24 février 2009

On est tous le souffre-douleur de quelqu'un

Y a d'abord eu mon histoire, ici, il y a quelques jours. Une histoire ordinaire d'un petit gars de banlieue qui était un peu trop dodu, trop petit, dont la voix n'avait pas encore mué, qui était un peu trop poli et craintif. Une histoire ordinaire d'un petit gars qui se faisait traiter de Miss Tapette dans la cour d'école, qui se faisait appeler Bouboule dans son équipe de hockey, qui se faisait écraser des cigarettes dans les paumes et qui se faufilait entre les cases pour ne pas se faire kicker le cul. Une histoire ordinaire où j'aurais aimé apprendre à me battre pour foutre quelques baffes à la gueule des connards qui me torturaient. Mais j'avais peur. Trop peur. Je n'avais pas appris à me défendre. Je n'avais pas appris que j'avais le droit de dire Ça suffit! Dieu merci, il n'est jamais trop tard pour apprendre. J'ai toujours répéter à mon fils de se défendre s'il se faisait écoeurer par ses pairs. Les plaies visibles guérissent plus vite que les plaies de l'âme.

Puis il y a eu l'histoire de Martin. Martin qui se faisait kicker lui aussi, dans la cour d'école, dans la rue, devant une maison Parents-Secours. Faut croire que les pancartes n'y changent pas toujours grand chose.

Et il y a eu toutes ces autres histoires qu'on peut lire dans la chronique de Foglia ce matin. Tous ces faits marquants. Tous ces gens. Toutes ces douleurs. Comment se fait-il qu'il y en ait tellement? Comment se fait-il que personne n'ose crier leurs blessures si profondes avant? Comment se fait-il qu'il reste tant de bourreaux après avoir fait le décompte de toutes les victimes?

13 commentaires:

Chocolyane a dit…

Ça marque. Et ça marque longtemps.

Et ça te suit longtemps.

J'en suis aussi.

Morgane a dit…

Parce que souvent bourreau et victime se confondent. Ce n'est pas une généralité gratuite.

Anonyme a dit…

Je n'en reviens pas, et dire que je croyais jusqu'à récemment vivre dans un des "pays" les plus cool de la planète. Ces douleurs trop lourdes pour les épaules d'enfant me pèsent, me brisent. Et je pense aux autres, à ceux qui ne font pas le poids , qui ne sont plus là pour témoigner de leurs blessures profondes.

Dans mon entourage, dans les derniers mois, deux gamines se sont pendues, elles étaient brillantes, aimées de leurs parents et pourtant la vie pesait trop lourd, elles n'ont rien trouver de mieux à faire que de mettre un terme à leurs vies.

J'espère sincèrement que pour une fois on ne balayera pas le problème sous le tapis, il ne faut pas cesser d'en parler, jusqu'à ce que quelqu'un nous promette de prendre les choses en mains sérieusement.

Je repense encore au 250,000$ offerts au club Canadien par notre cher gouvernement et je sens une violence sourde montée en moi... Pauvres enfants, quel bel héritage on leur laisse.

Et tous vos témoignages, c'est troublant, je suis vraiment vraiment de tout coeur avec vous.

M.

Geeks are Sexy a dit…

Même chose ici... tout ca a continué jusqu'en secondaire 3... jusqu'à temps que je "pète" ma coche et que j'sacre une volée à un bum.. à partir de ce point là, j'étais plus le tit con qu'on écoeure, mais plus le "crisse de malade mental" à qui on parle plus.

C'étais définitivement une amélioration. :)

Morgane a dit…

C'est ce que je disais, victime et bourreau.

garamond335 a dit…

Il y en a beaucoup parce que les adultes nient carrément le fait, surtout la direction des écoles publiques.....
Arrêtons de nous cacher la tête dans le sable et agissons !
Ça prend de la discipline dans les écoles ! Moi, me faire dire « va chier gros cochon» par une tête forte, j'irais voir le Directeur et je lui demanderais de choisir: moi ou la petite frappe qui m'a insulté...

Daniel Rondeau a dit…

Moi je dis comme Morgane. Et parfois, on l'est en même temps. Sans compter toutes les fois où l'on se tait devant la violence. Et ça, on l'a TOUS fait.

Patrick Dion a dit…

Choco: Je me rends compte qu'on l'est pas mal tous finalement.

Morgane: En effet, un suit souvent l'autre. C'est l'effet domino. C'est pourquoi il faut briser le cercle.

M.: Y a des subventions qui sont parfois mal placés mais celle-là n'est pas la première. Je crois qu'il y a de la place pour encourager les jeunes à étudier et à oser et aller plus loin, comme c'est le cas pour cette subvention en particulier. Mais pour tous les quarts de millions qu'on injecte dans des programmes comme ça, il devrait y en avoir d'autres pour contrer la violence dans les écoles et ailleurs.

GAS: Je me souviendrai longtemps de certaines baffes que j'aurais dû administrer et que je n'ai jamais osé donner. Je ne peux pas condamner un kid qui se défend.

Garamond: Je ne crois pas que la discipline règle tout. La preuve est que c'est pas plus en paix dans l'armée.

Dan: Peut-être mais ironiquement, ces dernières années, c'est là où j'ai été le plus efficace, le moins silencieux. J'ose m'en mêler maintenant. C'est peut-être ma façon de virer la roue de bord.

Mike a dit…

Je ne sais pas comment mettre un lien dans un commentaire, je vais donc vous référer "à la mitaine".
Aller voir pourquoi J.F.Mercier ne veut pas avoir d'enfant, c'est très facile à trouver sur Youtube, ça vaut le détour, et c'est en plein dans le thème.Scusez mon ignorance mais le message est passé quand même.

OhMama a dit…

Des hommes et des femmes parviennent à alerter les autorités pour ensuite poursuivre leur agresseur sexuel plusieurs années après les faits. Et la société est de plus en plus ouverte à ces gestes de dénonciation qu'on gardait sous silence tout en sachant: "On ne parle pas de ces choses-là" était souvent la norme.
Ne pourrait-on pas penser que la victime des bourreaux de cours d'école, une fois devenue adulte puisse poursuivre en justice ces individus qui ont su se fondre dans la bonne société ? La victime au quotidien se souvient sûrement des noms de ces tortionnaires. On arrive aujourd'hui à poursuivre pour toute sorte de causes, pourquoi celle-ci aussi ?

Anonyme a dit…

Un jour, il y a pas si longtemps, un petit garçon revient de l'école et annonce à sa maman qu'il est suspendu pour 2 jours et qu'elle doit rencontrer la directrice. On indique à la mère le très mauvais comportement de son garçon: il a bousculé un jeune homme dans la cour de récré. Lors de cette réunion (directrice, surveillante et professeur) font ânonner au garnement la réaction qu'il aurait dû avoir: JE DOIS INFORMER LA SURVEILLANTE QU'ON VIENT DE ME FRAPPER, ET SURTOUT NE PAS RÉPONDRE PAR LA VIOLENCE. Puisqu'il n'a pas réagit de la bonne manière, on lui octroit 2 jours de suspension. La maman ose s'informer du jeune homme qui a frappé son fils: c'est un enfant qui a des troubles de comportement = aucune suspension.

Devant l'incongruité de la situation, la maman choisit son combat et rassure son garçon en lui disant qu'il avait pleinement le droit de se défendre.

Marie-L. a dit…

Répondre par la violence... Effectivement, quand j'avais 13 ans, c'est tout ce que je voyais comme solution. Mais comment? Alors, je rêvais de mitraillette pour tous les faire taire. Vraiment une solution? Parce que franchement, je me serais mal vue m'attaquer seule à cette gang toute puissante autrement qu'aidée de moyens techniques. Et je crois que sincèrement, de toute autre façon, j'aurais empiré mon cas. École privée, milieu protégé: violence morale, mentale. On m'a écrasée au plus profond de moi. Aussi simple que ça. Je crois que ce qui m'aurait protégé c'est si on m'avait appris à être moins sensible, plus distante. Si on m'avait appris avant d'arriver à l'école la vraie vie... à quel point il faut se conformer, se fondre dans le décors, devenir soit super visible du bon côté ou alors totalement invisible pour ne pas se faire repérée... C'était il y a 18 ans environ. C'est pas né d'hier. En parler au directeur... mais voyons madame: c'est la vie, on est tous passé par là, ça forge le caractère. Mes "agresseurs" se sont fait renvoyés en sec.3, mais pour consommation de cocaïne sur le territoire de cette école privée du nord de Montréal. Très bonne école par ailleurs, mais qu'est-ce que vous voulez, c'est partout pareil...

Patrick Dion a dit…

Mike: Mercier a énormément de clips sur Youtube. Vous avez un titre à me référer au moins?

OhMama: ça ne peut pas être une solution. Premièrement, vous imaginez le nombre de mineurs qu'on retrouverait en institution? De plus, imaginez-vous le scénario devant la Cour alors qu'un juge doit délibérer parce qu'un ado a fait bouffer du gazon à un autre...

Anonyme: Je dis la même chose à mon fils. Je veux qu'il se défende s'il se fait taper dessus par des petits caves à l'école. Sinon, il le regrettera tout au long de sa vie.

Marie-L.: Mais on ne parle pas de répondre par la bouche d'un fusil. On parle ici d'asséner une taloche en arrière de la tête à des bullies qui se croient plus fort et mieux que les autres. Je crois plutôt, à l'opposé, qu'un enfant qui absorbe les coups risque plus d'éclater sévèrement s'il ne riposte jamais quand il en est encore temps.