C'est difficile de piler sur son orgueil, de reconnaître qu'on s'est trompé, de s'avouer vaincu par les explications des autres. C'est difficile d'être soi, sans tromper les autres. Alors imaginez être soi sans se tromper soi-même.
Mon roman en est à sa troisième correction. Je croyais m'en sortir après la deuxième. Ben non! Pas moyen de tromper personne. Pas même moyen de me tromper moi-même. Je savais qu'il n'était pas prêt. Je ne voulais pas le voir. Mais mon ventre le savait, mes tripes ne mentaient pas. Y avait des choses qui clochaient, des tournures qui me dérangeaient. Des façons de conter, des histoires qui tournent mal en bouche, des tons empruntés qui m'agaçaient. Trop narcissique, trop verbeux, trop égocentrique. Une histoire trop longue à parcourir, des haies sans fin sur une piste trop courte.
Les derniers commentaires reçus ont fait en sorte que je doive y plancher de nouveau. Y mettre l'effort supplémentaire, y rajouter le humpfff nécessaire, celui qui accrochera. Je dois R-A-C-O-N-T-E-R, tout simplement.
Je me rappelle avoir parlé avec une amie que les écrivains étaient des êtres paresseux. Et c'est tellement vrai. Pas tous. Mais il y en a certainement quelques-uns dans mon entourage (entre vous et moi, je suis certainement le pire de la gang).
On cherche tous l'Histoire avec un H majuscule. On veut tous que ça torche, on veut tous changer le monde avec nos mots. Toucher quelqu'un. Sauver son âme. On va même jusqu'à verser nos tripes sur le papier. Mais en secret, quand t'es face à face avec ton reflet pixelisé, tu voudrais tellement que ça soit magique. Tu voudrais tant L'écrire avec la loi du moindre effort. Tu voudrais que ça soit facile. Mais ce l'est pas, ou rarement. C'est un travail acharné, une job à temps plein, à mettre les bouchées doubles-consonnes, à scruter la vie en voyeur-voyelle, à s'épandre consciemment, souvent comme de sales fumiers, à fouiller, creuser, loin, profond, à aller chercher cette émotion abyssale qui patiente, suspendue.
J'y mettrai donc l'effort supplémentaire. Une autre fois. J'essayerai de cueillir encore, à bout de plume. Allez, on pousse la machine, on s'essouffle, on force, on travaille. Et j'essayerai d'être patient en ne succombant pas à la tentation de récolter mes fruits tout de suite. En espérant que tout ça donne quelque chose en bout de ligne.
Parce que, vous savez, la putain de littérature, la salope qui sort de mes doigts n'est pas un exutoire. Je n'exorcise rien quand j'écris. Une fois que les mots sont sur papier, je ne me sens pas mieux. Je ne me délivre pas du mal amen. Contrairement à plein d'amis qui souffrent à l'exposition de leurs tripes, je ne ressens aucune douleur à gratter mon bobo pour l'étendre à l'écran. Ou si peu. Je ne mouille pas mon clavier de pleurs acides en enfonçant les touches de mon âme. Je l'ai toujours dit, je n'ai pas beaucoup de pudeur. Rien à cacher. En personne comme à l'écran. WYSIWYG comme y disent: What you see is what you get.
Au bout du compte, si la publication de mon histoire n'atteint pas l'étagère de leur reconnaissance, je ne serai qu'un peu plus amer d'avoir mis tant de temps à pondre une vie éphémère.


12 commentaires:
Ca punch ca!
Un livre comme ca qu' il faut faire m' sieur! J' suis une des premières à le lire ;)
Allez, au boulot :)
Peut-être qu'il faut arrêter de chercher l'histoire avec un H justement.
Quand tu lis un chef-d'oeuvre, où du moins un livre qui te semble comme tel, je parle pas d'un livre que t'as aimé là, je parle d'un chef d'oeuvre de littérature, genre quand j'ai lu «Mémoires d'Hadrien» de Marguerite Yourcenar. Tu te dis que c'est tellement bien écrit que tu vois pas trop ce que toi t'aurais à écrire à côté de ça.
Pis un moment donné tu lis un autre truc qui a été publié et puis t'aimes ça mais ça oui, ça te ressemble. Tu te dis voilà, moi aussi je peux écrire un truc comme ça. Et si celui-là m'a touché le mien touchera des gens.
Faut arrêter de vouloir écrit du Trop. Mélanie Gélinas dans la postface de son premier roman écrit: «Un écrivain qui ne connaît pas sa voix s'imposera toujours le Lecteur comme le mauvais oeil.»
Tu as une voix. Il y a une voix Patrick Dion. Il faut que tu saches comment la moduler pour la tenir sur une trame roman. C'est ça le défi.
Et le travail.
Bonne chance.
Poulin est mon auteur favori. La majorité de ses histoires racontent d'ailleur pire que l'impossibilité de trouver l'histoire, c'est souvent sur l'impossibilité d'écrire une page, c'est souvent même sur la recherche d'un mot. Ça finit aussi toujours comme une baise trop longtemps attendue... c'est une histoire qui a une fin de solitude.
Mandoline: Je t'en réserve une copie tout de suite. Ça va faire 24,95$ stp. ;-)
Catherine: Merci. Ça me va droit au coeur ce que tu dis là.
Alcolo: Pas Jacques Poulin? Arghhh, pas capable. Volkswagen Blues était tellement overated!!! Dans mon cas, j'ai plus de difficulté avec la tangente à faire prendre à une histoire qu'à remplir une page blanche. Je peux écrire des niaiseries des jours durant. La preuve... ;-)
Il y a quelques semaines, j'avais 80 pages. Un mois de travail acharné (mmmm... mettons) plus tard, j'en ai... 75!!
Alors on lâche pas.
Tu as toutes les chances de finir ton oeuvre avant la mienne!
Pis, pour faire bref, je dis comme Catherine.
voilà.
Sincèrement, je souhaite que àa clanche pour toi avec ce prochain effort. T'as beau être sympathique, c'est pas une obligation la souffrance !
Parler de soi n'est pas une mince affaire. Moi par exemple, depuis l'arrivée des blogues, je ne suis tout simplement plus capable de "parler de ma vie" dans une fiction. J'ajouterais même que le blogue a tué l'autofiction (surtout dans un nouveau contexte louche où des éditeurs publient maintenant intégralement des blogues) mais ça sonnerait prétentieux. Faque je dois "inventer" des histoires, et ce n'est pas une mince affaire ça non plus! :-)
Bienvenue dans le club... ;-)
C'est quoi déjà la maxime à propos d'inspiration et de transpiration? Anyways, bonne trinspiration! A+
Dan: Le mien allonge. Faut-je (!!!) en conclure qu'il s'empire...
Crocomickey: Ne dit-on pas: Faut souffrir pour être sympathique?
PatB: J'suis pas d'accord avec toi. Je crois que les deux peuvent très bien cohabiter. T'as autant le droit et le choix d'écrire de l'autobiographie, de l'auto-fiction ou carrément de la fiction, sur un blogue ou dans un livre. Faut pas se limiter. Si tu te sens plus à l'aise d'écrire des histoires, go for it. Par contre, si ta voie donne plutôt dans le racontage de vie, empêche-toi pas parce que les blogues existent. Quand une histoire est bonne et bien contée, peu importe qu'elle soit vraie ou fausse, elle sera bonne point final. Le ton d'un écrivain qui sonne faux détonnera beaucoup plus qu'une histoire qui semble ne pas tenir debout.
P-L: À 34 degrés à l'ombre, ça transpire pas mal en effet! ;-)
Tu as sûrement raison. Je voulais seulement dire que mes blogues m'ont écoeuré de m'inspirer de ma vie. J'ai fait le tour du sujet depuis longtemps disons.
Je ne comprends pas: t'as déjà un éditeur ou t'as engagé quelqu'un pour faire la correction???
Moi non plus pas capable, Poulin... Pé-ni-ble!
Nannn, pas encore d'éditeur. C'est plus quelqu'un qui erre dans le milieu de l'édition et qui y a été de plusieurs conseils judicieux et pertinents.
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