20 janvier 2012

MegaPouetPouet

Le Département de la Justice et le FBI ont réussi à mettre la hache dans le site Megaupload hier, un service d'hébergement web reconnu pour stocker films et séries télé américaines. Les deux entités gouvernementales ont saisi du même coup dix-huit noms de domaine, 50 millions de dollars d'actifs, de serveurs et de matériel et le Monde entier par surprise. Qu'est-ce que ça prouve? Alors que les projets de loi SOPA et PIPA sont toujours à l'étape embryonnaire, la Justice américaine n'a pas besoin de ces deux lois pour s'attaquer à la source du piratage et mettre fin à leurs activités illicites. C'est ce qu'on appelle se mettre un doigt dans l'oeil et l'autre dans le hub USB.

Ça n'aura pris que quelques minutes pour que le groupe de pirates Anonymous rétorque et mette K.O. plusieurs sites supportant ces projets de loi dont celui de la Justice, de Hadopi, de Warner et Universal music pour ne nommer que ceux-là. Certains y voient une certaine forme d'hypocrisie. De mon côté, j'y vois une riposte prévisible à quiconque tenterait de museler le web. La cible et la raison ont peu d'importance. C'est la dénonciation de la censure qui importe.



Quelques heures plus tard, on pouvait déjà voir poindre quelques sites se targuant d'être le nouveau MegaUpload. Bien que le site derrière l'adresse 109.236.83.66 (megavideo.bz) ne soit pas fonctionnel ce matin, il ne saurait tarder de trouver de nouveaux hébergeurs vidéos apparaître comme tulipes au printemps. De toute façon, il existe déjà plusieurs autres sites du genre, Videobb par exemple. Le gouvernement américain ripostera-t-il en fermant aussi cette plate-forme moins connue? Et en fin de compte, qu'est-ce que tout cela prouve? Qu'il est absolument impossible de censurer le web, que la Toile est maintenant trop grande et les fils trop emmêlés pour tenter de la contrôler. Les pirates le savent, et les politiciens américains et les lobbyistes devraient s'en douter un peu.

La question maintenant, va-t-on fermer mon blogue parce que j'ai osé inclure cette image dans ce billet?

18 janvier 2012

SOPA, PIPA et POUSSPA

J'étais à Médium large ce matin pour tenter de vulgariser ce qu'est le SOPA et le PIPA. La chronique est disponible en version audio ici. Voici mes "notes":

Malgré son nom rigolo, le SOPA n'est pas une barre de savon. C'est un projet de loin américain qui risque de changer les fondements même d'Internet. Je ne suis pas spécialiste de politique américaine ni féru en droit. Je vais tenter de vulgariser ce que ça représente pour monsieur et madame tout le monde ainsi que les tenants et aboutissants du projet ainsi que de son projet « soeur », le PIPA.

SOPA (Stop Online Piracy Act), est un projet à la chambre des représentants pour contrer le piratage et les atteintes au droit d'auteur. Les gros bonnets de l'industrie cinématographique et musicale supportent et encouragent ce projet. En gros, on veut supprimer des serveurs les noms de domaine des sites (les noms de domaine renvoient vers une adresse IP (192.168.1.1)). Il s'agit simplement d'une liste qui répertorie les URL (www.radio-canada.ca) équivalentes aux adresses virtuelles. C'est le premier trou de cette loi qui fait que si on tente d'accéder à des sites bloqués par le nom, un internaute pourra toujours s'y rendre en tapant l'adresse IP dans la barre de son navigateur.

Le PIPA (Protect IP Act) est au Sénat américain ce que le SOPA est à la chambre des représentants. On bloquerait d'une façon similaire les DNS (noms de domaine) mais on pourrait aussi forcer les fournisseurs Internet à bloquer leurs utilisateurs qui contreviennent à la loi américaine, même si les internautes proviennent d'un autre pays.

Le projet de loi mettrait sur pied une liste noire qui donnerait aux décideurs le droit de censurer ou de fermer un site, sans jugement ni décision de la Cour. Le projet donne également le droit à toute entreprise privée de poursuivre des fournisseurs de service comme Google ou Facebook qui ne se conformeraient pas à un demande de censure (empêcher le recensement du site) ou de fermeture. On veut s'attaquer majoritairement aux sites comme Megavideo qui diffusent en continu (streaming) de la musique ou des films de façon illégale (couper à la source) et non pas aux utilisateurs. La loi ordonnerait aux entreprises d'arrêter de faire affaire avec les sites en coupant les publicités à certaines adresses IP. Pas d'argent provenant des régies publicitaires, pas de site. Le problème, c'est qu'avec nos textes, nos photos et nos vidéos de bébé, on est tous devenus des fournisseurs de contenu.

Premier constat de la dangerosité d'une telle tactique : Richard O'Dwyer, un jeune étudiant britannique , est menacé d'extradition vers les USA parce qu'il a mis en ligne des liens vers des séries de télévision américaines sur un site anglais, alors qu'il ne contrevenait pas à la loi dans son pays. Pas pour avoir copié ou hébergé de tels vidéos mais seulement pour avoir dirigé les internautes vers ces vidéos.

Danger au Canada

En ce moment aux USA, la loi qui prime est le Fair use (utilisation raisonnable). On peut donc reprendre du matériel protégé pour fin de commentaires, critiques, nouvelles, recherches, à des fins éducatives et pour des archives. Tout ce ci serait maintenant interdit.

Au Canada, c'est plus simple. C'est le Fair dealing qui prime. Tout matériel utilisé à des fins non-commerciales est légal. Mais même si nos législations étaient différentes, cette loi nous atteindrait directement.

Maintenant, avec le SOPA et PIPA, imaginons que je suis en beau fusil contre Nike (qui est pour cette loi) pour une décision d'affaires que je n'aime pas, par exemple faire travailler des petits enfants chinois de 8 ans à la confection de leurs souliers. Disons que je prends l'image d'une de leur chaussure et que je mette un gros X rouge dessus. Hé bien Nike pourrait me mettre sur la liste noire, sans ordre de la Cour, simplement parce qu'il n'a pas aimé mon billet de blogue. C'est une atteinte directe à la liberté d'expression.

Dans la même veine, un DJ qui voudrait créer des mix de chansons pourrait se faire poursuivre parce qu'il utilise des échantillonnages. Je recommande le visionnement de deux bons courts-métrage qui expliquent très bien le phénomène : Everything is a remix et RIP a remix manifesto, créé par l'ONF.
Les réseaux sociaux deviennent aussi responsables de leurs utilisateurs: Facebook et Twitter pourraient nous censurer, voire supprimer nos comptes sur le simple fait d'une parole déplacée. Qui n'a jamais dit une niaiserie dans un statut Facebook?

Ce n'est pas comme s'il n'existait pas déjà de lois permettant un certain contrôle. Le piratage est déjà puni et pourtant, ça n'empêche pas certaines personnes de contourner les règles établies. Il est impossible de censurer le web. Dans le cas présent, on créerait un Internet parallèle (fausses adresses, inscription de l'IP au lieu du domaine). Internet est une mer d'information qui comporte des plus et des moins. Et c'est ce qui fait que c'est beau. On doit apprendre à vivre avec.

Ce qui est « drôle », c'est qu'on stipule qu'on tente de protéger les droits d'auteurs alors que les auteurs eux-mêmes sont souvent en faveur d'une plus libre circulation de leurs oeuvres. C'est toujours une question d'argent et les lobbyistes ont un poids important à la Maison Blanche. Ironiquement, Barack Obama est contre ce projet de loi.

Il n'y a pas juste la Maison Blanche qui a des réserves envers la SOPA. Google, Facebook, Yahoo!, eBay, AOL, Twitter, LinkedIn, Mozilla ont tous signé une lettre contre. Mais aujourd'hui, Wikipedia pousse son indignation un peu plus loin en fermant son site pour 24 heures. Reddit, Mozilla, WordPress et BoingBoing devraient suivre.

Il y a des manifestations citoyennes qui se préparent un peu partout aux États-Unis dont une ce midi à New York. Si vous désirez manifester à votre façon en boycottant les entreprises qui supportent ce projet de loi, il existe une extension pour le navigateur Chrome et une application Android qui vous permet de les connaître.

Que serait Internet si on le censurait? Rappelez-vous le Printemps Arabe alors que certains pays avaient tout simplement fermé le commutateur Internet. En tant que créateur, je suis contre toute forme de censure et je suis pour une plus libre circulation de l'information, des opinions et des oeuvres. Bizarrement, ce sont les entreprises, celles qui font beaucoup d'argent avec tout ça, qui veulent protéger les œuvres plus que les créateurs eux-mêmes. Ironique quand moi-même je suis incapable d'en vivre.

Ajout: Vous devez regarder ce clip très bien vulgarisé expliquant en détail les tenants et aboutissants des projets de loi, provenant du site Business insider et trouvé par mon comparse Laurent LaSalle.



Liens pertinents :

http://sopablackout.org/learnmore/
http://sopablackout.org/
http://www.guardian.co.uk/law/2012/jan/13/tvshack-student-founder-extradition
http://blogues.radio-canada.ca/triplex/2012/01/05/sopa-le-projet-de-loi-americain-antipiratage-et-ses-opposants/
http://blogues.radio-canada.ca/triplex/2012/01/17/demain-une-partie-du-web-seteindra/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Stop_Online_Piracy_Act
http://www.nightlife.ca/divertissement/le-detesteur-internet-pourrait-etre-change-jamais
http://mashable.com/2012/01/17/sopa-congress/
http://mashable.com/2012/01/17/sopa-pipa/
http://gizmodo.com/5870241/presented-without-comment-every-single-company-supporting-sopa-the-awful-internet-censorship-law

15 janvier 2012

Pina

Je ne suis pas un grand amateur de danse. La preuve, je n'ai pas écouté Ils dansent l'automne dernier. OK, ça ne prouve rien. Nico Archambault rules (NOT). Je dis que je ne suis pas un amateur de danse. C'est faux. On aime tous se shaker le popotin occasionnellement. Dans mon cas, j'aime les musiques qui défoncent, qui viennent chercher aux tripes. Il m'arrive parfois de perdre la tête sur une toune mais c'est plutôt rare. Ce n'est pas parce que je n'ai pas de talent. Mes fesses se débrouillent pas si mal quand vient le temps de suivre un beat. Mais l'occasion fait le larron et je ne suis jamais le premier à me précipiter sur le plancher de danse. Je suis celui qui préfère admirer les fesses bouger de loin.

Je n'ai jamais particulièrement aimé la danse contemporaine. À part le fait que j'ai toujours trouvé plaisant de regarder des filles musclées se dandiner toutes nues devant moi, ça ne m'a jamais dit grand chose. Dave St-Pierre m'a initié à cet art il y a quelques années. J'avais apprécié son audace, sa frondeur et son courage mais je n'ai jamais compris ce que les danseurs tentent d'exprimer.

« L'arabesque que Pietro vient de faire là, ça veut tu dire qu'il est triste ou bien qu'il a mal au coccyx? ».

J'ai toujours pensé que danser était l'action de bouger sur de la musique. Plus depuis hier. Plus depuis que j'ai vu le film Pina. Il a suffit d'une seule phrase pour que je comprenne enfin ce qu'était vraiment la danse, et plus particulièrement la danse contemporaine: « Danser c'est exprimer avec son corps des choses que l'on est incapable de dire avec sa bouche. » Et vlan! Dans ta gueule Dion! Prends ça pis avale tes chaussons de ballet avec.

Pina est un documentaire hommage à la danseuse et chorégraphe allemande Pina Bausch, décédée en 2009. Vous ne la connaissez pas? C'est pas grave. J'en avais jamais entendu parler non plus. Ne laissez pas cet obstacle vous priver d'aller voir ce chef d'oeuvre cinématographique. Filmé en stéréoscopie par le cinéaste Wim Wenders (hé oui, en 3D), le film nous plonge littéralement dans la recréation de certaines chorégraphies de la danseuse. Que ce soit dans les décors originaux ou dans des lieux complètement incongrus et hors-propos, le film, qui alterne entre images d'archives et reconstitutions, fascine et hypnotise, même si l'on n'est pas du tout friand de cet art aride et si particulier. C'est magnifiquement filmé, sensuel, sensible, passionnel et c'est à date l'une des meilleures utilisations que j'ai vues de la technologie 3D. On sent qu'on fait réellement partie du spectacle. L'immersion est totale.

Le film est précédé du court-métrage ORA de l'ONF, qui nous plonge lui aussi dans cet univers. Ce court était tout aussi captivant mais pour les néophytes, ça fait beaucoup de danse contemporaine pour une seule soirée, ce qui donne l'impression que Pina traîne un peu en longueur.

Mais ouvrez malgré tout votre esprit et laissez-vous tenter par cette œuvre magnifique et hors-du-commun. Elle fera assurément vibrer tous vos sens : La vue par les images, l'ouïe par la musique, le toucher par la beauté des corps qui s'expriment, l'odorat et le goût par le popcorn du voisin.




12 janvier 2012

Les petites morts littéraires

Les ruptures font mal, déchirent, tuent aussi parfois. On meurt tous un peu à chaque fois. Comme la mort, l'amour qui s'éteint ne fait preuve d'aucune justice, n'a aucun préjugé. Il vise large, crache à grands coups de semi-automatique et atteint toujours le coeur de sa cible. La mienne est encore fraîche, à peine quelques semaines. C'était une petite mort qu'on voyait tous les deux venir, comme un train fou qui siffle à l'autre bout d'un long tunnel noir. Dix mètres à la seconde au carré dans ta face. PAF! T'as beau essayer de te préparer, tu peux en parler autant que tu veux avec la seconde moitié écorchée du puzzle, adopter les façons les plus adultes pour faire face à la douleur qui se pointe, creuser profondément à l'intérieur de toi un abri nucléaire pour contrer l'explosion, pour éviter les dommages collatéraux, la rupture sème quand même ses petites morts sur son chemin.

Les ruptures font aussi de la belle littérature. Belle parce que vraie, authentique, remplie d'émotion et, paradoxalement, de vie. Pas des petits mots bien fignolés et cousus de dentelle mais des pans de mur complet de prose dégoulinante de chair et de sang, des bouts de vie éclatés qui s'incrustent dans la peinture du quotidien qui s'effrite.

Mes petites morts à moi, je les notais au fur et à mesure dans le cahier du temps qui passe. Pour me rappeler le chemin parcouru à leur prochaine lecture. Parce que c'était une des rares choses qui me restaient pour m'accrocher. Parce qu'écrire, c'est tout ce que je pouvais faire quand ma bouche était trop occupée à simplement respirer. Des mots sales mais sincères. Des questionnements détournés en bribes de sagesse, des bouées lancées aux émotions qui dérivent, des mots qui font comprendre que les obstacles te font toujours avancer. Des phrases terminales qui t'aident à te connaître. Des petites morts littéraires remplies de vie et d'espoir.

Comment je fais ça, arrêter d'aimer, quand ma tête est remplie de photos de toi. C'est con mais autant je te souhaite ce bonheur que je ne pourrais te donner, autant je redoute que tu sois heureuse sans moi. Ça me fait chier d'être remplacé. Dans ta vie, dans ton lit. Même si l'amour n'est plus, même si j'ai le droit de changer ton odeur dans le champ de mines de mes draps, ma substitution me confrontera toujours au fait que je ne serai jamais unique... Les mots se changent en semaine et je constate que la vie me tue. À petites doses, à petites gouttes, comme un filet d'eau qui coule lentement dans le robinet des heures. Ce n'est pas la mort qui me terrifie, c'est de vieillir. Le corps qui ne répond plus quand on l'appelle, la peau qui flotte en vagues sur des os qui rétrécissent. Il est temps, avant de devenir mou et ridé et sec, de saisir chaque parcelle de vie qui passe, dans les bras de l'aventure, dans l'espoir des lendemains infinis, sur les seins doux d'une femme.

4 janvier 2012

Abdiquer

Tuer le temps à grands coups de rien. Espérer une année-lumière, un flottement dans l'espace, un hoquet d'aiguilles. Abdiquer.

Appeler le chat. Le flatter. Le crisser en-bas du sofa parce qu'il aime trop. Le regretter. Ouvrir la télé. Tout trouver insignifiant. La fermer. Se trouver insignifiant. La réouvrir. Abdiquer.

Ouvrir l'ordi. Mettre le doigt sur le curseur qui clignote. Penser que le malheur fait de la belle littérature mais n'avoir rien à écrire quand même. Abdiquer.

Se coucher. Feuilleter le roman que t'es incapable de terminer. Lire dix pages sans t'en rappeler aucune. Abdiquer.

Fermer la lumière. Ne pas dormir. Fermer les yeux. Te voir quand même. Abdiquer.

Se lever. Tourner en rond dans le noir. Arrêter de respirer. Espérer un seul bruit, une latte qui craque, une voiture qui passe, un mur qui tombe, une vie qui s'effondre. Respirer. Abdiquer.

29 décembre 2011

#JeudiConfession

J’étais à l’émission Isabelle Maréchal au 98,5 FM ce matin, cette dernière étant remplacée durant le temps des Fêtes par la sympathique et fringante Marie Plourde, pour parler des #JeudiConfession sur Twitter, mais surtout du besoin inhérent à l’être humain de parler, de se confier et de s’ouvrir aux autres. L’émission est disponible en ligne mais je vous partage ici mes notes d’émission, question de pousser un peu plus loin l’analyse.

La recherche est l'une des plus belles fonctionnalités de Twitter. C'est un moyen puissant pour savoir ce qui se dit sur un sujet donné en temps réel. La recherche fonctionne avec ce qu'on appelle les hashtags (mots-clics en français). On appose le symbole dièse devant un mot pour les regrouper.

Au fil du temps, les gens se sont mis à rigoler avec les hashtags, détournant la raison première de ceux-ci pour s'amuser avec les mots. Cette tendance est à l'origine du #JeudiConfession sur Twitter. Contrairement à la croyance populaire, le premier #JeudiConfession est d'origine québécoise. Il a été mis en ligne le 10 décembre 2009 par un développeur web de Montréal, Simon Villeneuve, et se lisait comme suit :

Ok, la publicité de Febreeze avec le poisson rouge dans le salon, elle m'a fait sourire... #jeudiconfession :-)

Le #JeudiConfession est toujours un phénomène majoritairement québécois, quoiqu’il tend à faire de plus en plus d’adeptes en France. Depuis le tout premier #JeudiConfession, ce sont des milliers de statuts associés à ce hashtag qui voient le jour chaque jeudi, certains banals (Je suis impatiente) et d’autres drôles à souhait. En voici quelques-uns:

Frédéric Pierre : @MariePlourde a été mon fantasme dans le temps de Musique Plus (le mien aussi)
Patrick Lagacé : Les courriels des lecteurs que je reçois sont un million de fois plus intelligents que les commentaires sur mon blogue.
Marie-Hélène Poitras : J’aime le Gros Cave (mais pas ses chroniqueurs, gosh non)
iTiz_NaStyB0y : Quand j’étais petit avec mes cousins ont s’amuser a se pété dessus (sic)

Depuis ce temps, une page appelée JeudiConfession a même vu le jour sur Facebook. Mais à cause du peu d'instantanéité, de la longueur des confessions (+ de 140 caractères) et parce que ce n'est pas aussi facile à suivre que sur Twitter, ça n'a pas vraiment obtenu de succès.

Mais au-delà de l'aspect comique, certains y vont de confessions un peu plus intimes, parfois même troublantes. Twitter serait-il devenu le nouveau confessionnal?

Mylène Blouin : Trouve dommage des grands-parents qui se fou de leur petits-enfants. C triste mais certaines personnes sont irrécupérables
Tracy Jones : Je me parle plus à moi-même qu’aux autres personnes
Nooey Yup : J’ai peur de mourir

À l'opposé, certaines histoires nous touchent particulièrement, comme celle de cette rencontre entre deux jeunes femmes, Vicky et Stéphanie, qui ont commencé à échanger après la publication d'un #JeudiConfession de la première qui disait qu'elle avait été victime d'intimidation. Ça s’est passé en décembre.

On le sait, la beauté des réseaux sociaux est de permettre le partage entre internautes: des articles, des clips, des images, des liens. Visiblement, les gens ont besoin de partager plein d'autres choses. Est-ce une question d'isolement, de culpabilité judéo-chrétienne, de distance ou même d'anonymat qui incitent les gens à partager des confidences intimes?

Internet est un terreau fertile pour la liberté d'expression. Mais pouvons-nous maintenant tout dire pour autant? En fait, il est possible de constater que certains messages sur Twitter ou statuts Facebook ne sont pas loin d'être des confessions, même s'ils ne comportent pas le hashtag attitré.

Les Américains n'ont pas vraiment d'équivalent mais ils possèdent un blogue qui s'appelle PostSecret où les gens envoient des confessions anonymes sous forme de carte postale, et est rempli de secrets très troublantes.

- J’ai volontairement participé à l’échange de cadeaux du bureau parce que je sais que c’est le seul cadeau que je recevrai.
- Tous ceux qui me connaissaient avant le 11 septembre 2001 pensent que je suis mort.
- Je ne serai jamais meilleur dans quelque chose que je le suis à tuer des gens.


Quand on y regarde de plus près, la confession n'est pas un phénomène réservé à Twitter. Il existe même plusieurs applications pour téléphones intelligents qui permettent aux technophiles de se confesser et d'obtenir l'absolution de leurs péchés, par exemple l'application Confession, a roman-catholic app. Tsé, quand même te confesser est rendu aussi facile que de pitonner sur un téléphone.

21 décembre 2011

Mon Klout est plus gros que le tien

J’étais à Médium Large en compagnie de Jérôme Lussier et Nelson Dumais ce matin pour discuter de réseaux sociaux et plus spécifiquement pour chialer parler d’influence. Dès les premiers instant, la table était mise pour qu’on mange du Klout tout cru, portail contesté qui calcule l’influence d’un internaute sur les réseaux sociaux. Pas besoin de vous dire qu’il y avait unanimité, étant tous des gens de contenu plutôt que des gens de contenant. Klout est mal foutu, approximatif et se base sur des données erronées et des critères de quantité d’information plutôt que de qualité de celle-ci. Plus spécifiquement, plus tu fais de bruit sur Twitter ou Facebook, plus ton score est élevé. En conséquence, pour tricher la plate-forme, rien de plus facile. Il suffit d’échanger avec d’autres abonnés qui vous mentionneront par la suite. Ok, l’algorithme est peut-être un peu plus complexe que ça mais le principe demeure le même, Klout ne pouvant savoir si ce que vous partagez est pertinent.

Jérôme Lussier comparait Klout à des cotes d’écoute en télévision et radio. Je crois qu’il essayait de vulgariser la plate-forme pour le public de Médium large, lui-même très large. Parce que si ce n’est pas le cas, je ne suis pas d’accord avec son affirmation. Les cotes d’écoute sont calculées sur le nombre de gens qui visionnent une émission alors que Klout fait le contraire, se basant sur la quantité d’information que tu émets plutôt que celle que tu reçois. Plus tu créés de bruit, plus ton Klout augmente.

Selon Klout, j’ai un score de 69 et me situe dans le top des influenceurs québécois. Je devrais en être heureux, sauter au plafond, chanter Hosannah au plus haut des cieux, frencher toutes les filles que je croise dans la rue. Mais non, je m'en contrefiche big time. Toujours selon Klout, Patrick Lagacé a un score de 56. Serais-je donc plus influent que Patrick Lagacé dans la spère québécoise? Je suis crampé, je me pisse dessus de délire Poser la question c’est y répondre.

Je n’ai rien contre Klout en particulier. Je ne le prends pas au sérieux. J’en ai par exemple contre les entreprises qui l’utilisent pour approcher des “personnalités du web” afin de mousser leurs produits et services. Hyndai l’a fait, Universal Pictures aussi. Audi a même pousser le bouchon un peu plus loin en invitant des “influenceurs” durant un weekend, toutes dépenses payées, pour tester leur nouvelle A8. Le problème avec Klout n’est pas qu’ils invitent un public cible à bénéficier d’exclusivités. Différentes entreprises le font déjà, en culture particulièrement, en conviant les journalistes et blogueurs dans les premières et les lancements. Le problème avec Klout est plutôt qu’il perpétue la ségrégation et créent de nouvelles castes en invitant seulement les gens cool au party. Pas les gens dont le travail a un lien avec le sujet, pas ceux qui possèdent les connaissances appropriées. Le principe est uniquement basé sur les gens que les gens "connaissent". It’s not who you are, it’s who you know. Et ça, ça va contre mes principes.

À un moment donné durant la table ronde, le débat a bifurqué sur le travail des journalistes versus celui des blogueurs et, surtout, sur la mise en ligne prochaine du Huffington Post Québec, qui utilisera le travail gratuit de blogueurs en échange d’une supposée visibilité. Je pense que la discussion s’est égarée et que Nelson Dumais voulait surtout se débarrasser d’une crotte persistante qu'il avait sur le coeur. C’est vrai qu’il ne doit pas être facile de se faire reléguer au rang de second violon quand tu as passé toute ta vie à parler de Web et de technologie. Mais l’influence et les mauvais côtés des réseaux sociaux n’a rien à voir avec le fait de publier gratuitement ou non sur une plate-forme et il ne fallait pas errer entre les deux débats. Dommage, ça nous a empêché d’approfondir nos pensées respectives sur la place des réseaux sociaux dans nos vies. Pour ce qui est du Huff Post, c’est du travail de l’auteur que l’on parle, pas de la portée d’un individu. Mais j’aurai très certainement l’occasion d’y revenir. Vous pouvez gager une couple de piastres du Voir là-dessus.