29 novembre 2004

Sourire

Il est 18 heures. En ce moment-même, je suis débordé. La vaisselle sale d'une main, les légumes à couper de l'autre, l'eau qui coule dans le lavabo, le rond du poêle qui chauffe. Je suis débordé mais je souris, la tête en l'air, le coeur léger. Je souris parce que je pense à moi... Je pense à moi couché sur le dos dans mon lit hier soir. Je souris parce que je pense à toi... Je pense à toi assise sur mon ventre dans tes petites culottes craquantes et ton faux chandail de prisonnier. Je pense à ton sourire qui me fait fondre, je pense à tes yeux coquins qui me chavirent. Je pense à toi et je suis submergé d'une chaleur immense. Mes gestes quotidiens, ma vie toute simple, tout est magique lorsque tu viens jouer avec mes pensées. Partout, toujours, prêt, pas prêt, j't'adore.

23 novembre 2004

Petit bonheur

J'arrive de souper. Je viens d'aller manger un shish taouk au coin de St-Denis et Mont-Royal. Je bouffe rarement au resto en milieu de semaine mais aujourd'hui, je me suis payé un mini-luxe libanais du mardi. Le dernier Matthieu (oui oui, deux t) Simard en poche, j'entre dans cette cafétéria multi-saveurs et passe ma commande en examinant le poulet qui tourne joyeusement sur sa broche sur un air de musique moyen-orientale, comme s'il me saluait d'une danse du ventre juteuse à souhait. Je m'assois, livre à la main et eau à la bouche, et déguste un petit bonheur de 30 minutes. Je prends mon temps, je ne suis pas pressé. M'enfin, pas comme un poulet. Le sourire remplaçant doucement l'eau sur mes lèvres, heureux et repu, je quitte l'endroit et me redirige vers chez moi. Dans le fond d'air frais et humide, les sons voyagent gaiement de la rue à mon oreille. Après avoir humé ces parfums entremêlés, je savoure maintenant des mots étrangers qui s'amusent à survoler les conversations et qui viennent atterir sous ma tuque toute neuve. J'entends des pneus qui crissent, des manteaux qui se frottent et des souliers qui font klok-klok. J'aime pas les souliers qui font klok-klok. Ils dissimulent souvent une fille grimée qui se branle la tête de gauche à droite en laissant voler ses cheveux dans l'odeur du soir, un peu comme dans les annonces de shampoing poches. Les souliers ne voyagent parfois pas assez.

22 novembre 2004

Trempette pour cheveux

Je viens d'acheter une nouvelle tuque. Dessus, comme tout tissu neuf qui se respecte, une étiquette. Sur l'étiquette, deux phrases: One size, une grandeur. Pour hommes... Est grande. Doit y avoir beaucoup de place pour pouvoir mettre beaucoup de mou.

20 novembre 2004

Comme une vieille blessure qu'on oublie

J'ai rêvé à lui ce matin. Il avait l'air plus vrai que vrai, plus grand que nature. Souriant. Serein. Heureux. Et je me suis réveillé en pleurant, le coeur en miettes, les émotions éclatées. Ce matin, il m'a manqué... pour la première fois depuis 7 ans. J'avais dû casser un miroir.

On passe sa vie à se forger une carapace pour être sûr de ne plus jamais avoir mal. On tente vainement de superposer les couches à notre armure pour ne plus se faire blesser. Mais tôt ou tard, l'esprit nous joue des tours dans un détour. Alors qu'on n'a rien demandé à part son reste, on le reçoit en pleine gueule. Alors que la carapace est trop molle, alors que la faille est béante, le poignard vient s'insérer entre les côtes, entre la chair de ta chair. Et ça fait mal, ça fait tellement mal.

19 novembre 2004

Manon

Non je ne vous parlerai pas d'un de mes vieux trips de cul mais bien d'un documentaire présenté par Télé-Québec hier soir. Manon, c'est l'histoire d'une femme atteinte de la sclérose en plaque qui demande à mourir dignement. Elle fait une demande de suicide assisté à une association de Zurich puisque un tel acte est illégal au Canada. On la suit donc à travers son périple, de sa toute première rencontre avec Benoit Dutrizac, jusqu'à son dernier souffle de douleur. Ce fût un documentaire très touchant mais aussi très troublant. Personnellement, je suis pour le suicide assisté. Je suis même en faveur de l'euthanasie (j'ai une liste de noms que j'pourrais fournir même). Mais n'en demeure pas moins que c'est un geste que je ne peux pas comprendre. J'ai vu Manon qui avait mal. J'ai vu Manon qui n'en pouvait plus de souffrir. Mais j'ai aussi vu Manon qui avait encore tous ses moyens. J'ai vu Manon qui avait toute sa lucidité. Mais même si je comprends son mal, la seule pensée du suicide, assisté ou non, ne m'effleurera jamais l'esprit. J'ai de la difficulté à comprendre le geste parce que j'aime trop la vie. Malgré tous les obstacles qui sont venus parsemer ma vie, je n'ai jamais pensé une seule et infime fraction de seconde à tout laisser tomber. Peut-être que, contrairement à Manon, je n'ai jamais été atteint d'une maladie incurable. Peut-être aussi que, contrairement à Manon, je n'ai jamais accepté ma finalité d'être humain.

12 novembre 2004

Bonne frette Papa !

12 novembre 2004. Papa, t'aurais eu 64 ans aujourd'hui. Papa, je bois à ta santé. Papa, aujourd'hui, lève ton ver avec moi.

11 novembre 2004

Dipatisme

Si on dit que Yasser Arafat sera inhumé parmi les siens, est-ce qu'on peut dire qu'Ariel Sharon sera inhumain parmi les sciés ?

10 novembre 2004

Je sais pas

Je sais pas si c'est l'âge, je sais pas si c'est parce qu'on est encore en saison d'allergies mais j'suis en train de développer une intolérence élevée aux trous d'cul ignorants.

En coulisses

7 heures 55. J'arrive à la station. Valérie est déjà assise à la réception.

- Eille salut Patrick. Tu sais pas quoi ? Amélie (la réalisatrice) vient juste d'appeler. Elle est malade. Elle ne sera pas là.

- Fuck !

- Tu sais comment faire la mise en ondes toi ?

- Ben oui, c'est moi qui réalise l'émission du jeudi mais j'pensais que pour ma première journée en tant qu'animateur, j'en aurais amplement à faire. Va falloir que j'aie des yeux tout le tour de la tête. Méchant baptême !

- Une chance que tu sais comment faire ! J'sais pas ce qu'on aurait fait.

- Ouin. Bon ben coudonc, j'vais aller chercher un disque dans le bac des gars de l'émission précédent la nôtre pour trouver une pièce à se mettre sous la dent.

Je descends au studio et croise les gars de l'émission Les bons copains.

- Salut !

- Bonjour...

- Ça va ?

- Ça va bien et vous ?

- (Va chier) Hey ! Dis-moi pas "vous", ça va me foutre des complexes !

- Ah ok, excusez moi...

- &?!%¬$@£¢£¢¬²¦³!

Je check dans le bac des disques. (Tous les disques pour les 3 premières émissions se retrouvent dans un espèce de bac à lait à tous les matins)... Hummm, ça fait dur. Ou disons plutôt que c'est pas tout à fait mon genre. Je laisse errer mon regard. Trône à côté du lecteur CD la dernière mouture de Navet Confit.

- Ouin, je l'ai fait jouer jeudi dernier mais bon, j'ai-tu vraiment le choix ?

Disons que je m'attendais pas à jouer au metteur en ondes à matin. Bon, mise de côté, voilà pour la portion musique.

8h30. L'émission Les bons copains se termine. Je m'assoie, seul, dans mon isoloir à la console. Les chroniqueurs, quant à eux, sont assis dans le studio. Je les aperçois, pas trop inquiets, à travers la vitre sale et craquée qui nous sépare. Les pubs commencent. Je ne sais pas où donner de la tête. Faut que je check le volume de mon micro, l'ordinateur, le volume des micros des chroniqueurs, le lecteur CD, la console et sa panoplie de boutons, le son des moniteurs, le son de mes écouteurs et j'essaye, par-dessus le marché, de me concentrer sur ce que j'ai à dire. Je pars la chanson d'introduction à l'ordi et fais quelques pas de danse pour me mettre dans le mood. J'ai presque l'air ridicule; tout va bien, tout est normal... J'y vais d'une première apparition au micro. Je souhaite la bienvenue à tous et alors que l'intro continue de jouer, Winamp plante. Fuck ! Fuck fuck fuck ! Je me lance sur l'ordi et accroche mes notes au passage. Mes papiers s'entremêlent et ce qui se passe entre mes deux oreilles aussi. Le temps se suspend... 2 secondes qui semblent devenir une éternité. Finalement, je retrace le chemin tortueux de mes pensées dans mon cortex et revient à la vie. Mon coeur se remet à battre et mon esprit renaît. Ça prend forme, ça se met en place, ça roule. Je craignais avoir de la difficulté à meubler le vide; je devrai finalement tenter d'en dire un peu moins et laisser encore plus de place aux chroniqueurs. 30 minutes, c'est vraiment vite passé.

Bonjour chers auditeurs et bienvenue à Barre Oblique. Au menu aujourd'hui, sueurs froides, crises existentielles et leçons d'humilité.

8 novembre 2004

Grosse urgence

Par urgence de vivre, je l’ai laissée. Comme ça. Bing Bang ! En 2 minutes. Après 10 années de calvaire, la goutte avait définitivement débordé du vase. La goutte avait plutôt débordé de la vase. J'ai crissé mon camp et je suis parti voir ailleurs si j'y étais. J’ai été prendre l’air et j’ai finalement humé le ciel au grand complet. J’ai vidé l’univers de sa réserve d’oxygène pendant une milliseconde. J'étais bien, j'étais moi, j'étais. Enfin.

Puis, par une soirée d’octobre, une soirée où mes poumons se remplissaient encore une fois d’un fond d’air frais, c'est lui qui s’en est allé. Comme ça, sans crier gare. Il m’a laissé, 2 mois et quelques poussières, 2 mois et quelques cendres. Lui, de son côté, tombait au combat. Son coeur n’était plus capable de lutter contre cette angoisse envahissante, ce mal de vivre qui vous ronge la vie en permanence. Le glaive a fini par tomber, l’épée de Damoclès qu’il avait au-dessus de la tête aussi. Il avait acheté du temps toute sa vie et il était l’heure de payer. Alors que je m’y attendais le moins, alors que je recommençais ma vie à neuf, alors que je prenais un nouvel élan, le salop m’a laissé tomber, encore une fois. Pensait-il que sa job sur Terre était finie parce que j’étais finalement devenu un adulte ? Il avait vu des choses que moi je n’avais pas vues. Mais il avait aussi appris à fermer sa gueule, chose que j’ai encore bien de la difficulté à faire. Il a attendu à sa dernière bouchée de vie avant de cracher le grand morceau. Puis il est parti, dans un coup de vent. Il m’a laissé tomber alors que j’avais le plus besoin de quelqu’un, il m’a laissé tomber alors que j’avais le plus besoin de lui. Il aurait voulu me foutre dans la merde jusqu’à son dernier souffle qu’il n’aurait pas mieux réussi.

Et pourtant, malgré tout, j’ai ressenti une si profonde douleur à l’annonce de sa mort. C’était comme si une partie de ma vie disparaîssait avec lui. C’était comme s’il était parti avec un morceau de moi. Mais j’ai aussi éprouvé du soulagement. Je l’avais souhaitée si longtemps. J'avais tellement souhaité qu'il crève. J’ai tant voulu qu’il parte, qu’il me foute la paix, qu’il me laisse tranquille, qu'il me laisse respirer. Et c'est arrivé. Et quelle impuissance j’ai ressentie. Je me suis senti tellement impuissant, vide, minuscule. J'me suis senti aussi gros qu’un gros rien du tout. Il est disparu avec un morceau de mon âme. Et pour cadeau de départ, il m’a légué une des pire chose qu’il avait: Sa personnalité. Parce que parfois, j'me vois en lui, parce que parfois j'le vois en moi. Merci beaucoup Papa ! Merci infiniment ! Pis va chier ! Thank you ! Fuck you ! Don’t call us, we’ll call you !

Oui, j’ai une urgence de vivre. Et maintenant, j’ai une peur atroce de mourir... Silence de mort. Pas de question, pas de réponse. On change de diapo, on change de sujet. Tchik-tchik dans le carrousel. And it goes round and round.

5 novembre 2004

Dipatisme

Il est normal d'avoir peur quand l'Association des Gais de Montréal et le comité organisateur du Black and Blue t'invite à joindre les fessetivités.

4 novembre 2004

Mon quartier en général

J'habite à l'étage supérieur d'une petite maison tranquille. J'ai l'habitude de marcher sur la pointe des pieds pour ne pas trop déranger le proprio qui vit en dessous de chez moi. Voyez-vous, j'ai pas envie de le faire chier pis de me ramasser à la rue suite à une expulsion à grand coup de pied au cul. Depuis 4 ans maintenant, j'espère en silence que la Régie du Logement finira par prendre possession de la maison parce que mon proprio nous fait carrément chier, nous les locataires. Personnellement, il me met tout simplement dans tous mes états. Il rentre chez moi sans permission, exécute des travaux de démolition sans raison en plein milieu de la nuit, il écoeure le voisinage au grand complet avec tout ce fracas et le prix qu'il demande pour ses loyers est totalement exorbitant, d'autant plus qu'il n'offre aucun service en retour. Cette semaine, quelqu'un est venu faire une offre d'achat sur la maison. J'ai espéré en silence que la banque accepte son offre. La parole des locataires aux étages était bien sûr complètement ignorée. La banque du nouvel acheteur n'était pas au courant de ce qui se tramait chez nous et a refusé l'offre. J'aurais aimé que celle-ci vienne nous demander notre avis ou à tout le moins, qu'elle vienne inspecter la maison pour se rendre compte de l'état des lieux. Mais non, elle a simplement décliné l'offre, imbécilement, sans penser à toutes les conséquences. Il n'y a pas pire banque qu'une banque qui ne veut pas voir. J'ai pris une grande respiration et j'ai gardé mon calme. Je continuerai d'espérer en silence qu'un nouvel acheteur viendra bientôt faire une nouvelle offre. Je me croise les doigts en espérant survivre à la menace qu'un autre voisin s'écoeure et vienne foutre le feu à mon domicile. Voyez-vous, mon proprio s'appelle Georges.

2 novembre 2004

À chacun son drapeau

2-3 fois par semaine depuis plus 4 ans, je vais nager après le travail. J'ai malheureusement perdu en cours de route mon batracien ami (pas battre un ancien ami !!!) mais j'imagine que je ne suis pas de taille contre son amphiblonde; l'appel du spagat de sa Renatan (pas l'appel de sa raie natale !!!) est probablement plus doux à ses oreilles que la plus jolie de mes brasses l'est pour ses beaux yeux globuleux. Peu importe, ce n'est pas de ça que je veux vous causer. Voyez-vous, j'ai le pied beaucoup plus athlète que le corps. Ce qui fait que je dois constamment me promener en sandales ridicules quand je déambule autour d'une piscine publique. Ma dernière paire de sandale a été achetée il y a de cela quelques semaines au fameux Dollarthèque Mont-Royal pour la modique somme de 1$. Prenez note que le "thèque" ne veut absolument pas dire haute technologie. Mais je m'en contrefous: À cinquante cennes la sandale, you just can't go wrong. Mais le problème avec lesdites sandales, c'est qu'elles sont affublées d' un dessin grotesque au fond du pied, un imprimé qui ressemble vaguement à un drapeau américain. Tout y est: Les ptites étoiles, les bannières rouges, le fond bleu, tout. Croyez-vous que j'étais particulièrement silencieux lorsque j'ai foulé le plancher des douches du centre aujourd'hui ? Par crainte de représailles anti-américaines en ce jour fatidique, j'avais, croyez-moi, la gougoune en berne.

1 novembre 2004

Oussalad Bin Saladen !

De dire que Dabelyou Bouche a bâti sa campagne électorale en tentant tant bien que mal de faire peur aux pauvres américains trouillards serait un pléonasme. Mais vous trouvez pas ça étrange vous-autres qu'Oussama Ben Laden réapparaît dans le portrait 3 jours avant les élections ? On a parfois besoin d'un petit coup de pouce pour remonter dans les sondages non ? Moi, j'dis ça juste de même...

En joue..... Feu !

Je vous annonce qu'à partir du 10 novembre, je prendrai en charge l'animation de l'émission Barre Oblique du mercredi. Ça me rend extrêmement heureux. Mais avec l'égo parfois démesuré que j'ai, j'ai hésité longuement avant de vous en faire part ici, de peur de me péter la gueule devant vous tous. J'me disais que, tant qu'à avoir l'air ridicule, autant avoir l'air ridicule devant des gens qui ne me connaissent pas. Ça serait déjà une grosse claque sur la gueule de me planter devant des dizaines de milliers d'auditeurs, j'avais envie de garder un tant soit peu de fierté devant les gens qui me lisent et devant certains d'entre vous qui me connaissent. Mais bon, advienne que pourri. Je me sens privilégié de pouvoir m'exprimer à la radio. C'est pas donné à tous de pouvoir le faire alors je me lance dans le vide. Venez rire de moi en grand nombre. But remember: Don't shoot me, I'm just the messenger.

P.S.: En passant, vous réussirez pas à vous débarasser de moi le jeudi non plus parce que je garde également la réalisation de l'émission du jeudi. Ce sera donc toujours un plaisir de vous casser les oreilles de mes coups de coeur musicaux.