On en parle aujourd'hui un peu partout dans la blogosphère québécoise, sur Chroniques Blondes, sur le blogue de Cécile Gladel ainsi que sur ceux de Radio-Canada, le Carnet techno et Forum sur le Web. Personnellement, j'avoue ne pas avoir beaucoup connu le journaliste. Je ne connaissais pas du tout l'homme non plus. Mais sa sortie rapide et quasi-silencieuse me fait réfléchir sur la trace qu'on veut laisser ici et sur la façon dont chacun s'accroche jusqu'au dernier souffle de vie.
Je me questionne à savoir ce qui a poussé Michel Vastel à bloguer jusqu'au tout dernier instant, jusqu'à la toute dernière étincelle. Et je nage aussi dans l'incompréhension face à d'autres gens qui comme lui n'avouent pas publiquement le terrifiant combat qu'ils mènent.
Pourquoi?
Est-ce fait dans un but de repousser ce terrible fléau jusque dans ses derniers retranchements? Est-ce plutôt par crainte ultime que les amis et les alliés ne s'apitoient sur eux face à l'inévitable sort? Est-ce par besoin de combattre de toutes ses forces, de ne pas lâcher prise jusqu'à la toute dernière minute? Dans le cas présent, qu'est-ce qui a poussé ce journaliste à semer ses graines jusqu'à la toute fin, n'avouant pas ce cancer qui le grugeait?
N'a-t-on pas le droit aussi, parfois, de s'avouer vaincu?
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Edit: Je viens de cerner un peu mieux pourquoi ce reniement de la défaite me dérange tant. C'est que ça me confronte moi-même dans ma simili-perfection, ça me met face au fait que je ne me laisse jamais le droit de flancher. Je ne me donne pas le droit de perdre, peu importe les circonstances. Et ça me fait chier plus souvent qu'autrement d'être comme ça. Du coup, je ne m'avouerais probablement pas vaincu non plus et ne le crierais certainement pas sur les toits. Saloperie de perfection...


11 commentaires:
Peut-être que cet homme, que je ne connaissais pas et que je n'ai pas vraiment beaucoup lu, était exagérément battant et, en prime, très orgueilleux. Et je ne voudrais surtout pas blesser quiconque le connaissait et qui pourrait me lire...
Je disais hier à Douce que Michel Vastel était peut-être un bourreau de travail et qu'inconsciemment la retraite lui faisait peur. Alors, aussitôt son dernier billet écrit, le corps a cessé son combat et il est parti vers son ultime retraite, pour le dire de la manière la moins sèche possible...
Bon, c'est une théorie parmi tant d'autres.
Juste discret... noble... digne... certains personnages publics que je connais un peu préfère garder une forme de barrière entre la vie publique et la sphère privée... c'est toujours plus intéressants pour faire l'épicerie tranquille ;-)
Renart: Je viens de lire que c'était sa rédactrice en chef à l'Actualité qui aurait écrit ce billet en sa compagnie. C'est quand même "creepy" de tirer sa révérence publiquement et de ne pas mentionner la façon qu'on quitte.
Alcolo: Comme je disais plus haut, pourquoi l'avoir mentionné publiquement avec l'histoire de la retraite alors? Je comprends pour la dignité par contre.
C'est une autre génération. À sa façon, il a été éloquent "à la prochaine fois"... une pirouette. C'est un style, c'est le sien. On meurt avec notre personnalité aussi...
C'est drôle, ça m'a rappelé René, tu dois te souvenir de lui, un musicien blogueur, il dessinait aussi... Un jeune gars. Il a eu un cancer foudroyant, nous a pondu quelques billets en disant "ça va, ça va". Et puis, un billet vidéo de lui, qui disait "adieu". C'était très très touchant.
Bon, je t'embrasse.
Chroniques B.
Je ne sais pas pour monsieur Vastel mais ma mère elle, a choisi de mourir en ne laissant que très peu de gens connaître son étât, elle ne voulait pas qu'on se jette sur la pauvre femme qu'elle était devenue, mourrante etc... Elle ne s'était pas tellement trompée finalement, parce que y'a eu du coulage pendant les 10 mois de la maladie et certains "anciens amis" sont venus s'appitoyer sur son sort, ça l'a blessée, fait chier et rebutée.
Je crois que c,est un droit légitime à la fierté et à partir la tête haute.
ma mère était une nobody alors je pourrais comprendre qu'un homme public désire s'éteindre dans l'ombre
Il n'a pas dit qu'il était malade par pudeur?
Par peur de changer l'attitude des gens qui l'auraient su?
Moi, si j'étais atteinte d'une maladie incurable, je ne le dirais à personne pour ne pas avoir à subir cette sollicitude non désirée, cet espère d'atermoiement dans les yeux des autres...
Mais bon, ce ne sont que des SI...
Blondinette: Oui, je comprends très bien ce besoin de poésie, cette acrobatie dans les airs avant de mal tomber. Ce que je pige moins, c'est que tôt ou tard, ça finit par sortir. L'exemple de René est éloquent. Il ne s'est pas caché de sa maladie. Et je ne crois pas que personne ne l'a pris en pitié. La mort lui a simplement fauché les pieds plus tôt que prévu.
Do: Moi aussi je voudrais vivre ça dans la dignité. Mais je ne comprends pas où il est dit qu'il n'est pas digne de mourir d'un cancer.
Trigirl: Tu as raison, ce ne sont que des SI. On peut supposer longtemps et changer notre fusil d'épaule lorsqu'on est confronté à notre propre destinée.
Moi je comprends. Enfin je crois. Mon père, mort il y a 15 ans d'un cancer foudroyant à 59 ans, était aussi un bourreau de travail. Il avait fait inscrire par le médecin, la journée avant sa mort sur un formulaire quelconque, qu'il prenait sa retraite. Sa façon à lui de ne pas laisser la maladie gagner sa dignité d'homme. Vastel était de cette tempe. Il aurait détesté qu'on s'apitoie sur son sort. Ce billet, c'était un pied de nez à tous ceux, et ils étaient nombreux, qui le souhaitaient ailleurs que dans leurs affaires. C'est fou comme on est toujours plus fin quand on est mort, hein? Les éloges funèbres, même justifiés, me laissent toujours un peu perplexe.
Je ne veux pas dire qu'on ne peut pas mourir dignement d'un cancer mais quand on devient le centre d'attraction de gens qui jusque là t'ignorais presque, ça devient presque indigne de mourir publiquement.
MJ et Do: Je comprends tout à fait de vouloir fuir ce sentiment de pitié. C'est vraiment moche de se faire prendre en pitié.
Saloperie de perfection hein? Mouais, ca fait réfléchir!
Bon billet m'sieur, il va faire des petits, dans ma tête du moins ;)
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