Avant de commencer, j'aimerais stipuler que j'adore le théâtre. Le théâtre urbain, surtout, mais le théâtre en général. J'ai vu des pièces à vous décrocher la mâchoire, des mises en scène à vous faire crier au génie. J'ai entendu des textes à vous faire pleurer, de joie ou de peine. J'ai toujours aimé cette forme d'art. J'ai même fait partie d'une troupe durant plus de deux ans. C'est peu dire.
Je suis allé voir la pièce La charge de l'orignal épormyable hier soir au TNM. J'avais de hautes attentes pour cette pièce, écrite par Claude Gauvreau. Les dix premières minutes m'ont rivé à mon fauteuil. Le décor, incroyable, plus grand que nature, donnait l'impression d'avaler la salle. Je voulais tellement me faire prendre au jeu. Peut-être trop. J'ai cessé d'y croire après les premières minutes. Je me suis mis à compter les 120 suivantes, espérant que mon calvaire tire à sa fin le plus rapidement possible. Je m'y suis royalement emmerdé. Au bout de trente minutes, je suis même passé à un cheveu(!) de m'endormir. Ça ne m'était jamais arrivé. Pas même durant des pièces de Mouawad de plus de 4 heures. Je me suis ressaisi. Je ne pouvais quand même pas pousser l'affront jusqu'à roupiller pendant la pièce. Quinze minutes plus tard, je jette un coup d'oeil à un ami qui nous accompagne. Il roupille comme un bébé qui vient de terminer sa tétée. Avoir su...
J'ai donc en bout de ligne fabulé durant plus de deux heures, pensant tantôt à la semaine de fou qui venait de se terminer, songeant tantôt à notre voyage qui approche à grands pas et même écrivant parfois carrément des textes dans ma tête. J'ai essayé fort de comprendre toute la subtilité de la pièce, de mesurer toute la folie qui se cachait dans l'oeuvre de Gauvreau. Mais ce fut le calme émotif plat. Un ECG en flat-liner. Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip. L'univers du poète me glissait dessus comme la folie sur le dos d'un politicien straight.
Quand la pièce a pris fin, les gens se sont levés d'un coup, criant des bravos à tout rompre. L'ovation monstre! Même pas le temps de crier Rideau! que tout le monde était debout, les clap clap clap fusaient de toutes parts. Applaudissons les génies!
Euh, perdon? Y a tu quelque chose que je n'ai pas compris quelque part? Suis-je vraiment si déconnecté de l'univers du théâââââtre? Ormis Ge et l'ami qui nous accompagnait, étais-je la seule personne assise dans le champ, dans la cour ou dans le jardin, à n'avoir rien compris à cette mise en scène? Étais-je le seul à ne pas avoir été touché? Étais-je l'unique victime d'un coma cérébral? Rebiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip...
En sortant de la salle, on croise des amis de l'ami, des gens de théâtre qui nous disent à quel point ils ont été déçus. Ouf! J'ai eu peur d'être fou (ok, pas tant que ça). Alors qu'on démolit la pièce dans l'allégresse, l'un d'eux demande si on ne pourrait pas aller la détruire à l'extérieur. Il ressent, semble-t-il, un certain malaise à le faire dans l'antre sacré. Mais pourquoi donc? Ça serait si mal vu d'aller à l'encontre de l'opinion des autres spectateurs?
Puis je me questionne à savoir combien de gens se sont levés à la fin de la pièce et ont applaudi à tout rompre simplement parce que les autres le faisaient? Combien de malades souffrent de ce nouveau mal si répandu dans nos salles québécoises, la lèvite aiguë? Les dirigeants de théâtre mettent-ils des électrodes dans les sièges maintenant pour que la foule se lève d'un coup dès qu'un spectacle se termine? C'est pour aider à ce que le courant passe? Je suis curieux de savoir combien de gens n'ont pas aimé la pièce d'hier mais ont quand même applaudi, ovationné, parce que leurs voisins se levaient? Combien de succès créé-t-on de la sorte parce que quelqu'un, quelque part, a dit ou écrit qu'une oeuvre était magistrale?
Combien y a-t-il de suiveux dans la salle?


6 commentaires:
Probablement le même pourcentage que dans le reste de la société... ça te donne une idée!!!
Cela dit, j'ai croisé d'autres amis qui ont adoré la pièce!
Le public québécois souffre de «standingovationite aigüe». Les humoristes surtout, qui réclament crument une ovation debout, même quand c'est assez moyen, merci...
Gauvreau, moi.... nooooooooon....
Oh. My. God. Me souviens m'être profondément ennuyée en lisant le texte dans un cours de théâtre au cégep... Je n'accroche pas, mais alors pas du tout sur Gauvreau. Je me disais que ce serait peut-être une bonne idée d'aller la voir avec des acteurs pis toutte pour voir si une quelconque réconciliation avec l'oeuvre était possible, mais tu viens de m'enlever le soupçon d'entrain que j'avais!
Marie-Julie: oui c'est mieux en vrai. J'ai mieux compris l'oeuvre. Mais ça reste très très space. Moi aussi j'y avais eu droit en français québécois au Cégep, juste après la lecture du Survenant... Calvaire, vraiment tout pour donner goût à la littérature québécoise!
Mot de vérification: CROTTE??! Ah tiens c'est inspirant pour un dimanche matin!
Catherine: Et c'est combien ce pourcentage?
Garamond: En effet, j'incluais toute forme de spectacle.
M-J: Désolé (pas tant que ça)! ;-)
Ge: Le vérificateur doit être au courant de choses que seuls quelques initiés savent. Moi je dis ça de même.
Je vois pas mal de shows pendant une année pour mon travail et par plaisir. Musique, théâtre, danse... Dans 98% des cas, il y a une ovation à la fin. Il n'y a plus moyen de souligner l'exceptionnel en se levant, c'est maintenant la norme.
Anecdote. Lors de nos dernières vacances en Angleterre, nous avons assisté au summum des Shakespeare, présenté par la Royal Shakespeare Company. Acteurs, décors, costumes et mise en scène à couper le souffle pendant 3 heures. Au final, mon élan était déjà pris pour le "standing ovation" de ma vie, sauf qu'il n'y a pas un chat qui s'est levé dans la salle même si tout le monde applaudissait chaleureusement. Depuis ce temps-là, je pense à Shakespeare et je reste assise 98% du temps à la fin des shows.
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