Je n'aime pas Richard Séguin. Sa folk-pop québécoise prévisible ne m'a jamais inspiré. Mes goûts musicaux se situent même à l'opposé des siens. C'est peut-être pourquoi je ne me reconnais pas dans sa chanson Je te cherche partout. Parce que moi, de toute façon, c'est pas toi que je cherche, c'est moi.
C'est moi que je cherche partout. Dans ma vie personnelle, dans ma vie professionnelle, dans mes relations avec les autres, dans mes moments de nombrilisme aigu, dans mes instants de perdition, de questionnements incessants, de chutes à répétition et de noyades quotidiennes. Je me cherche dans mon écriture. Mon profil ici-même le dit: Qui suis-je? Un chroniqueur? Un journaliste? Un recherchiste? Un auteur? Un blogueur? Quel est mon putain de rôle ici? Quel est donc ce besoin d'écrire? En est-ce seulement un? N'est-ce pas plutôt la bouée lancée à l'eau, le gars à l'amer, attendant seulement le moment qu'on le hisse hors de lui avant qu'il ne se noie?
Qui suis-je dans la vie? Qu'est-ce que je viens faire ici? D'abord, pourquoi cette recherche d'identité? C'est quoi cette quête perdue d'avance? Vous le savez qui vous êtes, vous? Vous avez une idée de ce que vous foutez ici?
La plupart des écrivains ressentent le besoin de livrer un roman sur papier? Je ne suis pas différent d'eux. Mais suis-je romancier parce que j'en ai écrit un? Es-tu musicien parce que tu grattes quatre accords de guitare ou parce que t'es finaliste à Star Académie? J'ai terminé mon roman en décembre. Ce manuscrit, c'est l'accouchement de plusieurs mois d'errance littéraire, à essayer de mettre en mots et en forme des bouts de ma vie. Ce roman vient de mes tripes, c'est mon moi profond. C'est des années de merde essuyées sur du papier huit et demi par onze. C'est l'histoire de multiples failles, d'une horde de blessures omniprésentes. C'est lourd, sale, tordu et tout croche. Comme moi. Je me suis vidé le coeur, le ventre et l'âme dans ces pages.
J'avais transmis mon roman à quelques éditeurs triés sur le volet. Réponses mitigées. Deux des trois éditeurs auxquels j'avais soumis la bête sanguinaire m'ont répondu la même chose. T'as du talent Patrick, mais t'as tourné les coins ronds. T'as une belle plume Pat, mais t'as été paresseux à plusieurs endroits. Je pourrais leur crier d'aller se faire foutre mais vous savez quoi? Ils ont raison. Je crois avoir pris le chemin facile pour torcher ces lignes. Et je me suis fait prendre dans le détour. Ça m'apprendra. Dans ma vie, vous savez, je prends souvent le chemin facile. Et je me fais prendre dans le détour. Et ça chie. Ça m'apprendra.
Les questions sont simples finalement. Qui suis-je? Et est-ce important de le savoir de toute façon?
11 février 2009
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10 commentaires:
Ceux et celles qui liront ton roman, apprendront-ils qui tu es ?
Ne te pose pas trop de questions, continue, avance. En prenant de l'âge, tu vas trouver réponse à tes questions, du moins les plus importantes.
Tu lis, tu écris; tu es dans la minorité qu'on appelle «les intellos»...
Rien de mal là-dedans !
Marie-Sissi Labrèche, comme on le voit dans le film tiré de ses romans d'auto-fiction, s'était fait dire d'écrire à partir de Là ou ça fait mal (manque le $%?$% d'accent et les $%?$? de guillemets, mais l'idée y est). Serait-ce ce qui incarne les coins ronds tournés, ou cette peur de sauter de très haut, dont tu as déjà fait mention sur ce blogue?
Et pourquoi ce besoin si intense de se définir. De mettre des barrières à la «chose» qui se définit le moins sur cette planète. On ne peut mettre en mots ce qui ne cesse d'évoluer, ce qui bouge, change continuellement. Et c'est tant mieux comme ça.
Ça laisse de la place à l'évolution, au non statut-quo. Et ne pas avoir de «titre» précis, ça ne peut que te laisse t'épanouir, sans convention, avec conviction.
J'ai 18 ans, la vie je la connais pas tant que ça. T'as 87 ans de plus que moi, énormément plus de vécu, mais je me suis reconnue dans certaines de tes phrases, dans l'ensemble général de ton texte.
J'ai hate de le lire moi ton roman.
garamond: Ceux qui le liront sauront tout de moi. Je sais pas si on finit un moment donné par trouver les réponses. Surtout que les questions changent en cours de route.
Mounette: Non, au contraire. Là où ça fait mal est très bien sorti et mis sur papier. C'est dans la forme que les coins ronds ont été tournés, pas dans le fond.
PetitPois: Merci. Mais t'as pas le droit d'être plus sage que moi parce que t'es juste une gamine bon!
Patrick.
Que d'intensité!
Lance toi vers les éditeurs déboutés. Tu y trouveras peut-être ton compte pour un premier jet. Non?
As-tu un bâton de baseball? Tu sembles te taper dessus sans délicatesse. Le jugement à l'emporte-pièce en prime.
Par contre, connaissant tes fluctuations, comme ce billet a été édité hier, ton état doit être plus calme ce soir.
Passe du bon temps sans trop te prendre la tête.
Marika
~ ~ ~
@Garamond: Pour une fois j'abonde dans le même sens que toi ;-) Finalement, tu dois être sympa...
Ben moi je pense que ça fait du bien de se taper dessus de temps en temps... :-) Zéro doute que tu publieras, que ce soit ce roman retravaillé ou un autre. Je pense aussi qu'il faut parvenir à se vider la tête et à s'enfermer un peu dans notre bulle pour parvenir à écouter les mots qui se battent en-dedans pour sortir. Je n'en suis pas encore là... L'es-tu?
Des fois, c'est mieux d'arrêter de se demander qui on est et seulement être.
Lâcher prise que ça s'appelle je pense ;-)
Pas mettre le roman dans le tiroir pour toujours. Non.
Juste quelques mois.
Faire autre chose.
Respirer. Rigoler.
Y revenir.
Mettre du pointu dans les coins.
Inviter ses amis au lancement :-)
Marika: Me prendre la tête, c'est ce que je fais de mieux. Seconde nature presque...
MJ: Je ne sais pas. Je croyais oui. J'en suis de moins en moins sûr.
Anonyme: Facile à dire et moins facile à faire. C'est pas inné de lâcher prise. S'accrocher, ça vient de loin.
Isabelle: Je le promets, si le jour vient.
Prends un "grand respir" et fonce. T'as du talent pour ça. Puis malgré tes coins ronds, tu t'es rendu au bout de ton projet, non? Un grand, que dis-je, un gigantesque pas est déjà fait.
Je peux ajouter mon nom sur la liste de ceux et celles qui ont hâte de le lire ce bouquin-trippes?
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