Mon père est décédé d'un infarctus du myocarde en 1996, à l'âge de 55 ans. Sa mort fut un vrai choc. Un choc parce qu'il quittait pour toujours mais aussi un choc dans ma propre vie: On ne sait jamais quand on va venir se faire faucher l'herbe sous le pied. Je me suis réveillé, jurant que je ne participerais pas à la loterie morbide familiale. Je me suis juré que je mettrais tout en oeuvre pour ne pas qu'on tire mon numéro de clôture avant mon temps.
J'ai pris (et je continue de prendre) tous les moyens pour ne pas que ça m'arrive. Je me fais suivre par un médecin qui m'a prescrit des médicaments contre le cholestérol (je faisais au-dessus du double de la limite permise), je contrôle ma pression sanguine (elle tend à être plutôt élevée), j'ai coupé la plupart des formes de gras et de sel de mon régime alimentaire et je ne fume plus depuis plus de deux ans. On top of that, ça fait dix ans que je nage une cinquantaine de longueurs plusieurs fois par semaine.
Malgré tout, la mort me hante constamment. Elle est là, sournoise, tapie dans l'ombre de mes pensées. Dimanche soir, elle s'est pointée le nez encore une fois dans l'embrasure de ma porte. Alors que je m'asseyais au salon après avoir terminé le souper, j'ai ressenti une douleur atroce au thorax. Comme si quelqu'un s'amusait à me rentrer un couteau sous la cage thoracique. La douleur s'est rapidement diffusée au niveau des omoplates. J'avais un mal de dos effroyable. J'étais incapable de bouger, plié en deux. La douleur irradiait, comme des vagues de chaleur qui allaient et venaient partout dans le haut de mon corps. Mal de tête, nausées, coups de chaleur, frissons froids, douleur dans la gorge et sous les aisselles. Je gagnais le jackpot.
Je me suis étendu, longuement, un peu déboussolé du mal que je ressentais. Puis, la douleur s'est calmée au bout de 45 minutes. Ge, connaissant mon background médical familial, s'est empressé d'aller voir sur Internet les raisons de mon malaise. Pas de doute, d'après le Gouvernement du Québec ou Santé Canada, j'étais en train de me tricoter une crise cardiaque. J'en vivais les symptômes les uns à la suite des autres, étape par étape, à la minute près. Si ça continuait comme ça, j'étais pour me faire assaillir le coup final dans 3 heures, top chrono. Ge me conseille d'appeler Info-Santé, chose que je ne veux pas faire sachant fort bien qu'ils me conseilleront de me diriger illico à l'hôpital. Elle ne le dit pas mais elle hallucine un peu sur ma condition. Et moi aussi, je dois l'avouer, sauf que dans mon cas, je suis plutôt du genre à fermer ma gueule et m'arranger pour ne pas que ça paraisse. À force d'obstinations, je finis par appeler le 811, me répétant que c'est impossible, que je ne suis pas un bon candidat pour me taper une crise cardiaque, défiant le sort parce que je fais attention à moi, parce que je je mets toutes les chances de mon côté, parce que je suis en meilleure forme que la population de Laval réunie au grand complet.
J'ai peur, je l'avoue. Avec les antécédents familiaux que j'ai, je suis et je demeure le candidat idéal pour me claquer une crise cardiaque, même si j'ai les joues rouges comme une bergère helvète.
Je me dirige donc anxieux vers la salle d'urgence la plus proche. J'arrive au triage de l'Hôpital Jean-Talon. On a beau chialer contre le système de santé au Québec, je vous jure que si vous arrivez au centre hospitalier en disant que vous avez des douleurs à la poitrine, ils niaisent pas avec le puck. La Madame Infirmière me pose des questions sur mon état et prend ma pression: 140 sur 90. Fuck, c'est un peu haut! "Mais Madame, c'est pas de ma faute, c'est parce que je panique un peu là." J'essaie de rester calme. Je prends de profondes respirations. De toute façon, s'il m'arrive quoi que ce soit, je suis au meilleur endroit pour qu'on prenne soin de moi. L'hôpital est le meilleur endroit pour me taper un infarctus...
On me branche les aimants (pas le film, la machine) et on me passe un électrocardiogramme. On me vide d'un peu de sang qu'on enferme dans de minuscules éprouvettes. On me tâte, on me tourne et on me retourne. Visiblement, je suis entre bonnes mains. Je vois deux médecins et trois infirmières. Une quatrième infirmière entre et me demande si je suis parent avec Céline. J'ai le temps de la trouver conne. Je passe d'une salle à l'autre, je tue le temps à défaut que lui-même le fasse. Au bout de six heures, le verdict tombe. L'ECG est correct et je suis plein de bon sang. Maintenant, reste à savoir ce qui a cloché. On m'explique des histoires d'estomac ou de vésicule biliaire, on me parle de tests de plein d'affaires, on me chante la vie comme elle est.
Depuis les dix dernières années, j'ai tout fait pour fuir la maladie, j'ai tout mis en oeuvre pour vieillir en beauté et me rendre jusqu'à 100 ans. Alors quoi faire de plus pour allonger le calendrier de ma vie? Je ne sais pas, je ne sais plus. Je ne suis quand même pas pour aller nager vingt fois par jour (quoique ça expliquerait peut-être pourquoi les petit vieux ont la peau toute ratatinée). La vraie question est: A-t-on tous un petit moteur bâti pour faire un tel nombre de kilomètres pour finalement s'étouffer, peu importe les changements d'huile qu'on lui fait?
Que me reste-t-il à faire maintenant? Seize the day, comme disait Éric Bernier à Tout sur moi avant-hier soir? Vis ta vie comme si c'était ta dernière journée? Je veux bien croire, oui, que c'est la meilleure chose à faire en tout temps. Sauf que c'est beaucoup plus facile à dire dans une télé-série qu'à faire dans la vie.


21 commentaires:
M'as dire comme mon père : « Y'a rien de pire que de mourir en santé »
J'y reviendrai
;-)
Lady !
T'as des chances de mourir à 80 ans. Ton corps te lance des signes qu'il ne faut pas négliger. Continuer de prendre soins de toi. Il te rappelle que t'es le fils de... et que c'est important que tu en tienne compte au quotidien. Le repos est peut être plus à conseiller que la natation 20 fois semaine. Ralentis et "seize the day"
Ajouter des jours à ma vie...ajouter de la vie à mes jours...
Plus jeune, en travaillant avec des personnes âgées, je jurait que j'allais ajouter de la vie à mes jours. Puis j'ai eu Puce. Quand j'ai commencé à avoir mal ici et là, à tousser et à être essoufflée, je me suis mise à avoir la trouille et j'ai décidé d'ajouter des jours à ma vie. J'ai acheté un vélo, je cuisine le plus possible pour éviter les trucs chimiques, j'ai même arrêté de fumer.
Je suis pas certaine de vivre plus longtemps pour autant, mais en attendant je vis mieux. C'est ni jet-set ni palpitant, c'est sain. J'assume aujourd'hui ce que je voyais comme mortellement plate il y a 15 ans. C'est tu ça vieillir??
Comme ça t'es pas parent avec Céline... mouhahahaha!!
Blague à part...Contente de pouvoir te lire encore. :)
Ton ennemi no. un ? le cancer....
Pas facile à prévoir celui-là !
Quant au cholestérol, il parait que ce n'est pas si grave que ça..
D'après le Dr Michel de Lorgeril, savant français.
L'hérédité, c'est 30% de tes problèmes; si tu t'occupes du reste, tout ira bien jusqu'au jour J où ton moteur rendra l'âme....
je rejoins Doprano : à trop vouloir fuir la mort (ou la maladie), on ne la voit peut-être pas arriver...
ralentis un peu, regarde autour de toi, respire.
nager c'est bien (hmmm, les épaules d'un nageur... :P), manger équilibré c'est bien aussi, tout est parfait : comme dans les livres.
mais la vie, c'est pas un livre. la vie c'est des surprises, des déconvenues, des retournements de situation inattendus. la vie, c'est la recherche perpétuelle d'un équilibre impossible. pas la mise en pratique des pseudo recettes d'équilibre idéal.
enfin, je dis ça je dis rien... tu en fais ce que tu veux :)
bonne chance
Ce que tu dis fait écho à un show que j'ai vu hier: Over my dead body, de Dave St-Pierre. Y'a des choses incontrôlables, le bagage génétique, mais il y a surtout ce que tu as en-dedans (et il en avait en tabarnak dedans Dave hier). L'affaire c'est que des fois les deux entrent en contradiction. Je ne connais pas Dave, mais dans ton cas, je sais que si la Mort se pointe, tu vas te jeter dessus et la faire décalisser tellement raide qu'elle va repartir la queue entre les jambes. J'ai même pas peur (sauf de toi en colère ;) ).
Longue vie à toi!
catherine
Ahah Pat, si tu savais comment ma santé m'échappe à moi aussi! Cependant, je peux t'affirmer que tu sais comment tu vas vivre mais tu ne sais pas comment tu vas mourir...
Alors profite au max, réalise tes rêves, dis aux gens que tu apprécies d'être avec eux... Ne passe surtout pas ta vie à l'hosto parce que t'as peur d'avoir peur ;-)
J'ai comme les yeux bien ronds moi là...
On va espérer que c'est un problème dans le système de digestion!
Prends soin de toi mec!
LM: Oui, y a mourir malade!
Do: Mais je sais tout ça. C'est pas pour rien que j'ai écrit que c'est plus facile à dire qu'à faire.
Esther: Mais qu'est-ce qu'on fait quand on en ajoute déjà de la vie à ses jours? Ça nous saute au visage quand même quand ça nous arrive. Je ne peux logiquement pas faire plus d'exercice que ça. Ni faire plus à manger, ni faire plus de vélo.
Garamond: Nope, génétiquement, le vrai tueur silencieux dans mon cas, c'est les maladies coronariennes. C'est de famille. On parle pas ici d'un cholestérol de moumoune! Avant d'être médicamenté, je faisais 9,6 alors que la limite maximale acceptable est de 4,5. Pour ce qui est du docteur de Lorgeril, sa théorie est loin de faire l'unanimité.
Dodinette: Je ne la fuis pas, c'est tout le contraire que je dis. J'y pense à tous les jours. Dimanche, c'est elle qui s'est pointée. C'est pas moi qui l'aie appelée! La vie c'est des surprises tu dis? Laisse-moi te dire que c'en était toute une! De toute façon, je pense que je ne donne pas ma place pour les revirements de situations dans ma vie. T'en parleras aux femmes de ma vie pour le fun!
Cath: On a parfois les couilles qui se ramollissent quand vient le temps de lui dire de décâlisser. Merci!
Mel: mais ma santé m'échappe pas, c'est là tout le paradoxe. Je n'ai jamais été aussi en forme. Ormis cette crise de dimanche dernier, je pète toujours le feu et j'ai pas de misère à clancher n'importe quel kid dans plein d'activités.
Renart: Merci beaucoup. Je me le souhaite aussi. Des nouvelles à suivre mardi (ou un peu plus tard).
Voyons voir:
J'ai un père mort du coeur à 43 ans. Une mère morte d'un cancer à 55 ans.
Y'a pas une maudite journée où j'ai pas peur de mourir avant mon temps. Pas une maudite journée où j'ai pas peur de perdre mon homme (particulièrement depuis qu'il a perdu conscience dans ma face la semaine passée)...
J'ai un rythme de vie quasi impeccable mais toujours l'impression de ne jamais en faire assez.
J'imagine qu'il n'y a jamais de garantie... Alors de mon bord, j'essaie de faire de mon mieux pour ne jamais quitter les gens que j'aime sur un malentendu. Juste au cas où j'aurais pas la chance de me reprendre... (C,est arrivé une fois; une fois de trop!)
Si on a pas vraiment le contrôle sur notre mort, on a au moins le contrôle sur ça.
Wow, belle plume!
Suffisamment introspectif, mais pas trop. Beaucoup de justesse, un peu d'humour... Savant mélange.
"tu y penses tout le temps", oui ! c'est pour ça que tu fais tout ce que tu fais, parce que tu y penses tout le temps : parce que tu veux l'éloigner...
(allez, j'arrête)
M-E: Merci beaucoup pour ton commentaire éclairé et inspirant.
Ced: Fais pas du lichage de boss! ;-) (merci cher compatriote)
Dodinette: Euh, ouin, mettons...
Cher Pat !!
Mes sympathies pour l'aventure éprouvante! ; )
Bien heureuse que tu y sois encore pour nous ravir de ta belle plume!!
Mes petits conseils de matante(!):
-C'est pas parce que c'était une fausse alerte qu'il faut que tu négliges si cela se reproduit! Better safe than sorry! Douleur poitrine = Hôpital !
-Ça te prend un spécialiste pour te suivre, les généralistes sont super, mais ça prend un pro de l'organe qui fait boum boum pour mieux t'accompagner!
-Arrête d'y penser !!! Visualises-toi beau et en santé à 88 ans quand l'idée morbide te passe en tête!
Bon... c'était ma p'tite dose de cheeze!
S'cusez-la... c'est qu'on l'aime ben à maison ce cher Pat Dion... même s'il n'est pas le frère de Céline!
; )
S-A: Merci chère Rouquine! On vous aime ben gros à maison aussi! :-)
Salut,c'est les émotions qui développe la maladie, je te comprend bien pour la peine que tu éprouves a l'égard de ton père parce que je sais c'est quoi. Il te l'aurait dit a l'hopital si tu avais fait un infractus,ils peuvent voir ça même des jours après.
Tu doit te rendre a l'évidence ,regarde on a plus 25 ans malheureusement je veux pas te décourager moi aussi je suis très triste de veillir! Il y a beaucoup de cas d'infractus a notre âge, pelleter la neige ,la natation, le effort physiques, on veut faire ça comme des jeunes hommes mais c'est pas comme ça que sa fonctionne.
L'énergie du corps semble t'il est comme une batterie,tu dois la ménager a ton âge. Je te dirais de diminuer la cadence des exercises, moins de natation plus de marche.
C'est bien bon ton billet ,merci.
M. Dion, mon premier commentaire ne se voulait pas «sans coeur» vous savez !
Mais l'ironie de cette phrase de mon papa m'a toujours saisie en quelque sorte.
Y'a des gens, comme ça, qui ne font rien de spécial pour leur santé et qui tough jusqu'à 80 ans et d'autres, qui comme vous, font extremement attention, dont le numéro sort trop tôt.
Comme Matante SA le mentionne, il faut lâcher prise.
Consulter et prévenir, mais un moment donné il faut se rendre à l'évidence qu'il y a une partie que l'on ne contrôle pas.
Voilà !
Lady !
P.S : Vous êtes rendu une de mes lectures matinales préférée. Belle découverte ;-))
LM: Et mon clin d'oeil se voulait aussi rigolo!
L'angoisse ça te dit quelque chose?
C'est similaire....si mécaniquement la machine fonctionne parfaitement pt'être que c'est ailleurs que ça va pas.
C'est dit juste au cas ou.
La possibilité est déjà en évaluation. Merci.
Les massages, les journées ds les centre spa-tout-plein-de-services pour-vider-vot-portefeuille? Y a rien de tel pour réconcilier le corps et l'esprit! En attendant, je t'envoie tout plein d'ondes positives :) xx
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