
Au tout début il y avait les blogs. Pas les blogues avec un u, un e et un s mais plutôt les blogs à l'accent français, ceux qui utilisent la forme de Shakespeare parce que ça fait
trendy. Ils ne vous l'avoueront pas à haute voix, ces adorables cousins de l'Hexagone, mais ils adorent le pays de l'Oncle Sam et de Britney Spears.
Je disais donc qu'au tout début, il y avait les blogs. De parfaits inconnus trônaient en rois et maîtres sur une sphère complètement ignorée des médias de masse. Tout le monde jubilait, c'était la fête. On pouvait écrire (presque) n'importe quoi, (presque) n'importe comment. Et on y trouvait public. Les plus inconnus d'entre nous obtenions enfin un peu de reconnaissance pour notre talent (le talent n'y était pas toujours par contre). J'y avais moi-même trempé la plume au tout début, en 2002 dans le seul but avoué de conquérir quelques jolies brins de fille et du coup me tremper autre chose que la plume. Mais c'est une autre histoire. Le commun des mortels avait enfin voix au chapitre. Notre opinion comptait parmi notre petit groupe d'élus. Au fil des ans, il y eut même une
émission de radio qui offrait aux écrivains en herbe une tribune d'expression, leur 5 minutes de gloire. C'est peu dire (clin d'oeil tout à fait gratuit à mon parcours en dents de scie)! Puis ce fut l'explosion. Tout le monde ouvrit son blogue. Et quand je dis tout le monde, je veux vraiment dire tout le monde. C'est juste si ma mère n'en a pas ouvert un. Des blogues de mamans, de bébés, de chats, de perruches, y en avait pour les fins et les fous. Puis les gens se sont aperçus qu'il était plutôt ardu de maintenir une telle bête en vie durant longtemps. Les blogueurs ont commencé à s'essouffler. À mon avis, on a aujourd'hui atteint le seuil où pour chaque blogue qui s'ouvre, un autre s'éteint. J'ai aucun chiffre à l'appui mais je dois pas être dans le champ tant que ça. De toute façon, il est difficile de comptabiliser le nombre total de blogues existants puisque plusieurs de ceux-ci sont inactifs mais ne sont pas pour autant fermés.
Mais revenons à nos moutons (noirs). Au fil du temps, la quantité d'information qui circulait par cette nouvelle voie émergente et surtout la rapidité à laquelle elle transitait ont commencé à titiller la fibre des médias de masse. Ils se faisaient voler la vedette par du monde "ordinaire" qui dénichait des perles d'information à leur grand dam et les mettait en ligne dans le temps de crier Youtube!
On se rappellera qu'à pareille date l'an dernier, des agents de la SQ tentaient d'arnaquer un groupe de manifestants (et du même coup la population) durant le sommet de Montebello.
Après avoir craché dans la soupe durant plusieurs années, les grands médias de ce monde ont enfin reniflé le potentiel d'un tel arsenal médiatique. Du coup, des blogues "professionnels" ont éclos sur la Toile médiatique. Il y en avaient pour tous les goûts. Assez pour parfois en donner des vertiges et des hauts-le-coeur. Est-ce pour cette raison que la population a commencé à déserter le navire? Je sais pas. Mais depuis quelques temps, peu de blogues outre ceux appartenant à des corporations s'ouvrent. Peut-être est-ce tout simplement parce qu'après plusieurs années à jouer avec l'animal, les blogueurs sont passés à autre chose. On tourne la page, comme un vieux couple en mal d'amour.
La blogosphère populaire québécoise, celle du peuple, tourne aujourd'hui au ralenti. Les radios, la télévision et les journaux ont emboîté le pas électronique et ont maintenant la cote d'amour de la masse. Les blogues les plus lus proviennent des médias standards:
Radio-
Canada,
Canoë (TVA),
Cyberpresse, le journal
Voir,
Branchez-vous, font partie de la tournée quotidienne d'une grande majorité de lecteurs d'actualités. Ironiquement, d'un autre côté, les journaux écrits ont toujours autant la cote. Un blogue ultra-populaire atteindra des sommets inégalés avec une dizaine de milliers de visiteurs par jour. C'est mince quand on compare avec les centaines de milliers de copies vendues quotidiennement du journal La Presse ou de l'auditoire de
Virginie.
Certes, un noyau d'irréductibles trouvera toujours sa place sur la Toile. Mais je crains qu'ils redeviennent, au fil du temps, une manifestation parallèle. Si on redevient incognito après l'anonymat puis la gloire, peut-on parler de phénomène
démergent?
M'enfin, tout ce questionnement m'est venu ce matin en lien avec la Webtélé. J'ai l'impression que quelques "hurluberlus" triés sur le volet ont encore une fois pavé la voie aux grands diffuseurs de ce monde. À première vue, les pionniers des Webtélés québécoises, à part peut-être quelques-uns qu'on peut compter sur le bout des doigts d'un pied, semblent déjà à bout de souffle. Qu'adviendra-t-il des Webtélés émergentes? Est-ce que les bâtisseurs ont défriché encore une fois un terrain aux médias de masse qui se serviront de ces derniers comme tremplin à une nouvelle forme de télévision sur le Web?