourquoi mettre en place des réformes pour nous faire croire qu'il n'y a pas tant de différences entre les élèves? De ce que je perçois, les décrocheurs laisse tomber leurs études parce qu'ils manquent d'intérêt, pas parce qu'ils suivent des cours de niveau régulier.
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