Tu te réveilles un matin. Tu es bien, le soleil réchauffe ton visage alors que tu pointes ton nez à la fenêtre. Tu prends une grande respiration, profonde comme l'océan. Sourire en coin, tu admires ton amoureuse qui s'étire sur les vallons de ton lit. Tu la trouves belle, baignée de cette lumière printanière, et t'as envie de remercier tous les dieux pour la vie que tu t'es bâtie.
Tu décides de profiter du temps que la journée t'offre. Parce qu'il fait beau, parce que février est enfin terminé, parce que le printemps pointe enfin sa timidité aux yeux de tous, parce que tu t'impatientes devant l'été qui tarde un peu trop à ton goût. Tu tires ton amoureuse des draps encore chauds, tu rigoles un peu en croisant ses joues marqués par l'oreiller, empreinte d'une longue nuit réparatrice, tu sautes à la douche, déjeune, enfile de chauds pantalons d'hiver et sors à l'extérieur. Tu décides qu'aujourd'hui, tu vas patiner, glisser ou skier pour profiter de toutes ces belles heures qui te sont offertes et du soleil qui rosira tes joues.
La montagne est majestueuse devant toi. Tu l'escalades, maître du jour, pour mieux la descendre en conquérant. Tu glisses sur la pente, le nez haut dans l'air frais. Soudainement, tu ressens un picotement au bras puis une douleur rayonne dans ta poitrine. Et tu t'effondres dans la neige immaculée. Tu t'effondres pour ne jamais te relever. Fade to black. Tu ne sentiras plus jamais l'air frais, ni le soleil, ni ne croisera le regard amoureux de celle qui parfumait tes jours il y a à peine une minute de cela. Tu n'es plus là. Tu n'y seras plus jamais.
Tu passes ta vie à essayer d'améliorer ton sort et celui des autres, à emmagasiner tes biens et ton confort, tes bons coups et tes regrets, à vivre intensément tes amours, tes joies et tes peines et puis, par un doux matin de mars, plus rien. Ta course s'achève dans la neige, entourée de ton amoureuse qui n'y comprend rien, ton amoureuse dépassée et impuissante.
Le temps se figera. L'amoureuse recevra de belles paroles, de gentils encouragements, des petites tapes dans le dos qui fesseront comme des coups de bulldozer dans ses jours. Et elle n'y comprendra rien de plus. Parce que la vie, la mort, notre présence à tous ici, il n'y a rien à y piger. Et c'est ce qui fait que l'on est tellement impuissant quand la faucheuse nous enlève ceux qu'on aime. Impuissant jusqu'à ce que le temps fasse son œuvre.
Bon courage Geneviève, je pense énormément à toi.


6 commentaires:
Et l'histoire est à ce point émouvante que je pense également à toi, Geneviève. Depuis ma première lecture, ce matin.
Difficile de rester insensible surtout que ça pourrait tous nous arriver de vivre sensiblement la même chose mais.... on l'oublie trop souvent malheureusement.
Sois forte Geneviève et toutes mes sympathie à la famille et aux amis.
...
Bisouxxx
Que la force soit avec toi Geneviève. Rien de plus triste que de perdre un être cher.
"Le paradis n'est pas sur la terre, mais il y en a des morceaux. Il y a sur la terre un paradis brisé."(Jules Renard)
Anne-Marie Cordeau
Ce soir, il neige. On dirait des diamants descendus du ciel. Suspendus dans le temps les flocons.
J'aimerais qu'un peu de cette lumière remonte vers les endeuillés et éclaire la route qui reste et ceux qui les aime.
J'ai vu Geneviève à TLMEP ce soir et j'en ai profité pour revisiter ce billet qui m'avait tant bouleversé en début d'année. Tu écris si bien Pat!
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