Vous vous rappelez où vous étiez le 6 décembre 1989? Moi, je m'en rappelle comme si c'était hier. En fait, c'était hier. Dans mon coeur ça l'est. Je me rappelle la douleur, la tristesse, la détresse. Puis le doute, la colère, l'incompréhension et l'impuissance. Surtout l'incompréhension. Exactement la même que lorsque mon paternel a quitté ce monde. Vide et rien à ajouter.
Des gens que je connaissais se trouvaient entre ces murs. Une fille que j'avais côtoyé se trouvait dans cette classe-même. Je me rappelle avoir passé la soirée scotché devant le petit écran à ne pas comprendre comment on avait fait pour se retrouver là. Je me souviens ne pas piger, au lendemain de la tuerie, comment la Terre pouvait continuer à tourner. Sans elles. Sans aile.
Comment ne peut-on pas s'arrêter devant ces gigantesques conneries humaines, ne serait-ce que quelques instants pour se poser des questions? Comment peut-on aller travailler, manger, dormir, avancer, respirer?
La première fois où je me suis fait lancer à la gueule la bande-annonce du film Polytechnique, j'ai été sur le coup propulsé 20 ans en arrière. Un dix-huit roues venait de me passer dessus. La mâchoire crispée d'émotions trop fortes, même pas enterrées, encore trop présentes. Je me rappelle avoir tout de suite murmuré entre mes dents serrées qu'il était hors de question que j'aille voir le film, trop sensible que j'étais encore face à l'événement. C'était il y a deux ou trois mois.
J'ai peut-être vue cette bande-annonce une dizaine de fois depuis et la seule écoute de la bande-son me plonge automatiquement en apnée éveillée. J'en ressors toujours K-O, le souffle coupé, au bord des larmes. L'entrevue de Denis Villeneuve dimanche dernier à TLMEP a calmé de petites tempêtes, m'a même pratiquement fait changer d'avis. Et aujourd'hui, la critique de Juliette Ruer sur Cyberpresse tend à adoucir les contours sensibles de la faille afin que je sois en mesure de voir ce film. Mais suis-je capable d'aller au-delà du drame pour en voir la beauté cinématographique? Toute la question est là. Est-ce que je peux oublier, quelques heures, et regarder le tout d'un oeil extérieur. Mais d'un autre côté, est-ce qu'une seule personne le peut?
Petite soirée tranquille, seul avec moi-même ce soir, je prévoyais me gâter à coup de mix de cultures. Soupe vietnamienne, thé à la menthe, narguilé aux fruits et blondes allemandes houblonnées. Est-ce que j'ose ajouter le cinéma québécois à ma soirée multi-saveurs?


12 commentaires:
Qu'est-ce qui te ferait le plus de bien?
Moi personnellement, je m'abstiendrai, peut-être par moumounerie ou peut-être aussi que je n'ai pas envie de me faire démolir à coup d'images réalistes qui vont me virer à l'envers pour quinze jours.
M.
Hors sujet
Re: @PatdotDiondotcom
Bon te voilà transformé en porte voix de la psycho-pop de brasserie. Cliché cliché cliché le truc de la matante maternant le badboy. Celui auquel tu fais référence est un faux jeton. Un faussaire d'identité. C'est un badboy couillon qui pleure sous les jupes de sa maman à la moindre contrariété.
Rassure moi que t'es pas de cette catégorie au moins ;-)
"mautadit côté maternel".......je t'attends au détour avec celle-là!
Bien sur tu iras. Sans dramatiser. En t'accompagnant de tes souvenirs.Tu iras pour voir comment Denis Villeneuve a transcendé le choc pour en tirer uniquement un souffle. Un souffle épuré et tendre. Un souffle qui posera des images, les images que l'évenement lui évoque. À lui. En toute simplicité, en douceur pour nommer le drame et ne jamais l'oublier.
C'était nécessaire.
Tu en ressortiras fragile. C'est bon parfois de nager avec ces émotions en rafale. Troublantes en eau trouble.
Je lirai à ton retour...tu ne pourras qu'avoir envie d'en parler.
Bonne soirée à toi, pour toi, pour te souvenir.
Anonyme: Je pourrai te dire ça après l'avoir vu. Mais j'y vais ce soir, c'est décidé.
iikabliss: Bien sûr que j'irai. Mais je ne suis pas sûr si j'en parlerai. Je ne sais jamais ce qui va m'inspirer. La soirée le dira.
Qu'elle te soit douce et "inspirante".
Oui je m'en souviens bien de cette triste soirée,on avait jamais vue aussi dramatique et horrible avant la Polytecnique.Je trouve ça injuste pour les victimes,c'est un acte cruelle que personne ne peut prévoir,c'est impossible a comprendre un enfer aussi dévier.Mais passe une belle soirée avec du bon cinéma,bon week end ,bon repos.
Que je te comprends! Ben oui je me souviens où j'étais ce 6 décembre. Étudiante à l'UQAM, déjà en amour avec mon Burp depuis quelques semaines... Quand tu étudies à l'UQAM, la Polytechnique c'est dans la cour en arrière.
La bande-annonce m'a donnée le "moton", l'entrevue à TLMEP aussi et j'ai quasiment les yeux dans l'eau juste à écrire ce commentaire. C'est tout dire. Je vais sûrement pleurer toutes les larmes de mon corps mais je ne peux pas faire autrement, j'irai quand même voir le film.
Je suis allée voir le film hier, le 6 février. Je n'ai pas vu le temps passer, je suis restée là sans pouvoir bouger, enfoncée dans mon siège, le souffle coupé !
C'est bouleversant, émouvant, déchirant. Le noir et blanc, la musique qui glisse doucement et qui est d'une telle tristesse mais qui accompagne si bien les images, les prises de vue. À la fin du film, personne n'osait se lever. Quand je suis sortie de la salle, ça m'a pris quelques minutes à la porte du cinéma pour reprendre mon souffle !! Je me suis empressée d'aller me réfugier dans ma voiture pour laisser librement couler mes larmes. Et la première chose que je voulais faire en rentrant à la maison c'était d'appeler ma fille et de lui parler pour qu'elle sente que je l'aime. Ça fait 20 ans et tout à coup, c'était comme si c'était hier.
C'est tellement un beau film sur un évènement si tragique !!
C'est à voir....et à revoir !
Etoile Filante
Alors, tes commentaires?
iika: Comme le mentionnait mon statut Facebook, ce magnifiquement filmé, sobre et rempli de respect. Triste et recueillant. Je suis sorti de là plutôt en paix avec moi-même. Le choc n'était pas au rendez-vous parce que Denis Villeneuve a réussi à faire preuve de retenue malgré l'ampleur du drame. Je ne peux que dire bravo.
Épicure: Cours le voir. C'est un must cinématographique autant que social et personnel.
Étoile: C'était aussi comme ça dans la salle où j'étais. Les gens sont restés assis calmement sur leur siège jusqu'à la toute fin du générique, essayant d'avaler un peu toute cette histoire qui rentrait comme une tonne de brique.
Pour ma part, juste la bande annonce m'a glacé le sang. Je ne pourrai sûrement pas passer 90 minutes assise devant une telle réalité, nonobstant qu'elle soit bien filmée.
Remarquez que je suis comme ça aussi, devant les films qui relatent les horreurs de la première ou deuxième guerre mondiale.
( Mon pouvoir d'empathie est trop grand, je crois. )
Ceci dit, j'ai déjà vue une entrevue avec 2 ou 3 des gars qui étaient là et qui n'avaient «rien fait». Quelqu'un se souvient de ce reportage....est-il disponnible sur Youtube ?
Ça devrait faire un bon complément à ce film (ou une bonne préparation, c'est selon !)
Lady...qui le regardera, un jour, mais dans son salon avec la broite de mouchoirs !
...et dire que tu aurais passé à côté de ce film par peur d'en ressortir trop affecté.
Facebook: fini. J'ai fait le tour suffisament pour comprendre que parfois, il vaut mieux ne pas tout connaitre des autres.
Enregistrer un commentaire