25 novembre 2008

Les promesses qui rapprochent

La plus grande barrière à traverser lorsqu'on se déplace autour du monde n'est pas celle des douanes américaines. C'est celle du langage. On a eu la chance de l'expérimenter lors de notre plus récent voyage au Vietnam. L'impossibilité de communiquer oralement pour les questionnements de base (qu'est-ce que je mange, combien ça coûte, avez-vous un médicament contre la diarrhée) est le premier mur auquel on se bute. Mais lorsqu'on voyage dans des contrées comme l'Asie, il y a un second obstacle à franchir. La barrière de l'alphabet. Dans les hôtels, les restaurants, les transports publics, partout autour de soi, les symboles sont hallucinants d'incompréhension. Lorsqu'on se retrouve sur la rue, toutes les bâtisses se ressemblent. Du coup, c'est aussi facile de prendre une école pour une gare ou une vessie pour une lanterne (en Asie, on allume les vessies le soir). Dans le cas présent, ce qui distingue une gare d'un palais de justice est le mot train tatoué sur une affiche à l'entrée de la gare. Au Vietnam, on écrit le mot train de la façon suivante: tàu hoả. J'en cherche encore la locomotion adverbiale.

Ironiquement, le plus bel échange qu'on a eu avec un Vietnamien fut dans un restaurant de Hué. Le propriétaire, Lac Thanh, muet et sourd comme un pot (au feu), fut d'une délicatesse exemplaire, prenant le soin de nous expliquer les us, les coutumes, les directions et le nom des bestioles qui se trouvaient dans notre assiette. Il s'est même fait un plaisir de gracieusement surveiller nos bagages durant une journée complète alors que notre hôtel nous avait demandé de quitter au matin et que notre vol pour Hanoi ne s'effectuait qu'en soirée. On garde un merveilleux souvenir du temps passé en sa compagnie et des superbes dessins qu'il nous faisait pour se faire comprendre.



La particularité de cet homme, outre le fait qu'il n'entendait pas plus que mon ado quand il le veut et outre son amabilité hors du commun, c'est qu'il offrait à tous les touristes venus se restaurer dans son boui-boui un ouvre-bouteille gossé main à partir d'une planchette de bois et d'un boulon. En retour, il nous demandait de prendre une photo de nous-mêmes dans nos villes respectives avec ledit ouvre-truc en main, et de lui envoyer le cliché. Nous lui avions promis.

À l'ère d'Internet, des courriels et de l'instantané, nous avions comme mission de lui faire parvenir une photo papier dans une enveloppe papier apportée par un facteur humain. Et c'est exactement ce que j'ai fait ce matin. Malgré les milliers de kilomètres, la Terre n'aura jamais été si petite. S'il vous arrivait de passer par Hué, allez saluer Lac Thanh de notre part, arrêtez-vous quelques secondes devant nos binettes sur son mur jauni, souriez-lui et dites-lui merci pour l'humanité qu'il rapièce.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Parliez-vous en joual ? en Anglais ?
Faut quand même faire un effort...

Garamond

ly a dit…

Oh mon dieu!
Mon frère a exactement le même fameux ouvre-boîte et il raconte à peu près la même histoire les yeux embués! :)

Patrick Dion a dit…

Garamond: Nous oui. Eux, pas sûr. Avez-vous déjà entendu un Vietnamien parler en anglais? Ça craint. Y a pas à dire, on s'est même essayé à parler deux-trois mots de viet!

ly: C'était vraiment une magnifique rencontre, le genre qui marque un voyage à jamais.

Morgane a dit…

Amabilité qui diffère, je parie, de celle de l'ado-quand-il-le-veut.

Marie-Julie a dit…

C'est vrai que c'est un peu gênant, mimer une diarrhée...

Patrick Dion a dit…

MJ: Oui mais c'est extrêmement drôle!

Panique a dit…

Vous êtes super beaux les amoureux!

petitpois a dit…

Ça donne envie de partir tout ça.
Perdre ses repères
:)